17/07/2011

De la psychiatrie à l’antipsychiatrie : si la maladie mentale est d’origine sociale et familiale, c’est la société qu’il faut réformer.

L'humanité ne sera heureuse que quand le dernier socioflic sera pendu avec les tripes du dernier psymaton iatrocapitaliste Langue tirée

Lire également le chapitre " Etude d'une famille " présenté par Isabelle Baudron, en cliquant ici et ici.

 

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Ce que j’ai essayé de faire dans ce livre, c’est de regarder, dans son contexte humain réel, l’individu qu’on a étiqueté « schizophrène », de rechercher comment cette étiquette lui a été donnée, par qui elle a été posée, et ce que cela signifie, à la fois pour celui qui l’a posée et pour celui qui l’a reçue.

Si l’on doit parler de violence en psychiatrie, c’est de la violence subtile et masquée que les autres, les « hommes normaux », exercent sur ceux qu’on a baptisés fous. Dans la mesure où la psychiatrie représente les intérêts, ou les prétendus intérêts des hommes normaux, nous pouvons constater qu’en fait la violence en psychiatrie est au premier chef violence de la psychiatrie.

David Cooper

[Ne faut-il pas ramener l’origine des « confusions mentales » du « malade » à la confusion et aux contradictions des impératifs sociaux et familiaux ? La maladie mentale, inadaptation sociale, est d’origine sociale et remet en cause les normes sociales. De la psychiatrie à l’antipsychiatrie et de l’antipsychiatrie à la nécessité de la révolution…]

« Dans l’imagerie populaire, le schizophrène est le prototype du fou, il est l’auteur d’actes insensés, parfaitement gratuits et toujours empreints de violence à l’égard d’autrui. […] Il est l’homme illogique, celui dont la logique est « malade ». Ou du moins le dit-on. Mais peut-être pourrions-nous découvrir un noyau de sens au coeur de ce non-sens apparent. […] Se pourrait-il que sa folie dissimulât une secrète santé ?

Premièrement, il est né dans une famille, et certains diraient que c’est là le plus grand des facteurs qu’il ait en commun avec nous. Mais examinons-la, sa famille, en supposant pour l’instant qu’elle se distingue de beaucoup d’autres d’une manière significative.

Dans la famille du futur « schizophrène », nous observons une sorte d’extrémisme parti­culier. Même les questions apparemment les plus banales sont articulées sur les pôles santé/folie, vie/mort. Les lois du groupe familial qui règlent non seulement le comporte­ment mais aussi les expériences autorisées sont à la fois inflexibles et confuses. Dans une telle famille, un enfant doit apprendre un certain mode de relation avec sa mère (par exem­ple) mode dont on lui enseigne que dépend entièrement son intégrité mentale et physique. On lui dit que s’il viole les règles, et l’acte autonome apparemment le plus innocent peut constituer une telle violation, il provoquera tout à la fois la dissolution fatale du groupe familial, la destruction de ce qui est la personnalité de sa mère, peut-être celle d’autres personnes encore. Du coup, […] il est progressivement placé dans une position intenable. Son choix, au dernier point cri­tique, est entre la soumission totale, le complet abandon de sa liberté d’un côté, et d’un autre côté, le départ hors du groupe, avec l’angoisse d’assister à la dévastation prophé­tisée et de se heurter au sentiment de culpabilité qu’on lui a inculqué à travers tant de soins affectueux. La plupart des futurs schizophrènes trouvent à ce dilemme une réponse globale qui souvent coïncide, dans l’état des choses du moment, avec celle que la famille trouve pour eux : en quittant leur famille, mais en ne la quittant que pour entrer dans un hôpital psychiatrique.

Dans l’hôpital psychiatrique, la société a construit, avec une habileté infaillible, une struc­ture sociale qui reproduit à de nombreux égards les particularités génératrices de folie de la famille du patient. Il y trouve des psychiatres, des administrateurs, des infirmières, qui sont ses véritables parents, frères et sueurs, et qui jouent entre eux un jeu trop souvent ressemblant, par la complexité de ses règles, au jeu où il échoua dans sa famille.

[…] On a noté que le malade dit schizophrène avait dû à plusieurs reprises faire face à des exi­gences contradictoires dans sa famille, et parfois même à l’intérieur de l’hôpital psychia­trique. Certains chercheurs américains ont employé ici le vocable de « double contrainte ». […] On peut dès maintenant illustrer [cette notion] par l’exemple banal de la mère qui fait une déclaration contredite par sa conduite : elle dit à son fils : « Va, trouve toi-même tes propres amis et ne sois pas si dépendant de moi », mais en même temps elle montre (hors de toute verbalisation) qu’elle serait bouleversée s’il la quittait vraiment, fût-ce dans cette faible mesure. Ou bien, en se montrant soucieuse d’éviter toute intimité physique avec lui, elle lui dit « Viens embrasser ta mère, mon chéri ! » A moins que son enfant ne réussisse à trouver en lui-même une absence de pitié, une contre-violence par laquelle détruire tout cet échange absurde, sa réaction ne peut consister qu’en un trouble et finalement en ce qu’on appelle confusion psychotique, désordre mental, catatonie, etc.

[…] Dans une large mesure, la « maladie » ou l’illogisme du schizophrène trouve son origine dans une maladie de la logique autour de lui.

Ainsi, la famille, afin de préserver son mode de vie inauthentique, invente une maladie. Et la science médicale, sensible à des besoins sociaux si grands, produit une discipline spéciale, la psychiatrie, pour conceptualiser, formaliser, classer et fournir des traitement; à cette maladie.

La notion de maladie, en soi, implique des symptômes : la famille en prépare une liste gigantesque. Les symptômes de la schizophrénie sont constitués virtuellement de par tout ce que fait la famille, insupportablement anxieuse face aux tentatives de comporte­ment indépendant de l’un de ses membres. Les signes de ce comportement comprennent habituellement l’agression, la sexualité, et en général, toute forme d’affirmation auto­nome de soi.

Or, quand on examinait avec soin les circonstances de la crise familiale, on découvrait que le comportement agressif et violent du patient tenait en ceci : il avait : a) cassé une tasse à thé, b) claqué la porte d’entrée, c) frappé du pied, une seule fois mais avec énergie, dans l’allée du jardin. A repérer les responsabilités dans la situation de la famille et à monter une reconstitution de la « crise », on découvrit que la mère luttait depuis de nom­breuses années contre de fortes tendances dépressives. A un certain moment, comme le père, lui-même dépressif, et complètement refermé sur lui-même, avait été paralysé par une attaque, il avait fallu que la mère se débarrasse elle-même de ses forts sentiments de culpabilité, afin de faire face à son nouveau (et difficile) rôle d’infirmière, et la seule per­sonne alors susceptible de devenir le dépositaire des sentiments de culpabilité était le fils, âgé de vingt-cinq ans, et qui avait été assez bien conditionné pour remplir cet office. Cette situation, maintenant arrivée au point critique, s’était développée pendant trois ou quatre ans. Le fils avait, à l’âge de vingt et un ans, traversé la période habituelle d’ex­trême sensibilité vis-à-vis de soi-même. Il avait projeté dans les autres tout ce qui, de lui-­même, constituait une part sexuelle et agressive inacceptable, il en avait éprouvé le retour sur soi comme une moquerie et même comme une persécution. Ceci l’avait conduit à une première admission en hôpital, où il avait déclaré être Jésus-Christ. A cette époque, comme lors de sa seconde admission, il portait le fardeau entier de la culpabilité de sa mère à la place de celle-ci et, au sein de la microsociété familiale, était occupé à mourir afin que les autres, principalement sa mère, puissent être sauvés. Nous mourons tous plusieurs fois de morts partielles afin que d’autres, dont nous sommes les offrandes sacrificatoires puissent vivre. Le Christ-archétype, dans la mesure où il peut avoir une quelconque réa­lité, est ainsi en chacun de nous. En ce sens, le délire où s’était installé le patient était tout à fait vrai; mais d’une vérité que personne ne pouvait lui permettre de voir. »

