22/05/2011

Manifestes contre le DSM et autres textes

 

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Recensions du livre de Christopher Lane : Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions

Thierry Longé : http://www.cairn.info/revue-essaim-2009-2-page-159.htm

Nicole Maillard-Déchenans [PDF] : http://www.groupeinfoasiles.org/allfiles/bibliotheque/Chr...

 

Manifestes contre le DSM et autres textes

(Paris, Barcelonne, Ravenne, avril 2011)

Téléchargeables sur cette page.

17/05/2011

LA CULTURE DU VALIDE (OCCIDENTAL)

Tu es une personne valide et tu n’y as jamais tant réfléchi jusqu’à cette phrase ?

Tu te dis que ça doit être (trop) dur de vivre en tant qu’handicapé-e, genre tu pries pour ne (surtout) jamais l’être ? 
Tu admires le courage quasi héroique des handicapé-e-s ? (mais Batman reste ton super héros)
Tu te rassures avec le Téléthon et ce que te racontent les médias quant aux avancées en matière de handicaps ?
Tu hésites à savoir si un-e handicapé-e est ultra débile ou hypra intelligent-e ? (cherche encore...)
Tu a s un-e pote handicapé-e et c’est trop cool pour toi de le dire ?

Tu es une personne handicapé-e et tu te sens dans une société faite pour et par les valides ? tu te demandes si le bug c’est toi ou cette société ?
Tu vois des marches partout ? (ne te sens pas parano !)
Satan est en toi ? (ouais ouais !)
T’es terriblement sexy et les valides ne le voient pas ?
Ton héros c’est le Dr Charles Xavier ?


... le validisme ça te concerne !

 

LA CULTURE DU VALIDE (OCCIDENTAL)

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ou comment le validisme 
ça te concerne sûrement.

[->transfluid at yahoo.fr]

merci à Beatriz pour m'avoir appris à désillusionner

et à Colin K. Donovan, quelque part sur un réseau,
pour son Attitude

puis au Dr Charles Xavier, quand même à Batman, mais
surtout à Daredevil, à Karate Kid (le 1, pas le 2).

 

La culture du/de la valide est partout, mais ne se dit pas. 

Le validisme, la norme du/de la valide, 
régit le fonctionnement de tout le monde.

Tout le monde sauf (!) les autres, 
c'est-à-dire les anormaux-ales, les résidus défectueux 
de la société validiste : les handi(capé-e)s.


<1>
L'identité invalide du valide.


Le/la valide n'a pas conscience qu'il-e est valide. Il-e dit qu'il-e est normal-e, tout autant que ceux-lles qui lui ressemblent-s'assemblent. Le/la valide ne dit jamais qu'il-e est valide, il-e dit “je ne suis pas handicapé-e”. Il-e a besoin de négation pour se considérer un minimum existant, apte.

<2>
Une déclinaison de 
la dictature de la majorité.


Le/la valide est un corps fonctionnel clôné, un mécanisme identique, alors que l'handi est à structure polymorphe : tétraplégique, aveugle, IMC (Infirme Moteur Cérébral), sourd-e/muet-te, paraplégique, trisomique, myopathe, amputé-e, nain-e, LIS (Locked-In Sydrom), autiste... Le/la valide conçoit peu les variations humaines, les diversités corporelles en dehors de sa conformité technique et, à force, informe.

S'il-e lui est demandé de définir un-e handi, il-e stéréotype à l'image du “fauteuil roulant” (voire il-e dit “chaise roulante”) et n'est pas en mesure de plus amplement décrire. Le/la valide ne veut pas plus connaître l'handi car l'idée de l'handi en sursis que el-lui-même est le/la fait flipper [héhé].


<3>
Plan A : conformer (validiser).
Plan B : enterrer vivant-e.


Il-e conçoit l'handi comme un bug dans le programme unitaire PCP, Production-Consommation-Procréation. Le/la valide est à la fois le/la programmateur-trice et le programme du PCP, sa régulation est autarcique. Tout corps ne pouvant pas performer le PCP sera détecté comme virus : à soigner, à ré-éduquer, à sectoriser/spécialiser, à insérer, à (hétéro)normaliser, à regénérer... à exclure, à annuler, à cachetonner, à ignorer, à isoler, à cacher, à déresponsabiliser, à taire.

