20/07/2011

Le réel imposé du pouvoir – A propos de « Ste Anne, hôpital psychiatrique »

« La psychiatrie est là pour donner caution à ce tour de passe-passe qui consiste à individualiser des problèmes collectifs » (Dr Eric Daviller).

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Le réel imposé du pouvoir

A propos de « Ste Anne, hôpital psychiatrique »

Publié le juin 10 2011 par sansremede

 

Un lecteur de Sans Remède, après avoir parcouru les commentaires du film sur le site d’Arte, nous a envoyé ceci, que nous reprenons volontiers.

Les anthropologues définissent la réalité comme « illusion du réel garantie par tout le groupe ». Patient satisfait écrit « votre commentaire est irresponsable et détaché du réel ». Le réel dont il parle est celui qui est garanti par la croyance de tout le groupe psychiatrique, comme il le précise « Réel qui n’est rien d’autre qu’un médecin psychiatre répondant au mieux à la souffrance d’un patient ».

Erving Goffman écrivait : « Enfin l’étude détaillée du fonctionnement des institutions et de leur recrutement, l’étude des croyances qui y ont cours, nous conduisent à constater que, quoi qu’ils fassent par ailleurs, l’une des principales fonctions de ces établissements est de confirmer le personnel hospitalier dans sa propre idée de lui-même. Il existe entre personnel et reclus une large connivence, complexe et dramatique, dont l’effet, sinon l’objectif, est d’affirmer le caractère médical du service dispensé par le personnel psychiatrique. »

Patient satisfait veut imposer son réel et donc l’image qu’il a de lui-même à Mario. « Votre commentaire est irresponsable et détaché du réel » lui dit-il. Autrement-dit, s’il le pouvait, il internerait Mario. Car dans le film une femme est internée pour ce motif : « Vous ne percevez pas les choses telles qu’elles le sont vraiment ». C’est à dire telles que les psychiatres croient que le réel est, ou plutôt tel qu’est le réel des psychiatres garanti par tout le groupe psychiatrique. Pour imposer cette croyance dans un réel particulier, il faut une institution totale, c’est à dire un lieu où cette seule et unique croyance a cours et peut être imposée par la force. Le patient est sur la voie de la guérison quand il est brisé, c’est à dire quand il renvoie au personnel l’image que celui-ci a de lui-même. D’où l’énervement d’un infirmier contredit devant un patient par un collègue, ce qui casse le monolithisme du réel, et inflige une blessure narcissique à cet infirmier. L’un des collègues pourrait alors transformer l’autre en patient et le bourrer de neuroleptiques jusqu’à ce qu’il admette que c’est lui qui a raison…

Bendy Glu

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14:14 Écrit par anormopathe dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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