[David Cooper, Psychiatrie et antipsychiatrie, pp. 39-4I, 44-46, 47-48, Seuil]

[Note de Cooper] Le corps médical tend à considérer la psychiatrie avec condescendance. Cela n’est pas totalement injustifié. La justification tient au fait que nombre de psychiatres se sont complètement perdus dans les complications de la médecine organique; ils passent des examens de médecine supérieure, apprennent comment on inspecte le fond de l’oeil et comment on fait l’analyse précise des substances qui composent nos divers excréments. Progressivement et laborieusement, ils acquièrent le détachement requis à l’égard du patient qu’ils ont en face d’eux et auquel, le plus souvent, ils refusent de faire face. En fait, de nombreux psychiatres ne sont que des médecins médiocres - des gens qui n’ont pas pu « réussir » en médecine générale; mais cela ne limite en rien pour eux les possibilités de la vanité. La vanité, en revanche, s’effondre dans certains cas - quand le psychiatre a vraiment essayé de comprendre son malade à partir de ce qu’il a essayé de comprendre de lui-même -, peut-être à travers une lente et coûteuse formation psychanalytique. C’est là sans doute une démarche boiteuse et imparfaite, mais c’en est une en tout cas pour laquelle le corps médical et ses comités de sélection soigneusement composés touchant les postes de psychiatrie, ne montrent guère de signes de compréhension. Après quoi des personnages qui sont humainement, techniquement et profes­sionnellement mal armés, sont placés à des postes socio-médicaux importants, tels que : consul­tant, inspecteur, et parfois même professeurs de psychiatrie.

(...)

La schizophrénie est une situation de crise microsocial (le terme microsocial se réfère a un groupe fini de personnes en interaction sur le mode du face à face, personnes qui se regardent et sont regardées les unes par les autres), dans laquelle les actes et l'expérience d'une certaine personne sont invalidés par les autres, pour certaines raisons culturelles et microculturelles (généralement familliale) compréhensibles, qui finalement font que cette personne est élue et identifiée plus ou moins précisément comme "malade mentale" et ensuite confirmée (selon une procédure d'étiquetage spécifiable mais hautement arbitraire) dans l'identité de "patient schizophrène" par des agents médicaux ou quasi médicaux.

(...)

Dans les familles des patients schizophrénes, les intensions liés aux "actes psychotiques" du patient sont niées ou même se trouvent (par une sorte d'antithèse) retournées de manière telle que les actions du patient prennent l'apparence d'un panprocessus, coupé de toute praxis, et peuvent même être vécues par le sujet sous cette forme. 

Quand les choses en arrivent là, le patient (celui qu'on a identifié comme tel) doit, afin de donner à sa vision du monde une certaine cohérence, une certaine "santé", inventer une représentation imaginaire de ces mystérieuses influences exercées par des sujets venus d'autres planêtes, ou par des institutions plus proche, telles que l'Eglise Catholique, le Parti Communiste ou les Francs-Maçons.

Le patient cherche ainsi à rendre plus intelligible ce qui survient effectivement entre lui et les autres, les seules voies par lesquelles il puisse y parvenir ont malheureusement été au préalable décrétées "illusoires" par le reste de la société.

Cruelle ironie qui fait que lorsque nous nous efforçons de découvrir malgré tout l'intelligibilité, nous courons le risque d'être pris pour fous ou bien d'être, d'une manière ou d'une autre, rejetés et invalidés.

[Anti-Psychiatrie et Psychiatrie, David Cooper, p.26]

 

SOURCE / SOURCE / SOURCE

01/07/2011

Prophétie (Lucien Bonnafé)

« Je jure que si demain on parlait de liquider [...], par des moyens doux, cinquante à quatre-vingt mille malades mentaux et arriérés, des millions de gens trouveraient ça très bien, et l'on parlerait à coup sûr d'une oeuvre humanitaire, et il y en a qui seraient décorés pour ça, la légion d'honneur et le reste. J'affirme qu'on trouverait des psychiatres pour dresser la liste des malades donnant droit à euthanasie » (Roger Gentis, Les murs de l'asile, Maspero, 1977).

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Prophétie

ou Le temps des fléaux ou La traversée du désert

par Lucien Bonnafé

« La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en faire aimer »

Ainsi parlait Vauvenargues.

Puissance de la parole : Ils ont trop gagné dans l'asservissement du monde aux versions les moins innocentes des paroles les plus riches de sens. Où, quand, comment, pourquoi, cette pression idéologique dominatrice atteint le comble de sa nuisance, c'est lorsqu'elle parvient à contraindre ses victimes à des réflexes de défense devant la mise en question des idées et du langage reçus.

« Parlez donc de la folie comme tout le monde », employez donc un langage immédiatement intelligible, sans cassement de tête...

Non, jamais. Nul ne parviendra à rompre avec les pressions aliénantes dont il est victime s'il ne prend conscience des servitudes dans lesquelles il est pris, s'il n'accepte d'abord, et ne souhaite ensuite, d'être dérangé dans son désir de n'entendre que des paroles conformes au discours conditionné.

Et comme parler psychiatrie n'est que parler dans un domaine où ne s'exprime que le plus commun des choses de la vie, seulement porté au comble de l'inflation, du drame ou de la caricature, on ne saurait y considérer les signes d'asservissement de l'esprit sans élargir son regard au plus vaste panorama.


« Tu parles dans le désert »

...autrement dit, tu parles pour rien et tu ferais mieux de te taire.

Ce n'est certes pas à une simple lecture illettrée des sources du grand mythe de la voix qui crie dans le désert qu'il convient de rapporter la dérive, aussi peu innocente que possible, du sens de la prophétie.

Les grands poèmes épiques que sont les prophéties isaïques, échelonnées du VIIIe au VIe siècle av. J.C., rendent les échos de la captivité de Babylone et clament la nécessité de traverser le désert pour gagner la Terre Promise (*) ; les évangélistes désigneront Jean le Baptiste prêchant dans le désert de Judée comme porteur de la prophétie.

« Mais qui entend maintenant le sens de l'appel ? "Tu parles dans le désert", dit celui qui, s'accommodant plus ou moins de la captivité, a plus peur des épreuves à affronter pour gagner son salut que des accommodements possibles dans le servage, et refuse donc d'entendre l'appel. » (3)



« Lecture illettrée » d'un autre grand poème épique, L'Apocalypse, ou dérive du sens aussi peu innocente que possible, dans la version commune de la catastrophe irrémédiable ?