<4>
La conscience validiste.


Le/la valide a besoin d'avoir bonne conscience (quelques fois dans l'année). Il-e développe le Téléthon pour des promesses cathodiques de guérisons à haute teneur en divertissement. Il-e organise des séjours dits de vacances pour les handis enfermé-e-s 90% de l'année dans des taules... officiellement désignées comme des “institutions”. Il-e annonce “l'année (2003) européenne du handicap” qui lance la grande mode du politikblabla sur le handicap, les parlementaires valides brandissant de grands concepts citoyennistes.

Le discours du/de la valide expose toujours de glorifiantes perspectives d'évolutions, érigées dans une “bonne conscience politique” du handicap. Le tout formaté pour une opinion publique (valide) qui se laisse volontier ignorer la réalité : les handis restent des cobayes médicaux et institutionnels.

<5>
Tou-te-s intégré-e-s à la beaufitude !


Un grand/gros mot du politikblabla du valide envers-les-handis-mais-par-les-valides est “intégration”. C'est le formidable projet d'amélioration de vie des personnes subissant «une perte ou une restriction des possibilités de participer à la vie de la collectivité à égalité avec les autres», dixit l'article 18 des Règles (valides) des Nations Unies (valides) pour l'Egalisation (validiste) des Chances pour les personnes handicapées de 1993. Ici, les “autres” = les valides, “égalisation” = validisation. But du jeu : fondre les handis dans la culture valide, désintégrer l'identité handi pour une totale intégration-dissolution au modèle valide. De l'exclusion à l'inclusion... 

Le/la valide n'intégrera jamais un mode de vie handi-alternatif (au-delà du PCP), mais il-e imposera toujours sa culture normalisante, son validisme aux handis. Sans conscience d'autodétermination, l'handi ne rêve que d'accéder au valide way of life. 


<6>
“La société valide se réserve le 
droit d'entrée aux handis.”


Dans le grand projet d'une meilleure citoyenneté pour les handis (mais-par-les-valides), l'architecture et l'urbanisme posent depuis une éternité un problème délicat : le/la valide vénère les marches et escaliers, il-e en met partout, c'est plus fort que el-lui. Il-e en est tellement accro qu'il est possible de trouver des marches devant des ascenseurs, ou des chiottes indiqués handis dans un sous-sol uniquement accessibles par escalier. La complexité de cette fascination des marches réside dans le fait que le/la valide ne parvient pas à concevoir l'accessibilité aux handis, il-e bloque psychologiquement sur ce principe d'autonomie. Il-e sait construire des rampes, des plans inclinés, des ascenseurs, même qu'il-e a établi des textes de lois à ce sujet... il reste néanmoins inconcevable pour el-lui de rendre accessible les moyens de transports, l'habitat, les espaces publics (cinés, salles de concerts, galeries, lieux de cultes, administrations, écoles, bibliothèques, bar-tabacs, épiceries, boulangeries, pharmacies, bars, restos, clubs, backrooms, piscines, hôtels... j'arrête là, mais bon). Même des lieux autogérés comme des squats sont majoritairement inaccessibles/excluants pour un-e handi. Les deux seuls royaumes d'accessibilité sont les centres commerciaux et les hostos... ouais, génial. Le/la valide dit souvent qu'il-e voit très peu d'handis dans son quotidien, bah tiens...

Devant l'éternel obstacle des marches, le/la valide dégaine son leitmotiv «pas de problème, on va porter !» [voir chapitre suivant]. Game over : 

1) si, il y a un problème, reconnais le
2) ‘ce' que tu veux porter ne veut peut-être pas l'être. 

Le/la valide a cette étrange façon de jouer les super-wo-mans dans des situations qu'il-e maintient supernazes. Le comble est le/la valide momentanément en béquilles-pied-plâtré qui va crier soudainement son indignation de l'urbanisme et qui va la jouer solidarité avec les handis...

[faites des chiottes publiques accessibles si vous ne voulez pas que les handis activistes se mettent réellement à pisser devant les restos, les cinés, les administrations, etc !!!!]

<7>
Ca te fait du bien la charité ?


Ah, la charité...

