18/12/2011

MORT DE LA FAMILLE (extraits)

SANGTEZ-VOUS BIEN !?!

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BEATRICE CENCI OU LA BELLE PARRICIDE

5 FÉVRIER 1577 - 11 SEPTEMBRE 1599


SOURCE : VERSAUTOMNAL.OVER-BLOG.COM


Article dédié à la présentation d'extraits tirés de l'ouvrage intitulé, Mort de la Famille, et écrit par David Cooper, des Éditions du Seuil. " Je vise ici la dissolution des fausses structures personnelles dans lesquelles notre éducation nous fait vivre, la destruction de notre propre image inculquée de force par nos parents et nos professeurs. " David Cooper


" Le sang est plus épais que l'eau

uniquement en ce sens

qu'il véhicule une certaine stupidité sociale. "


"Résumons certains aspects de la famille qui ont toujours pour effet de nier l'homme quand ils n'ont pas de conséquences fatales. Nous étudierons plus loin les moyens de les détruire.

Il y a, en premier lieu, l'agglutinement des gens, fondé sur le sentiment qu'ils ont de leur incomplétude. Prenons un exemple typique de cette situation : la mère. Elle se sent incomplète en tant que personne et cela pour une série de raisons complexes dont les principales sont sa relation à sa propre mère et son rôle effacé dans la société. Ainsi, dans tout ce système colloïdal qu'est la famille, elle s'accroche à son fils afin qu'il compense un double manque dont l'un est subjectif : c'est sa mère qui lui en a donné le sentiment, et l'autre, objectif : il s'agit de sa suppression sociale. Quant au fils, même s'il "réussit" à quitter la maison et à se marier, il ne parviendra jamais à être plus complet que sa mère parce que, pendant les années les plus critiques de sa "formation", il s'est ressenti comme un appendice du corps et de l'esprit maternels. Au stade suprême de cette symbiose, le seul moyen pour lui de s'en sortir est une série d'actes qui le feront traiter de schizophrène et transférer dans cette réplique de la famille qu'est l'hôpital pour malades mentaux. Il se peut que seule la chaleur de l'amour permette aux gens enferrés dans la famille et les institutions sociales qui la répètent de s'en dégager.

En second lieu, la famille excelle à créer des rôles déterminés plutôt qu'à établir des conditions permettant à l'individu de prendre en charge son identité. Il s'agit ici de l'identité au sens mouvant et actif et non au sens figé des essentialistes. La famille endoctrine l'enfant en lui inculquant le désir de devenir un certain type de fils ou de fille (puis de mari ou de femme, de père ou de mère), elle ne lui laisse qu'une "liberté surveillée", étroitement confinée dans un carcan rigide. Au lieu de nous laisser cultiver un égocentrisme de bon aloi qui permette à nos actions de jaillir du centre de nous-mêmes, d'un nous que nous aurions créé et choisi, on nous apprend à nous soumettre ou à vivre excentré par rapport au monde. Ici, être excentrique signifie être normal puisque c'est être comme tout le monde, éloigné du centre de soi-même qui devient alors une région oubliée d'où nous parviennent seulement des voix de rêve parlant un langage également oublié. La plus grande partie de notre langage conscient n'est qu'une pâle et grinçante imitation des voix étranges et profondes venues de nos rêves et des modes de conscience préréflexifs (inconscients).

Être ainsi excentrique, bien élevé et normal, revient à vivre sa vie en fonction des autres et voici comment la famille inaugure un système de clivage de la personnalité tel que, plus tard dans la vie, nous fonctionnons toujours à l'intérieur des groupes sociaux comme l'une ou l'autre face d'une dualité. Cela découle du paramètre refus/acceptation de notre liberté. Nous refusons certaine de nos propres possibilités et nous en chargeons les autres. Ceux-ci à leur tout démettent en notre faveur des possibilités inverses. Ainsi, par exemple, l'antithèse éducateur-éduqué est bien ancrée dans les familles. Toute possibilité pour les enfants d'élever leurs parents est donc écartée et le devoir socialement imposé aux parents les contraint à refuser toute joie qui risquerait de supprimer la répartition des rôles. Ce système d'obligations est transposé dans toute les institutions dont feront ensuite partie les personnes élevées dans une famille (j'inclus ici, bien sûr, les familles adoptives et les orphelinats qui fonctionnent sur le même modèle). Un des spectacles les plus tristes que je connaisse est celui d'enfants de six ou sept ans, sous l'oeil de leurs parents, " jouant à l'école " avec des pupîtres et donnant des leçons exactement de la même manière qu'à l'école primaire. Comment revenir sur cette abdication et cesser d'empêcher l'enfant de nous transmettre la secrète sagesse que nous lui faisons oublier parce que nous oublions que nous l'avons oubliée ?