Quand le texte de Jean de Pathmos, type accompli de la tradition apocalyptique, est la malédiction fulgurante contre la Babylone mythique, alors l'empire romain, et que le temps des fléaux y est donné comme le mouvement même de l'espérance...

et que « l'épopée se conclut, après le châtiment de la Babylone des trafiquants, par « et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. » (4)


« Que les morts enterrent leurs morts, et les pleurent »

Si Marx reprend avec prédilection, à plusieurs reprises, cette parole des évangiles, c'est bien sans doute avec le désir profond de réclamer une lecture poétique de son œuvre, lecture dont l'annulation courante est sans doute l'aspect le plus flagrant des dérives à travers lesquelles il devait être tant trahi.

Ce n'est pas par l'effet d'une coquetterie littéraire gratuite qu'il est ainsi parlé autour du thème que la révolution est à faire par ceux qui la font sans aucune servitude par rapport aux modèles passés. L'emploi d'un langage ouvrant à l'infini la richesse potentielle du sens signifie au moins clairement la dangerosité conservatrice du langage cliché, réduit au pied de la lettre, ou de la « langue de bois ».

« L'oppression contre la déviance, contre les pouvoirs d'expansion de la raison au-delà de la raison métamorphisée qui veut garder le pouvoir, raison contrainte et contraignante dont les instruments sont l'intelligence étroite et le cogito reservatus, cette oppression est sans aucun doute notre problème majeur, l'objet même de notre combat. » (3)



1516 - Thomas More publie Utopie.

Et, depuis, la « lecture illettrée », en fait la dérive orientée du sens, exerce des ravages qui vont s'amplifiant, comme par hasard !

Tout fonctionne pour asservir le sens commun du vocable et de ses dérivés dans un éventail de versions terroristes, ayant en commun l'appauvrissement systématique du sens.

Et ceci quand :

« Thomas More, pour enrichir notre magasin imaginaire, nous fait le merveilleux cadeau de ce lieu dont le nom dit qu'il n'existe pas, et qu'il décrit complaisamment comme le lieu où tout est à l'envers.

Mais la peur de la fertilité subversive d'un fonctionnement mental repéré sur la perspective d'un autre monde, et d'un monde par définition figuré sur le mode ironique, direction d'une boussole qui trace le chemin du monde à faire, tournant en dérision toute image de monde tout fait, la peur de ce comble de l'intrépidité, paralyse toute lucidité, fait dériver les sens de Charybde en Scylla, de ce pourquoi il n'y a pas lieu de se battre en ce meilleur des mondes hors duquel point de salut... et malheur à celui qui ne le trouvera pas à son goût. »
 (L.B.)




1605-1615 - Cervantes publie Don Quichotte.

Et, depuis, fonctionne la machine réductrice, avec les allures de la « lecture illettrée », et tout est mis en œuvre pour submerger les potentiels contenus en chacun, quant à bénéficier d'une fertilisation par le génie quichottesque. Le nom du héros et ses dérivés sont investis d'un sens engouffré dans les bas-fonds de la platitude... ne serait-ce qu'en oblitérant la puissance de l'ironie qui rend si redoutable la puissance subversive de l'œuvre... tout autant que la puissance du rêve à laquelle elle nous encourage.

« Mais si la dégradation du mythe quichottesque représente quelque chose, c'est bien ce statut du rêve dans ce monde soi-disant à l'endroit qui fait devoir au psychiatre de proclamer que l'exercice de la fonction symbolique est le plus fécond des exercices spirituels, que l'oniroculture est par excellence l'entraînement à la libre disposition de soi et que tout homme a à guérir d'un onirophobie dont la culture héritée l'a plus ou moins contaminé. » (5)


Prophétie ?

Vienne le jour où les hommes se seront délivrés de ces servitudes, où, guéris de la carence de quichottisme dans laquelle une certaine culture les a plongés, ils parviendront à cet état de sagesse extrême où chacun pourra reconnaître sans perdre la tête :

Qu'on n'échappe pas à « se sentir responsable de tout le mal que son inaction laisse commettre sur la terre ».

Mais que, s'il faut attaquer la Sainte Hermandad pour délivrer les galériens, il faut admettre que la grande aventure passe par l'épisode où les galériens lapident leur libérateur.

« Oui, décidément, il faut bien s'abreuver de cette vérité que ce monde et cette vie auraient assurément changé beaucoup plus radicalement s'ils ne s'étaient pas idéologiquement équipés pour que les galériens lapident leur libérateur, et que, ceci fait, ils fuient de leur côté la Sainte Hermandad, alors que Don Quichotte et Sancho Pança ne peuvent faire autrement que de lui échapper vers d'autres profondeurs de la Sierra Morena. »

« Oui, décidément, c'est ainsi, mais Ils ne nous feront pas croire que ça ne peut pas changer, et Ils n'entameront pas notre résolution d'aider le peuple à reprendre son bien, et à faire lui-même sa félicité. »

« Oui, décidément, "Cette félicité n'est pas impossible". »

« Et, "Nous en aurons raison". »
 (5)



Prophétie ?

Vienne le jour où les hommes seront illuminés par cette révélation que l'esprit limité/limiteur de leurs maîtres les a asservis à des versions dégradées, dérivant toutes, comme par hasard, dans le même sens, de toute parole prophétique sur un destin qui ne se réalise pas sans peine, sans déceptions, sans expériences renouvelées de l'échec, sans traversées des déserts et sans l'épreuve des fléaux, et sans la tentation de l'idée préformée, autoritaire ou tyrannique, d'un monde meilleur plus normatif ou conformiste encore que celui dont, ici et maintenant, ils souffrent.


On dit, il faut dire : destin.

Pour bien montrer que le destin des grandes productions métaphoriques de l'humanité n'est pas d'une autre nature, et n'est pas infléchi dans un autre sens, que le destin du langage usuel, au plus quotidien, le sort du mot « destin » lui-même est bien des plus révélateurs.

Chacun est plus ou moins asservi à n'entendre ce vocable que dans le sens le plus réduit à sa version la plus tyranniquement fatalitaire. Mais Geneviève B., souffrant au comble de l'angoisse qu'on dit « schizophrénique », et traversant des phases d'une frénésie suicidaire exceptionnelle, disait, hantée par le thème d'un « destin qui n'est pas celui que j'aurais dû avoir » : « Le destin, c'est-à-dire que si les événements n'avaient pas été ce qu'ils ont été, je ne serais pas ce que je suis. »

On ne changera pas le destin de la folie sans changer l'idée du destin de l'homme, sans travailler à ce que les événements deviennent autres que ce qu'ils sont. 

Dialectique irrécusable, et principe le plus fécond : 

Changer le destin de la folie dépend très globalement de changements dans l'ordre le plus général des mentalités, des mœurs, des us et coutumes, de tout ce qui pèse sur tous les rapports entre tous les hommes. Mais si le champ de la folie est celui dans lequel toute problématique de ces rapports se révèle au comble de l'inflation, de la caricature ou du drame, il en résulte une fonction de révélateur incisif qui fait de tout ce qui peut se passer dans ce champ un instrument puissant qui peut et doit être mis au service de toute action pour changer globalement ces rapports.


Il est possible, en changeant la manière de traiter ces aventures dramatiques, d'apporter des révélations éclatantes opposant les démentis les plus cinglants aux retombées des principes fatalitaires.