S'il y a bien quelque chose que le/la valide ne veut pas assimiler, c'est que la liberté passe par l'autonomie et non par ce vieux relent d'assistanat charitable. Il-e est gentil-le, il-e veut toujours aider, dépanner (enfin, de façon très ponctuelle, et surtout quand d'autres valides le/la regardent)... le problème est qu'il-e ne se questionne jamais tant sur l'envie - ou non, justement - de l'handi d'être aidé-e. Ce qui est cool pour el-lui ne l'est pas forcément pour l'autre [définition contemporaine zigzaguienne de la charité]. Mettez un-e valide au moins trois jours dans une situation d'assistanat permanent : où chaque valide lui signifiera plus ou moins lourd ement que, là, le/la gentil-le valide est en train de l'aider, gracieusement, bénévolement, de bonne foi, “avec plaisir”, “pas de problème”... rapidement il-e suppliera d'accéder au maximum d'autonomie possible, de façon à se sentir libre d'agir et surtout ne plus être à se retrouver redevable d'une charité imposée. A travers cette charité, le/la valide se regarde el-lui, se contemple dans un handicap qu'il-e utilise.

<8>
Ouais je connais.


Le/la valide aime dire qu'il-e sait ce qu'est être handi. Son cousin a été six mois en fauteuil roulant suite à une chute de ski, sa grand-mère boîte légèrement de la hanche, ou bien el-lui-même est amputé de l'oriculaire de la main gauche. Il-e con-prend, il-e con-patit. Il-e dit qu'il-e “imagine” que “ça doit être dur” de vivre “comme ça”... ‘ça' alors... que el-lui d'ailleurs il-e ne pourrait pas, il-e ne supporterait pas. Il-e évangélise alors sur le courage surhumain (survalide) de l'handi. [j'y reviens] 

Le/la valide-fashion aime dire que de toute façon el-lui non plus n'est pas normal-e. «Je suis handicapé-e aussi quelque part», il-e con-prend et con-patit, patati patata (le valide est vite redondant).

<9>
L'handi comme confessionnal ambulant.


Il faut généralement que l'handi comprenne le/la valide, qu'il-e l'écoute, le/la conseille. Le/la valide se confie sans retenue auprès de l'handi, il-e se sent libre de débrider son intimité dans ce confessionnal plein de bonté, ce déversoir informe que semble l'handi, perçu-e malgré el-lui d'emblée comme “différent-e” donc sans limite/s. 

<10>
L'handi : l'exotisme près de chez vous.


Oui, l'handi, cet être étrange : parfois extralucide, d'autres fois invisible, parfois démentiellement intelligent-e, d'autres fois profondément débile, parfois asexuel-e, d'autres fois maniaco-sexuel-le (version pervers-e à stériliser dare-dare), parfois d'une beauté transcendante, d'autres fois monstrueux-se... Nous ne le dirons jamais assez : l'handi est exotique ! 

Le/la valide se sent cool quand il-e a un-e pote handi à présenter à son public de potes valides. Le/la valide se sent alors l'âme humanitaire, il-e dit qu'il-e réalise concrètement à quel(S) point(S) la société est sélective et excluante, ça le/la révolte (il-e tient à ce que l'handi soit témoin de son écoeurement)... le problème est qu'il-e vient soudainement d'accuser une société dont il-e se déresponsabilise.

<11>
Quand le validisme débande.


Sexuellement, le/la valide divise frénétiquement l'handi. [à paraître un jour une contre-étude de Zig_ze_Lonesome_Tranny-crip-girlboy sur le thème “corpo-sexualités & handicaps”, parce que y'en a marre de lire des conneries institutionnelles névrotiques et hétéronormalisées.]

Communément, il-e l'asexualise, voire l'infantilise farouchement (sic!). “Farouchement” car le/la valide a pleinement conscience que la libido n'épargne aucun corps, même le plus immobile et/ou le moins évidemment communicatif, mais il-e a déjà tellement de mal à gérer sa sexualité avec des corporalités identiques qu'il-e panique graaaaaave à l'idée de n'avoir plus aucune maîtrise avec des corporalités inconnues auxquelles il-e ne peut pas se reconnaître-référer. L'handi est alors perturbateur de ses codes de comportements sexuels, le comble de la validirilité...


<12>
L'handi comme sextoy.