En troisième lieu, la famille est la première à socialiser l'enfant et, en tant que telle, à lui inculquer des freins sociaux manifestement plus puissants que ceux dont il aurait besoin pour se frayer un chemin dans la course d'obstacles dessinés par les agents de l'État bourgeois : police, administration universitaire, psychiatres, assistantes sociales, familles répétant passivement le modèle familial de leurs parents, à ceci près que les programmes de T.V. ont un peu changé. Au départ, on n'apprend pas à l'enfant comment survivre en société mais comment s'y soumettre. Le rituel de surface, les bonnes manières, les jeux organisés, les opérations mécaniques apprises à l'école remplacent systématiquement kes expériences créatrices spontanées, les jeux inventifs, le libre développement de l'imagination et des rêves. Il arrive qu'il faille recourir à une thérapie bien comprise pour redonner à nos expériences toute leur valeur, pour enregistrer convenablement nos rêves et, par suite, les développer au-delà du point de stagnation que la plupart des gens atteignent avant leur dixième année. Si cela se produisait sur une assez grande échelle, la thérapie deviendrait subversive et menacerait l'État bourgeois parce qu'elle ferait apparaître de nouvelles formes de vie sociale.

Il suffit pour l'instant de dire que chaque enfant, avant que l'endoctrinement familial ne dépasse un point de non-retour et que l'endoctrinement scolaire ne commence, est du moins en germe, un artiste, un visionnaire et un révolutionnaire. Comment retrouver ce potentiel perdu, comment remonter le chemin qui mène du jeu réellement ludique, qui invente lui-même ses propres règles, aux jeux ridicules et normaux qui ne sont que des comportements sociaux ?

Quatrièmement - et nous étudierons cela avec plus de détails dans d'autres chapitres -. la famille impose à tous les enfants un système de tabous. Elle y arrive, comme il en va généralement de toutes les contraintes sociales, en leur inculquant un sentiment de culpabilité, épée de Damoclès qui risque de tomber sur la tête de quiconque préfère ses options et ses expériences à celles recommandées par la société. Si l'on perd la tête au point de désobéir ouvertement aux impératifs de ces systèmes, on est poétiquement décapité ! Le "complexe de castration", loin d'être pathologique, est une nécessité inhérente aux sociétés bourgeoises ; en fait, c'est lorsque certaines personnes sont en danger d'en  guérir qu'elles recherchent avec embaras une thérapie - ou une nouvelle forme de révolution.

Le système de tabous enseigné par la famille dépasse de beaucoup le tabou manifeste de l'inceste. Les moyens sensoriels de communication, hormis l'ouïe et la vue, sont largement restreints. La famille interdit à ses membres de se toucher, de se sentir, de se goûter. Les enfants peuvent s'ébattre avec leurs parents, mais une stricte ligne de démarcation est dessinée autour de leurs zones érogènes. Ainsi, les garçons âgés ne peuvent embrasser leur mère que d'une façon très mesurée, oblique et guindée. Les étreintes et attouchements entre sexes opposés deviennent vite, dans l'esprit de la famille, une dangereuse sexualité. Il y a avant tout le tabou de la tendresse que décrit si bien Ian Suttie dans son livre Origins of love and hate. En famille, la tendresse peut être ressentie - certes - mais en aucun cas exprimée, à moins d'être formalisée jusqu'à perdre pratiquement toute réalité. On peut se souvenir d'un jeune homme dont parle Grace Stuart et qui, voyant son père dans son cercueil, se pencha sur lui, l'embrassa sur le front et lui dit : " Père, je n'ai jamais osé faire cela de ton vivant ". Peut-être que si nous sentions à quel point sont morts les hommes vivants, le désespoir que nous en ressentirions nous inciterait à prendre plus de risques.

Au cours de ce chapitre, j'ai dû employer un langage archaïque, foncièrement réactionnaire et certainement en contradiction avec ma façon de penser ; il en est ainsi, par exemple, du vocabulaire familial : mère, père, enfants (au sens de " leurs enfants "), sur-moi. Le mot "mère" implique un certain nombre de fonctions biologiques, des fonctions de protection première, un rôle conditionné socialement, et aussi une certaine " réalité " juridique. En fait, la fonction maternelle peut s'étendre à d'autres personnes : le père, les frères et soeurs et surtout d'autres personnes extérieures à la famille biologique."