Il est possible de démontrer que les hommes peuvent changer leur destin, que les aider à s'entr'aider différemment n'est pas au-dessus des forces humaines.

Il est possible d'aider chacun à tirer toutes les leçons de réalités riches de sens, par exemple que le destin de qui « perd la tête » est principalement infléchi par les réactions des témoins-acteurs de son drame, qui est aussi leur drame.

Mais ce n'est possible que si les divers partenaires, avec, en position éminente, les « psy. », libérés de la servitude des positions enfermées que l'histoire leur a léguées et devenus hommes entre les hommes, accèdent à une idée transformée des potentiels humains.

Il faut secouer la pesanteur des tendances qui déterminent en chacun l'évaluation des potentiels dont chacun est porteur :

Comment l'autre peut-il devenir un être différent de l'idée préconçue dont on s'était laissé infiltrer ? Comment soi-même peut-on devenir un partenaire de cette destinée différent de ce à quoi l'on a été conditionné ?

Le terrain du « travail de santé mentale » est celui sur lequel on peut découvrir et révéler avec le plus d'éclat : à quel point les malheurs de l'homme ne sont que très relativement imputables à une « absence » ou « faiblesse » de potentiels ou de « dons » ; à quel point ils sont déterminés par des facteurs d'inhibition, d'étouffement, de blocage, de sidération, etc., etc. de potentiels dont l'idée qu'ils puissent être connus « en soi » ne peut être qu'une niaiserie, sous-produit d'une idéologie très caractéristique.

Ceux qui travaillent sur ce terrain, et ne cessent d'accumuler les démonstrations de la malfaisance de cette idéologie, sont de ce fait investis d'une très haute responsabilité : renvoyer à l'ensemble des hommes les illustrations les plus éclatantes du principe que tout destin se déroule en fonction des événements qui le traversent.


Est-il possible qu'en 1633 Galilée ait été condamné à la résidence surveillée par la Sainte Inquisition pour avoir dévoilé, laïcisé ou popularisé les idées coperniciennes selon lesquelles la Terre ne serait pas le centre du monde ?

C'est si possible que cela a été. Mais il a été possible que la révolution copernicienne entre, non sans douleur, dans le patrimoine commun de l'humanité.

Est-il possible que, dans notre temps et dans nos sociétés, la conception égocentrique de l'ensemble des rapports humains infiltre encore à ce point les mentalités, les moeurs, les us et coutumes, et jusqu'aux convictions sur la « nature » de l'homme ?

C'est si possible que cela est, et que chacun est contraint de traverser les déserts de sa vie, et de subir les fléaux qui marquent son aventure, sous le poids de cette tyrannie.

Mais il est possible de changer le monde et la vie. Il est possible, à condition de ne pas reculer devant la nécessité de « fortunes diverses » et de ne pas fléchir sous le poids des déceptions nécessairement accumulées, de persévérer dans l'action pour changer le destin des rapports entre l'homme et l'homme, avec une place privilégiée pour les situations dans lesquelles les perturbations de ces rapports sont poussées à leur comble.

Mais ces changements ne peuvent passer à une autre dimension historique que si leur animation devient l'affaire du peuple entier.

« Que ce monde et cette vie puissent changer ? Combien profondément et combien vite ?
Ils n'en savent rien, bien sûr, pas plus qu'aucun esprit scientifique un peu libre, un peu libéré de préjugés.
Ils n'en savent rien, mais ils veulent te contraindre à mener ta vie selon un préjugé de l'hypothèse gagnante. Hypothèse forte ? Hypothèse faible ? Ils veulent dériver ton fonctionnement mental sur cette plus vaine des questions, dans la finalité de te contraindre à t'y épuiser.
Mais l'esprit scientifique accompli, jusqu'au bout des ongles et jusqu'à la moelle des os, ne peut que s'acharner à te révéler quelle peut être la question intéressante :
C'est la question de l'hypothèse intéressante, dans laquelle il importe d'autant plus de s'investir qu'elle s'affaiblit si on la dédaigne et qu'elle se renforce si on la travaille, de tout cœur et en toute raison. »
 (L.B.)



NOTES

1. Le Livre d'Isaïe figura sur la fameuse « liste Otto » des œuvres interdites par l'occupant nazi, avec celles des auteurs juifs, communistes, etc.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES PERSONNELLES

(3) « Le personnage du psychiatre, III, ou les métamorphoses », 1965, dans L'évolution psychiatrique, 1967, I.
(4) Dans cette nuit peuplée..., 1947-1977, Ed. Soc., 1977.
(5) « Un état de carence sévère, le manque de quichottisme », 1979, dans Regard, accueil et présence-Mélanges en l'honneur de Georges Daumézon, Privât éd., 1980.

in Psychiatrie populaire. Par qui ? Pour quoi ? de Lucien Bonnafé (1981 - pp. 213-220).

Emmanuel Digonnet : « Les hôpitaux psychiatriques sont des lieux de non-droit »

 

Emmanuel Digonnet : « Les hôpitaux psychiatriques sont des lieux de non-droit »

mardi 10 mai 2011, par Grégoire Osoha

Cet entretien a initialement été publié dans le numéro 3 de la version papier d’Article11

Comment as-tu débuté ?

Je suis arrivé en psychiatrie par hasard, pour raisons « alimentaires », au début des années 1980. Quand j’ai commencé, je n’y connaissais rien ; pour moi, la psychiatrie n’était que la prise en charge de patients exclus de la société pour des raisons mentales. Une maladie mentale n’existait alors à mes yeux que si elle était visible : l’autisme, les gesticulations, les cris...

Pendant un an et demi, j’ai été affecté dans un service où on plaçait les patients les plus difficiles, ceux posant problème dans les autres services. Cela a été ma première confrontation à l’horreur de l’asile et à la maltraitance : comme pour les policiers dans les commissariats ou les gardiens en milieu pénitencier, la peur avait transformé certains infirmiers en sadiques. Après avoir alerté ma direction, j’ai été muté dans un autre service. J’y ai découvert une nouvelle façon de travailler, s’appuyant notamment sur les entretiens médicaux à visée thérapeutique et accordant une vraie place à l’infirmier dans le traitement des patients. Je me suis alors passionné pour la discipline.

De 1982 à 1998, j’ai accompagné et participé à toute une évolution de la psychiatrie, symbolisée par la fermeture d’hôpitaux psychiatriques. Se développait en effet un pôle extra-hospitalier, avec pour ambition de déplacer le soin dans la Cité, auprès des gens. Des patients habituellement hospitalisés pouvaient enfin vivre chez eux, en voyant un infirmier régulièrement. D’autres, adressés par des assistants sociaux et des médecins généralistes, fréquentaient les centres d’accueil thérapeutiques nouvellement ouverts : il s’agissait de petites unités de soins, avec quelques lits d’hospitalisation, une équipe d’infirmiers et des médecins. Nous y effectuions le même travail qu’à l’hôpital, mais avec une plus grande souplesse. Notamment parce que nous étions peu ou prou situés en bas des immeubles où habitaient les patients – et non à trente kilomètres en banlieue parisienne, «  là où on met les fous  ». Être admis en hôpital psychiatrique a toujours été compliqué, se faire traiter dans ces centres était beaucoup plus simple.