Et parallèlement, le/la valide fétichise et catégorise particulièrement l'handi. Un-e aveugle ça touche mieux que quiconque, un-e paraplégique ça suce de façon démente, un-e nain-e ou un-e amputé-e c'est trop délire, un-e tétraplégique [immobilité généralisée du corps] c'est la possibilité rêvée d'un gros déblocage d'inhibitions... Les mêmes rôles sont toujours d'avance attribués à l'handi : voyeur-se et passif-ve. On ne lui demande pas tant d'être soumis-e car on ne le/la considère pas conscient-e des jeux de rôles érotiques (et puis pour plein de valides, passivité = soumission). De toute façon, on n'attend surtout pas de l'handi qu'il-e soit érotique puisque son handicap l'est déjà pour lui.

L'handi c'est sympa à essayer (et c'est forcément toujours le/la valide qui “essaie” l'handi, l'inverse ne lui est pas concevable...). D'ailleurs, le/la valide qui n'est pas parvenu-e à jouir de ce corps non conforme au sien, a tendance à s'enfuir en disant mollement au partenaire handi «excuse-moi, j'ai essayé tu sais». Quelle audace. Parfois il-e ne veut absolument pas assumer sa fuite et propulse la faute à l'handi, lui expliquant qu'il-e est décidemment trop handi pour le grand standing de la sexualité valide...

<13>
Plus chou que Pikachu...


Le/la valide adulte prend souvent un-e handi pour un pokemon. Il-e lui est parfois irrésistible dans la rue de venir le toucher, au choix le serrer-comprimer dans ses mains, ses bras, le carresser-papouiller, l'embrasser-skotcher, le prendre en photo [sisi]... voire tout d'un seul coup (la spécialité des ménagères de plus de quarante ans). Sans oublier d'afficher un sourire béat, des yeux larmoyants d'émotions préfabriquées, d'aligner les propos usuels sur le courage & l'espoir. Le/la valide a besoin que l'handi porte sa croix (...mais la croix de qui au juste ?).

<14>
“Lève toi et marche (satan ?)”... 
mais oui bien sûr...


[la tartine du champ lexical de la charité chrétienne dans 
ce texte est révélatrice du fait que la culture catholique 
est omniprésente dans les rapports handis/valides]

Il-e arrive aussi au valide, en croisant un-e handi totalement inconnu-e, de lui donner - imposer - une bible, une croix, un grigri, ou autres gadgets religieux (l'handi doit se préparer à une collection à vie). Il-e explique alors à l'handi comment il-e doit recevoir dieu dans son coeur afin de guérir, genre le miracle bientôt chez toi si tu fais un effort...

Il y a aussi la version délirante du valide fanatique qui apprend à l'handi, le regard exorbité et en le pointant fièvreusement du doigt, que satan est en el-lui (c'est donc lui le chromosome n°5 ?!), ou bien le fabuleux principe bouddhiste par lequel l'handi a dû être un-e méchant-e valide dans sa vie antérieure pour se réincarner “comme ça”, «c'est bieeeen faaaaiiiit !», etc.


<15>
Accident fatal 
ou fatalité accidentelle ?!


En rencontrant un-e handi, le/la valide a irrésistiblement besoin de demander si “c'est un accident ?”. Il-e est franchement rassuré-e s'il-e s'entend dire que, non, c'est de naissance ; ainsi il-e peut se conforter dans une optique de ‘la fatalité' qui ne lui est pas tombée dessus, qu'il-e est sécurisé-e de son joli corps performant.

Si on lui répond qu'il s'agit en effet d'un accident, le/la valide va très probablement s'exclamer devant l'handi, dans une panique mal dissimulée, qu'il-e espère - ah l'espoir du valide ! - que jamais ça ne lui arrivera, que ce serait trop pénible, voire horrible... ce à quoi l'handi acquièsce, prenant conscience qu'il-e vient de s'incarner en peur géante.


<16>
Un corps pré-établi.


On n'évoque jamais au/à la valide des alternatives de vie en dehors de la sienne régie par la fonctionnalité-utilité du corps. Une vie sans la vue ou sans la fonction motrice des jambes s'apparente pour el-lui à un cauchemar, un calvaire, un enfer, “mon dieu quelle horreur”, etc (il-e trouve toujours plein de qualificatifs pathétiques).

