22/07/2011

Médecine, nazisme, même combat ?

Nul n'est irresponsable de ce qui se passe là où il est concerné (Lucien Bonnafé)

« Les activités des médecins nazis, qui valurent à nombre d’entre eux d’être pendus à Nuremberg, ne furent malheureusement pas les aberrations d’une sainte corporation de guérisseurs auxquelles la terreur d’un régime totalitaire les aurait obligés. Au contraire, il faut les interpréter comme l’expression caractéristique, bien qu’exagérée, des fonctions traditionnelles de la profession médicale en tant qu’instrument de contrôle social. » (T.Szasz)

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« On dit les fous comme on dit les nègres, les bougnoules, les Portugais. De là à les exterminer, il n'y a qu'un pas [...] Il suffirait sans doute de peu de choses, une conjoncture politique un peu fasciste, quelques hauts fonctionnaires [...] épris d'ordre, de bien public et de rentabilité ; on trouverait dans la population une immense complicité. Je jure que si demain on parlait de liquider en France, par des moyens doux, cinquante à quatre vingt mille malades mentaux et arriérés [...] des millions de gens trouveraient ça très bien et l'on parlerait à coup sûr d'une œuvre humanitaire, il y en a qui seraient décorés pour ça, la légion d'honneur et le reste. J'affirme qu'on trouverait des psychiatres pour dresser la liste des maladies donnant droit à euthanasie, et pour trier les gens en fonction de ces critères. Et parmi les infirmiers, les administrateurs, les assistants sociaux, tous ceux qui côtoient chaque jour des malades mentaux, beaucoup seraient prêts à débarrasser les hôpitaux psychiatriques et la collectivité d'un nombre important de malades diminués chroniques, réputés incurables, quand ce ne serait que pour pouvoir soigner les autres et leur donner une chance de s'en tirer. J'insiste sur les avantages très réels d'une telle entreprise, sur les intentions très louables qui pourraient la justifier, sur les excellents sentiments, la sincère bienveillance à l'égard des malades dont elle pourrait aisément s'accompagner. Quels que soient les scrupules qui nous assaillent lorsque nous abordons de front, sans y être préparés, cette idée de pratiquer une coupe sombre dans les rangs des malades mentaux. Il ne faut pas croire que venant après un certain mûrissement, et d'ailleurs une préparation technique nécessaire — car cela ne s'improvise point — l'exécution n'en serait vraiment douloureuse pour aucun de nous. Je suis sûr que chacun y trouverait son compte, que beaucoup de familles même nous remercieraient, sans compter qu'une partie non négligeable du déficit de la Sécurité Sociale se trouverait épongé [...] Je défie tout directeur d’hôpital psychiatrique, tout administrateur de la Sécurité sociale, s’il est vraiment sincère avec lui-même, de prétendre que de telles idées ne lui ont jamais traversé l’esprit. »

Extrait de R. Gentis, Les murs de l'asile, Maspero, 1970 ; volontairement provocateur à une époque où, sous l'influence de psychiatres progressistes, la désaliénation était en marche, ce texte est malheureusement devenu aujourd'hui d'une troublante actualité.

cité in MEDECINE ET NAZISME. Considérations actuelles, « A propos de la tentation de salubrité nationale », L'Harmattan, 1997

 « Je souhaite que les responsables de telles "thérapies" soient confrontés à des "procès de type Nuremberg" (!) » (Jeffrey Masson)

« De tous ses bagnes, l'Etat bourgeois nie la personne humaine, l'individu dont il se réclame. Ses asiles valent ses casernes, ses usines et autres geôles. (...) Une fille de vingt ans saine de corps et d'esprit à Saint-Anne, comment ne pas évoquer la Bastille, les lettres de cachet ? » (René Crevel, Un cas social à Saint-Anne)

« L'anxiété demeure pratiquement entière devant le fait qu'aucune conditions sociétales qui ont rendu Auschwitz possible n’a véritablement disparu et qu’aucune mesure efficace n’a été prise pour empêcher ces possibilités et ces principes de produire des catastrophes de même nature que celle d’Auschwitz ; comme l’a récemment énoncé Leo Kuper, "l’Etat territorial souverain réclame, comme partie intégrante de sa souveraineté, le droit de commettre un génocide ou de perpétrer des massacres génocidaires contre les peuples soumis à son autorité et l’ONU, en pratique, défend ce droit." (…) Derrière cette alliance se tient fermemement l’Etat « jardinier » moderne, qui considère la société qu’il gouverne comme un objet à dessiner, cultiver et à débarasser de ses mauvaises herbes. » (Zygmunt Bauman, Modernité et holocauste)

De Lucien Bonnafé, lire entre autre « Silence(s) de Mort ».

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