Ces centres d’accueil et de soins offraient donc une réelle proximité et une vraie disponibilité. Ils changeaient du même coup l’image de la psychiatrie chez les patients, qui acceptaient plus naturellement d’être suivis et honoraient davantage leurs rendez-vous. La famille, l’entourage et le patient pouvaient dédramatiser les soins, s’y rendre étant moins stigmatisant que d’être « hospitalisé à Sainte-Anne  ». Et ces centres permettaient – enfin – de désengorger les hôpitaux, et donc d’en améliorer les conditions de travail. Ce n’est plus du tout le cas, désormais ; à l’hôpital, on ne fait plus que gérer des lits. À partir de 16 heures, tous les cadres passent leur temps au téléphone pour trouver un lit où faire dormir leurs patients, le nombre de places disponibles étant insuffisant.

Pour les infirmiers aussi, les choses étaient différentes en centre d’accueil : nous étions autonomes. Il ne s’agissait pas seulement d’appliquer les prescriptions du médecin, mais d’effectuer un réel travail collectif. Nous échangions avec le reste de l’équipe, et nous pouvions donner des rendez-vous ou recevoir les patients. Une période grisante.

Elle n’a pas duré ?

La situation a commencé à se dégrader au début des années 1990, avec le développement d’une gestion purement comptable de l’hôpital. Notre ministère a diminué le budget alloué, et les gestionnaires se sont rendus compte qu’un centre d’accueil de cinq lits nécessitait autant d’infirmiers qu’un service de vingt lits à l’hôpital – sans prendre en considération le nombre d’hospitalisations lourdes et de rechutes que ce système permettait d’éviter...

L’administration a alors progressivement fait fermer les centres d’accueil. Pour cela, il suffisait que les gestionnaires ne leur donnent plus les moyens de fonctionner 24 heures sur 24 : au bout d’un moment, le principe était vidé de sa substance. Quand il ne restait plus qu’un bâtiment avec trois lits, sans personne pour s’en occuper, les gestionnaires triomphaient : « Vous voyez bien que ça ne marche pas : il faut fermer !  »

Autre étape importante, la suppression de la spécialisation « psychiatrie » pour les infirmiers en 1992. Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé, a justifié cette décision par une exigence d’uniformisation européenne ; une directive européenne précisait pourtant que la formation française des infirmiers en psychiatrie était de grande qualité et invitait les membres de l’UE à s’en rapprocher... En fait, cette suppression permettait surtout de faire des économies. Depuis 1992, donc, tous les infirmiers suivent le même cursus, avec seulement quelques cours de psychiatrie. Aujourd’hui, quelques infirmiers généralistes, passionnés par la psychiatrie, réussissent bien à se former rapidement une fois embauchés dans les services spécialisés, mais d’autres choisissent les services psychiatriques par défaut, parce qu’il faut bien gagner sa vie, et ne sont souvent pas à la hauteur. Le constat de l’insuffisance des formations étant unanime, le début des années 2000 a vu fleurir un certain nombre de « boites de formation  » privées, censées compenser ces lacunes.

De toute façon, ce diplôme d’infirmier psychiatrique a toujours été considéré comme un « sous-diplôme  ». À sa suppression, en 1992, les anciens diplômés – comme moi – n’ont pas eu le droit d’aller travailler dans les hôpitaux généraux. Grosso modo, cela voulait dire que les « sous-hommes » étaient soignés par des « sous-infirmiers ». Aujourd’hui encore, si je vois quelqu’un se faire renverser par une voiture, je n’ai pas le droit de lui poser une perfusion ni de lui prodiguer des soins… alors que je suis autorisé à le faire pour une personne hospitalisée en psychiatrique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que c’est moins grave si je me trompe ?

Au début des années 1990, on a aussi assisté à l’introduction dans les hôpitaux de la «  démarche qualité » – pure importation de l’industrie – avec son lot de protocoles et procédures. Procédure pour un patient qu’on accueille, procédure pour un patient qu’on emmène en chambre d’isolement, etc... C’est rassurant : tu remplis des formulaires, tu coches des cases ! Peu importe que des termes comme « phobie » ou « obsession » n’aient pas de frontières étanches, puisqu’il s’agit de créer une classification des maladies mentales pour que les gestionnaires puissent s’y retrouver. L’idée est de coder le patient. Aujourd’hui, un malade est 810.12 - « alcoolique à tendance dépressive  ». C’est idiot : avant d’être «  alcoolique à tendance dépressive », le patient est d’abord un homme ou une femme, qui a cinquante ans ou dix-huit, qui a tel passé, tel parcours...

Quel a été l’impact de cette « démarche qualité » sur ton travail ?

Voici le genre de raisonnements qu’on pouvait entendre de la part des gestionnaires : «  Vous, pour un 312.25, vous avez une DMS (durée moyenne de séjour) de dix-huit jours. Le service d’à côté est à neuf jours. Donc, vous merdez. Réduisez votre DMS ». Pour cela, il suffisait de bourrer le patient de médicaments anesthésiants, et le tour était joué... Il s’est ainsi clairement opéré un passage de la gestion des patients à la gestion du budget. Le ministère réduisait le budget alors que les besoins – eux – ne diminuaient pas.

Derrière tout cela, il y a l’idée de ne pas reconnaître la spécificité de la maladie mentale. Il est beaucoup plus simple de se dire que la schizophrénie est un virus ou un problème génétique contre lequel il suffit d’inventer un médicament. D’autant que cette vision des choses est soutenue par des laboratoires pharmaceutiques - eux-même en partie à l’origine de cette classification des pathologies, pour pouvoir dire : « Tel type de maladie ? Tel médicament ! » Avec des résultats parfois désastreux. Si on prend l’exemple de l’hyperactivité – dont je ne nie pas les symptômes –, on s’aperçoit que les laboratoires proposent des médicaments ayant des effets « visibles » à brève échéance mais qui s’avèrent calamiteux à plus long terme. Le fond du problème tient à la place prépondérante occupée par les labos dans le milieu hospitalier. Il n’y a qu’à voir le nombre de formations qu’ils y dispensent ou « sponsorisent » : lorsqu’ils parlent de certains de leurs cours, les internes en médecine parlent du « cours Lilly » ou du « cours Janssen  »...

Et personne ne proteste ?

En 2003, la profession a organisé les États-généraux de la psychiatrie, qui ont débouché sur une série de recommandations remises au ministre de la Santé, Jean-François Mattei. Il n’y a rien compris… La lutte s’est ensuite intensifiée après un discours de Nicolas Sarkozy à Antony, en décembre 2008. En réaction à l’assassinat d’un jeune homme à Grenoble par un patient sorti d’un hôpital psychiatrique, le président proposait des mesures ultra-sécuritaires, comme le recours à la vidéo-surveillance ou à des bracelets électroniques. Il faut savoir qu’un tel discours a des effets désastreux, même quand il n’est pas suivi de mesures concrètes. Il pousse par exemple les préfets à refuser les autorisations de sortie des patients, et il devient très compliqué de faire sortir un malade pour travailler progressivement à sa réinsertion.