Un psychologue, Tiz, me raconta qu'un garçon

enfermé en ce moment dans une prison psychiatrique

avait coupé la tête de sa mère et l'avait rôtie au four.

Mes réflexions sur l'affaire :

il avait peut-être faim. "


"Les gens sont, de toute évidence, des cochons ; les institutions humaines sont, de toute évidence, des porcheries, des élevages de porcs et des abattoirs. Le "pourquoi" de cette "évidence" est le cours même de l'histoire. Les cochons se roulent dans leur boue avec la même satisfaction que nous dans notre boue écologique, les émanations et les ordures de nos villes et de nos campagnes. Les cochons détruisent souvent leur progéniture ; nous en faisons autant, mais avec des raffinements tortueux d'humanistes. Les modèles de saloperie négligente et de cannibalisme gratuit sont très proches chez l`homme et chez le porc.

Les parents bourgeois et conventionnels sont tout à la fois un énorme cochon bisexué et une gigantesque usine de bacon. Voilà leur ambiguïté fondamentale. Ceux qui s'échappent par une issue de secours ou sous un déguisement d'ouvrier finissent en général dans une grande mangeoire à gorets, une prison ou un autre abattoir. D'autres, peu nombreux, après un dur travail et beaucoup de peine, arrivent à s'enfuir et deviennent sains d'esprit. Ceux-ci portent inévitablement un prophétique fardeau."

" Que la libération, dès son origine, signifie douleur immédiate et dur travail sur soi-même, il n'y a là rien de mystérieusement paradoxal, c'est une conséquence de l'intériorisation d'une contradiction objective de la société bourgeoise. "

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Repose sur tes deux oreilles, belle décapitée.

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" Dans une étude sur les testaments, Philippe Ariès démontre qu'avant le milieu du XVIIIe siècle la famille n'intervenait dans la vie des gens que durant les crises ou après la mort. Ce n'est que depuis cette époque que la famille a envahi la vie de tous les jours au point d'annexer toute la vie quotidienne en en faisant son territoire : territoire des crimes les plus violents de notre société, voire de meurtres souvent déguisés en martyres d'enfants. Tous les meurtres sont des meurtres familiaux ayant lieu soit dans une vraie famille, soit dans ses répliques.

La forme familiale de l'existence sociale, qui caractérise toutes nos institutions, détruit fondamentalement les initiatives autonomes parce qu'elles refuse de reconnaître ce que j'ai appelé la dialectique entre être-seul et être-avec-les-autres. Au cours de ces deux derniers siècles, la famille s'est fait l'intermédiaire d'une invasion de la vie des individus, laquelle était indispensable à la survie du capitalisme impérialiste. Par définition, la famille ne peut jamais nous laisser seuls, car elle est l'ultime convergence des mass media les plus perfectionnées. La famille est un poste de télévison plein d'effets de couleur, de sensations tactiles, de goût et d'odeurs que l'on nous impose pour nous faire oublier d'éteindre le poste. Aucune drogue psychédélique n'aura d'effets tant que nous n'aurons pas appris à fermer opportunément ce poste familial. Cela doit se faire en fonction d'une liquidation ou du moins d'une neutralisation partielle des membres de la famille et de ses rouages; la liquidation de ces derniers est encore plus importante que celle des objets familiaux intériosisés. La famille est un système que nous surimposons perpétuellement aux autres, avec une violence aveugle qui les encourage à violer aveuglément la source de cette violence aveugle. Voilà en quoi nous devons intervenir.

Le moment est venu d'écrire nos dernières volontés et notre testament : il n'y a qu'une clause essentielle et expresse. Rien ne doit être laissé à la famille. Mère, père, frères, soeurs, fils et filles, mari et femme nous ont précédés dans la mort. Ce n'est pas à eux que nous donnerons quoi que ce soit qui nous appartient, ce n'est pas eux que nous garderons en nous. Le sans de consanguinité s'est déjà écoulé par les gouttières des rues familiales de banlieue.

L'âge de nos parents est révolu puisqu'ils ont envahi le centre absolu de nous-mêmes, tout comme nous si nous ne comprenons pas le sens profond de ces dernières volontés.

J'espère qu'à la fin de notre vie nous aurons un amour à quitter, même s'il a été meurtri, et qu'il nous restera aussi un désespoir. finalement vaincu. Nous les laisserons tous deux aux hommes, aux femmes et aux enfants.

Ainsi ferai-je. "

David Cooper

SOURCE

Voir aussi :

David Cooper : Psychiatrie et antipsychiatrie (extraits)

Julien Barnier : La domination adulte. Critique d'un pouvoir incontesté "

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