De mon côté, j’ai cru que la résistance pouvait venir des syndicats, et j’ai été longtemps syndiqué et militant syndical. Avant d’en avoir ras-le-bol, tant le syndicalisme se résume souvent à la défense d’intérêts individuels, plutôt qu’être un engagement ou une vue politique. Je me suis alors investi dans une association œuvrant pour la recherche en psychiatrie - une autre manière d’essayer de changer le système. Un des faits d’arme de cette association, même si nous avons finalement perdu le procès, a été de porter plainte contre une dizaine de pneumologues après l’explosion de l’usine AZF à Toulouse. Ces médecins avaient refusé l’installation temporaire des patients des services de psychiatrie dans leur service avec des termes odieux – « gens bruyants », « sales  », « qui peuvent mettre le feu »...

Aujourd’hui il y a des mouvements de résistance à cette casse du service public de psychiatrie, impulsés par les soignants ou les patients, voire par leurs familles. Mais ils se heurtent à deux écueils majeurs. Les guerres de chapelles, si chères à des générations de psychiatres prompts à s’excommunier pour soigner leurs égos. Et l’image de la maladie mentale auprès d’une population qui, faute d’information, n’est pas prête à accepter la libéralisation des soins et la présence de malades mentaux dans les rues.

Pourquoi as-tu démissionné ?

J’ai d’abord fait une « pause » en partant en mission humanitaire, ça m’a beaucoup changé. Sauf qu’au retour, l’attitude de la direction à mon égard avait également changé... Il ne s’agissait pas d’une opposition frontale, mais de petites brimades successives : interdiction de faire visiter le service à un collègue rencontré lors de la mission, refus d’une demande de formation, suppression de mes tickets restaurant…

La direction prenait ainsi sa revanche sur mon activité syndicale et sur un épisode qu’elle n’avait pas digéré. À une époque, en raison de la gestion désastreuse de l’hôpital et de la recherche permanente d’économies, il y avait une pénurie de seaux hygiéniques pour les patients enfermés en chambre d’isolement – et donc sans accès aux toilettes. L’un d’entre eux devait même déféquer sur un drap posé par terre... Là, j’ai dit non : j’avais connu l’asile en 1982, je ne voulais pas le revivre vingt ans plus tard. Avec quelques collègues, nous avons donc alerté les médias. Toute la presse nationale a débarqué, mais ses membres n’avaient retenu que l’angle du sensationnel. Nous dénoncions « la maltraitance des patients par l’hôpital », eux avaient compris « la maltraitance des patients par les infirmiers  ». Et ils venaient voir qui étaient les infirmiers ayant torturé des patients... Une journaliste de M6 à qui j’expliquais nos positions m’a répondu : «  Mais ça n’a aucun intérêt. Pourquoi ameutez-vous tout ce monde ? »

Les collègues ayant ouvert le service à la presse ont été sanctionnés de manière indirecte pendant des années. J’avais témoigné à visage découvert, donc forcément… Côté « maltraitance », suite à notre « raffut », une commission d’enquête avait été nommée. Mais le jeu était faussé, sa mission consistait à enquêter sur la sécurité des chambres d’isolement. Ses membres ont donc vérifié qu’il y avait bien des alarmes à incendie, des vitres blindées, etc. Une honte.

C’est tout cela qui m’a amené à démissionner. Je reste un citoyen attentif et averti, mais je ne veux plus participer à cette évolution. Ni assister à de tels retours en arrière. 
Ces derniers sont légions. Prenons l’exemple du maintien des patients à domicile : le principe est bon s’il s’inscrit dans le cadre du soin, avec une ou deux visites par jour ; sauf que dans les faits, il s’agit plutôt de refus d’hospitalisation et de non-assistance à personne en danger par manque de places à l’hôpital. Autre exemple : la « garde à vue psychiatrique  », soit la possibilité de garder un patient 72 heures en observation. En soi, ce n’est pas une mauvaise idée, car elle permet d’optimiser l’orientation du patient. Mais dans le dispositif mis en place, il s’agit d’une « vraie » garde à vue : si le patient s’en va pendant cette période, les autorités considèrent qu’il s’agit d’une évasion. C’est révélateur.

La peur du fou est très répandue dans la société. Et politiques et médias n’hésitent jamais à l’attiser. C’est ainsi ce qu’ils font en nommant évasion le fait qu’un patient prenne la tangente, au lieu d’évoquer une sortie sans autorisation. Il ne s’agit pourtant pas d’un enfermement, mais d’une hospitalisation sous contrainte... L’enjeu de la terminologie utilisée par la presse ou par les politiques est ici fondamental.

Au moins, cette terminologie dit bien l’arbitraire...

Les hôpitaux psychiatriques sont des lieux de non-droit, où des patients sont privés de leur liberté et enfermés pendant des semaines sans que la justice n’ait son mot à dire. La France est d’ailleurs régulièrement condamnée par la Commission européenne des droits de l’homme. Théoriquement, il existe bien des instances de contrôle comme la CDHP [1], qui peut être saisie par n’importe qui. Sauf que c’est du bluff ! Le contrôleur de la CDHP est le médecin-chef du service d’à-côté, il reçoit une lettre d’un patient et appelle son copain : «  Tiens, j’ai eu une lettre d’un de tes malades.  » Réponse du copain : «  Il est complètement fou. La dernière fois qu’il est sorti, il a fait ceci, cela...  » Au final, il y a une proportion infinitésimale de patients qui sortent d’hospitalisations par ce biais.

La psychiatrie surfe en ce moment sur une dérive sécuritaire, issue en bonne part de la réaction des politiques à des faits divers. À l’image de l’introduction de la Protection des travailleurs isolés (PTI) dans les hôpitaux, après une intervention de Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’un dispositif se présentant comme un téléphone, avec un bouton sur lequel appuyer en cas d’agression, d’incendie... Il est aussi muni du dispositif dit de « l’homme mort  », qui se déclenche quand le boîtier reste trop longtemps à l’horizontal. Aller bosser le matin en se disant «  Tiens je prends mon boîtier ’homme mort’...  », c’est l’horreur ! Et je connais pourtant des anciens collègues qui en sont satisfaits... 
Utiliser un dispositif PTI, c’est accepter qu’on n’augmente pas les effectifs. Qu’on remplace un collègue par un boîtier. Le problème est que les infirmiers refusant ces pratiques se retrouvent dans des situations délicates. Le jour où ils se font agresser – parce que ça peut arriver –, l’incident ne sera pas considéré comme accident du travail. C’est vicieux.

Le sécuritaire, c’est aussi l’explosion depuis quinze ans des hospitalisations sous contraintes (d’office et à demande d’un tiers). Quand une mamie déjantée dérange le voisinage, on ne réunit plus le service social, la famille et les voisins ; désormais, on préfère signer un certificat d’hospitalisation d’office. Et on enferme des gens qui auront du mal à sortir. Parce qu’il y a très peu de structures d’accueil pour organiser les sorties. Et parce qu’il est obligatoire de régler l’hôpital avant de le quitter ; le montant du forfait hospitalier étant par exemple plus élevé que celui de l’allocation adulte-handicapé, cela peut se révéler très difficile pour certains.

Le sécuritaire, ce sont aussi les caméras dans les chambres d’isolement – c’est pourtant idiot : quand un patient ne va pas bien, il faut davantage de présence, et non une caméra. Ce sont les bracelets électroniques, pour être sûr qu’un tel n’est pas sorti d’un périmètre donné – ce qui permet d’éviter de le faire accompagner par un infirmier ou un aide soignant. C’est l’augmentation des refus préfectoraux de sorties à l’essai. Pour résumer : c’est l’enfermement maximum.

NOTES

(1) Commission départementale des hospitalisations psychiatriques

 

SOURCE

 

14:30 Écrit par anormopathe dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/06/2011

SAINT-ANNE, ASILE DU XXIe SIÈCLE

« Le pouvoir thérapeutique des psychiatres est la clef de voûte des institutions de soins destinées au traitement de la folie. C'est autour de lui que s'articulent les autres pouvoirs nécessaires à la bonne marche de telles institutions. Ce pouvoir thérapeutique est immense : il n'existe aucun lieu où le pouvoir d'un individu sur le corps des autres soit aussi total que dans les institutions psychiatriques. Paradoxe qui n'est qu'apparent : pour agir sur l'esprit réticent, c'est bien toujours du corps qu'il a d'abord fallu se saisir. » (Bernard de Fréminville, La Raison du plus fort. Traiter ou maltraiter les fous ?, Seuil, 1977)

  

« SAINT-ANNE, HÔPITAL PSYCHIATRIQUE »

Nous avons choisi de revenir sur ce documentaire, sorti en mai 2010, car il présente à nos yeux un très grand intérêt. Filmant pendant plusieurs mois dans les services fermés des secteurs 15 et 17 de l’hôpital Ste-Anne à Paris, Ilan Klipper a manifestement réussi à se faire oublier dans des murs où, entre blouses blanches, pyjamas bleus et quelques visites de proches, il n’y a personne. Le résultat est là : la réalité quotidienne de l’enfermement blanc. Un premier texte propose une analyse globale du film, tandis qu’un second reprend une "scène" particulièrement significative.

 

SAINT-ANNE, ASILE DU XXIe SIÈCLE

 

Extrait du jounal contre l'enfermement psychiatrique Sans remède n°2, pp.12-14

Ou comment le pouvoir psychiatrique fonctionne intra-muros, comment les médecins-psychiatres et les infirmier-e-s exercent ce pouvoir, comment ils en jouissent. On voit le traitement réservé aux désigné-e-s malades, les neuroleptiques massivement prescrits, les électrochocs, l’isolement et la contention. On voit à quoi est réduite la condition de psychiatrisé-e. On voit ce qui résulte des procédés employés. Mais quelques lumières dans ce sinistre tableau : des résistances se manifestent !

Chimiothérapie avec usage massif des neuroleptiques

Ici la chimie est le seul moyen utilisé, la seule arme. La quasi-totalité des hospitalisé-e-s qui apparaissent dans le documentaire sont sous l’artillerie lourde des neuroleptiques : Tercian, Haldol, Largactil, Risperdal, Loxapac. L’exemple le plus révélateur est celui de E.. Quand on le voit pour la première fois, il est plutôt excité et tient des propos délirants, il va se retrouver attaché (sauf un bras) sur son lit, avec un traitement supplémentaire, sans avoir apparemment commis la moindre violence. Le diagnostic est « schizophrénie affective ». En réunion de synthèse, on apprend qu’il est là depuis dix jours, avec un traitement lourd : Largactil 200 mg, Haldol 200 mg, avec en plus du Loxapac et du Valium. Le chef de service s’énerve : « Vous ne l’avez pas calmé ! », « Traitez-les, ces patients-là, enfin ! Ça se voit… moi je le vois à la fenêtre, il gueule comme un putois ! » Il reproche à l’équipe médicale de ne pas avoir procédé à des injections et de ne pas avoir utilisé les neuroleptiques les plus sédatifs. Quelque temps après, E., qui a fait des incidents – non-violents – dans la cour de promenade, est enfermé dans sa chambre avec une heure de sortie le matin et une heure l’après-midi. Autre réunion de synthèse (une semaine plus tard ?) : E. est maintenant sous Tercian (600 mg) et Haldol (400 mg) mais toujours pas « sédaté », comme ils disent. Le chef de service s’étonne : « Là où il est quand même très singulier, c’est que avec un traitement injectable correct, sédatif, le mec il est insomniaque complet… ça interroge, quand même… » et il prescrit scanner et EEG[1]… Dernière image du film : E., qui s’est énervé – verbalement – avec d’autres psychiatrisés, est attaché sur son lit, assommé par une injection. Encore une fois, la chimie a mis provisoirement fin à l’excitation et aux propos incohérents. Mais le spectateur ne verra pas l’issue de cet affrontement entre le pouvoir psychiatrique, qui n’a d’autre objectif que de casser le symptôme, et la vie d’un être qui n’a eu d’autre solution que d’emprunter une voie particulière. Le symptôme résiste, semble-t-il, docteur.

Electrochocs

Sur D. nosographié[2] dépression sévère. Etre humain réduit à une pathologie. Etre humain réduit au symptôme le plus récent « n’a pas mangé depuis plusieurs jours ». Etre humain réduit à une signature au bas d’un document autorisant le pouvoir médical psychiatrique à pratiquer des séances d’électrochocs. Etre humain réduit à un corps choqué à coups de décharges électriques. Etre humain réduit à une réaction cérébrale à une décharge électrique : le médecin ayant pratiqué l’électrochoc commente avec une collègue le tracé de l’électroencéphalogramme sur le ruban de papier…

« À chaque fois, il fait de très belles crises ! …

– Là elle est pas belle, sa crise… elle démarre… ça va, la phase de recrutement… mais tu vois l’amplitude n’est pas…

– Je vais diminuer un peu…

– Non non non, tu diminues pas… Maintenant elle commence à monter, mais c’est pas très joli…

– C’est pas comme au début… je peux vous montrer, au début ça a été trois fois de très belles crises, avec un arrêt brutal.

– Là, tu vois là, ça se termine bien… »

Notons qu’à cette occasion, les collaborateurs du dispositif électrochoquant ne nomment pas ce qu’ils font : l’un parle de « séance », l’autre – infirmier – d’« examen »…

Isolement et contention

Une des réussites de ce documentaire est de montrer que, dans l’asile du XXIe siècle, la contention et la chambre d’isolement sont devenues un soin à part entière ! Non point que, depuis les années 50 et l’invention du premier neuroleptique, elles aient disparu… Pas morte, la camisole ! Mais ces dernières années, les chambres d’isolement se sont multipliées et les prescriptions de la contention ont grimpé en flèche…

Et depuis le début de l’asile, ces pratiques ont été justifiées par un discours médical, y compris lorsqu’elles se situaient clairement dans le registre de la punition. « Sainte-Anne, HP » donne pleinement à entendre la version actuelle de ce discours, un alibi médical que tout le personnel, du plus haut au plus bas de la hiérarchie, peut reprendre en choeur et les « patients » gober avec leur traitement médicamenteux. Bien évidemment ce discours – quelque peu adapté – est proposé à l’extérieur : aux proches et – très rarement – aux « honorables citoyens », usagers potentiels du système de soins. Morceaux choisis : « Mlle A., je pense que ça va vous faire un petit peu de bien d’être contenue, parce que vous allez pouvoir dormir un petit peu et vous reposer… (…) Mlle A., je pense que vous aurez un petit peu de Tercian tout à l’heure, parce que je crois que ça vous calme un peu… »[3].

Mais parfois le punitif parle à ciel ouvert, cherchez bien le médical, il en reste peu : « Ne manquez pas de respect aux gens, sinon on va vous rattacher avec des piqûres aux fesses, c’est ça que vous voulez ? (…) vous n’allez pas rester longtemps détaché… vous voulez mon avis, moi j’vous l’donne ! (…) On vous a déjà attaché à deux reprises, je crois qu’il va y en avoir une troisième et ça va pas être demain ! Vous avez déjà été attaché deux fois, visiblement le problème c’est que vous n’avez pas compris ; en général une fois ça suffit aux gens pour qu’ils comprennent, pour qu’ils se calment… »

Discours téléphonique d’un médecin au père d’un « patient » mis sous contention : « Vous savez, les patients, je vais vous dire… euh… actuellement… et en même temps je crois qu’il est rassuré d’être contenu, comme toujours dans ces cas-là les patients… Nos patients à nous n’aiment pas être violents, n’ont aucun plaisir dans l’agressivité, ils se protègent, ils se défendent mais… donc il est, d’une certaine manière, mécontent évidemment d’être comme ça mais soulagé d’être contenu et d’être protégé de sa propre agressivité (…) C’est pour l’aider, hein, et surtout au niveau de l’équipe pour qu’on puisse mettre en place un traitement efficace et le plus rapidement possible on lèvera cette solution thérapeutique… ». Notons de plus que le pouvoir psychiatrique ne se contente pas de ne pas entendre les paroles des psychiatrisé-e-s – quand ils ou elles ont encore la force de les proférer – il s’autorise à parler à leur place.

Survivance du régime disciplinaire

Ce que met en lumière le film d’Ilan Klipper, et cela a peut-être échappé à la volonté de l’auteur, c’est la survivance du régime disciplinaire asilaire dans certains services fermés de l’hôpital psychiatrique du XXIe siècle. Mise sous neuroleptiques, injections de force, contentions, mise en chambre d’isolement, électrochocs, traitements-punitions : les psychiatrisé-e-s sont réduit-e-s à des symptômes identifiés par la nosographie psychiatrique et soumis-e-s à des traitements destinés à les éradiquer. La désignée maladie doit céder. Foucault parle ainsi des fonctions de l’hôpital psychiatrique du XIXe siècle, de l’asile : « lieu de diagnostic et de classification, (…) mais aussi espace clos pour un affrontement, lieu d’une joute, champ institutionnel où il est question de victoire et de soumission ».[4] N’avons-nous pas affaire au même type d’affrontement, même si les stratégies et les moyens ont changé ?

Le comportement normal doit être rétabli, le « retour des conduites régulières » évoqué par Foucault, ne fût-il qu’un ensemble – provisoire – de signes de normalité. Et cela fonctionne efficacement pour certains « patients » : D., après les électrochocs, a un discours totalement stéréotypé, en accord avec tout ce que peut dire le médecin. Quant à N., il conseille l’intendante à propos des vis de sa fenêtre pour que les « patients » ne s’évadent pas ! Et il téléphone comme s’il était infirmier : « On a un petit problème avec un monsieur qui pète les plombs… » !

Pour finir

On peut lire dans le texte officiel de présentation du docu : « Le manque criant de moyens financiers et humains implique une cadence infernale, un flux permanent de malades, qui ne permettent pas au plus consciencieux des soignants de faire correctement son métier. » Problème, et éventualité d’un commentaire artificiellement plaqué, car rien de tel n’apparaît dans ce film, sauf au niveau de l’entretien : lit cassé que l’on entoure de sparadrap, poignée de porte cassée et jamais réparée[5]… Qui pourrait prendre l’appel au service voisin demandant quelques hommes en renfort en vue d’une injection à un patient prétendument agité pour une illustration du « manque criant de moyens humains » ? Si un tel manque apparaît de façon flagrante dans le documentaire des « Infiltrés »[6], ce n’est pas le cas dans les services filmés ici. Quant à la fin de cette tirade, elle renvoie à une question qui n’est pas mince : qu’est-ce que faire correctement le métier de « soignant » dans de tels services ? Et si le « plus consciencieux des soignants » était celui qui choisit de ne pas exercer ce métier, ni là, ni ailleurs ?…

J.

 

NOTES

1. Electroencéphalogramme.

2. Nosographie : description et classification des troubles et maladies.

3. Voir aussi le texte suivant, « La bataille du pyjama »

4. Le pouvoir psychiatrique, Seuil/Gallimard, 2003, p. 345.

5. Mais pas de problème avec le matériel de contention, toujours présent en abondance…

6. « Hôpital psychiatrique : les abandonnés », diffusé le 18 mai 2010 dans le cadre de l’émission les Infiltrés sur France 2.

 

POUR LIRE « LA BATAILLE DU PYGAMA », VOIR LES PAGES 15 A 18 DU N°2 DE SANS REMEDE, CONSULTABLE SUR LE SITE DU JOURNAL.

27/06/2011

DOSSIER : POUVOIR ET PSYCHIATRIE

Extrait de la revue SUD/NORD, folies et cultures n°20, 2005.

 

 

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L'histoire de ce siècle a prouvé d'une manière sanglante et définitive [...] que l'alibi nationaliste est toujours invoqué par les fossoyeurs de la liberté, qu'aucun droit de la personne humaine n'est toléré sur les voies triomphales des bâtisseurs pour mille ans, des géniaux pères des peuples, et des épées de l'Islam, et qu'avec un peu d'habileté, un bon Parti au départ, une bonne police à l'arrivée et un rien de lâcheté chez l'adversaire, il n'est que trop facile de disposer d'un peuple au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. (Romain Gary). La polysémie du mot pouvoir, verbe actif devenu substantif, nous ouvre de vastes horizons : des innombrables possibilités au pouvoir absolu des totalitarismes, de ce que peut l'homme qui se construit au pouvoir du dictateur qui détruit, de l'impuissance à la toute-puissance, des potentialités aux potentats, de la volonté de puissance à l'impuissance de la volonté, du pouvoir-faire indispensable à la vie au pouvoir pour le pouvoir, en passant par le goût du pouvoir, la pulsion d'emprise, les pouvoirs du fondé de pouvoir, les pouvoirs de la séduction, le pouvoir de l'amour, l'organisation des pouvoirs, le pouvoir des mots... Le n° 20 de SUD/NORD se penche sur les pouvoirs en général, mais aussi sur le pouvoir psychiatrique en particulier à travers Franco Basaglia et Michel Foucault.

 

DOSSIER « POUVOIR ET PSYCHIATRIE »

 

 

- « Il était une fois la psychiatrie » par Michel Plon

- « Marges du pouvoir » par Pierangelo Di Vittorio

- « Hystériques, internés, hommes infâmes : Michel Foucault et la résistance au pouvoir » par Mario Colucci

- « Georges Lanteri-Laura à Stephansfeld » par Yves Carraz

- « Quelques exemples historiques d’utilisations perverses du pouvoir psychiatrique » par Michel Minard

- « Préface au livre Le jardin des mûriers. Dix ans d’antipsychiatrie italienne » par Franco Basaglia

- « Punition et soin » par Stanislaw Tomkiewicz

 

SOURCE