Il se trouve que le/la valide n'apprend jamais vraiment son corps, il-e l'utilise plus qu'il-e ne le vit. Il-e observe beaucoup ses performances physiques mais ne déploit guère ses alternatives (de sensitivités, de mouvements, de forces, d'appréhensions de l'espace). On ne lui a pas appris à réécrire le mode-d'emploi de son corps. Ce mode-d'emploi socio-corporel (formaté Production-Consommation-Procréation) lui enseigne comment marcher dans la rue, comment se tenir (debout) à un guichet, comment et avec qui faire l'amour, comment écrire et dessiner, comment danser, comment fumer, etc. Il est important que tous les valides aient le même mode d'emploi, ça évite l'anarchie. 

<17>
Le miroir existentiel.


En présence d'un-e handi, le/la valide lui demande parfois frénétiquement «tu me demandes quand tu as besoin de quelque chose, hun ?!», «tu n'as besoin de rien, t'es sûr-e ?». Le/la valide semble dans ces situations pris-e d'une terrifiante angoisse d'absence d'utilité qui déstabiliserait toute son interaction avec un-e handi. La présence d'un-e handi place le/la valide dans un tel désarroi qu'il-e ressent le besoin de se rassurer sur sa fonctionnalité (qu'il-e ne peut que concevoir comme physique). Il-e doit pour cela placer d'office l'handi dans un rapport de dépendance/soumission non-interchangeable.

<18>
Bon courage à vous, les valides
.


Si l'handi explique au/à la valide qu'il-e aime sa vie telle qu'elle est, ce-tte dernier-e apparaît plus que dubitatif-ve. Aux yeux du valide, l'handi se doit de “souffrir de son handicap”, le/la valide veut se figurer la vie de l'handi comme une longue pénitence.

Ainsi le/la valide a besoin de considérer l'handi comme quelqu'un d'exceptionnellement courageux, un battant. Pour deux raisons. La première concerne son fort désir de rassurance : si l'handi survit à ses déficiences de vie, le/la valide se dit que tout lui est alors possible, que tout lui reussira dans ce monde fait pour lui. La deuxième raison consiste pour le/la valide à se déculpabiliser de ce que le validisme fait endurer à l'handi. Plus on acclame l'handi comme courageux, plus le/la valide se dit implicitement que l'handi peut continuer à morfler.

*

VOILA.

Ainsi est le/la valide. 
Amen (comme il-e dirait).

Notons toutefois que l'handi institutionnalisé est el-lui aussi sacrément pathétique... y'a de quoi écrire un deuxième volet, «l'handi pathétique», si jamais ça vous intéresse que je me lâche...

Je tiens à préciser que je ne souhaite pas que ce texte soit un outil de plus à la bonne conscience du/de la valide occidental-e, qui aime répertorier les écrits relatifs aux oppressions qu'il-e engendre afin de pouvoir - parfois - dire «j'ai lu, je connais maintenant».

Si toutefois “il-e a lu” et qu'il-e dit “réaliser”, alors qu'il-e agisse.

Puis ce que je dénonce me concerne aussi : ce texte ne me déresponsabilise pas, j'ai conscience d'avoir moi-même agi parfois de façon validiste (mais bon pas beaucoup quand même, faut pas exagérer...).

Le “je” c'est :

Zig

ici & ailleurs
à Validland, en France
un été 2004

 

SOURCE (brochure PDF à imprimer - 20 pages A5 - sur le même site)

16/05/2011

Les « porteurs de troubles mentaux » : une question de mots ? (Angélique del Rey)

Les « porteurs de troubles mentaux » : une question de mots ?

par Angélique del Rey

 (01.05.2010)

 

Lorsque nous avons, au Ceara, avec les membres du futur réseau international d’Universités populaires et Laboratoires sociaux (les Drs Marluce Oliveira et Arminda Rodrigues, de l’institut Vandick Ponte, le Dr Henrique Figueiredo Carneiro, de l’UNIFOR, et les Drs Cleide Carneiro et Jackson Coehlo Sampaio, de l’UECE), rédigé le manifeste du réseau à venir, il nous est venue une petite controverse. Là où, avec Miguel Benasayag, nous parlions de maladie ou de souffrance psychique, ils préféraient quant à eux parler de « porteurs de troubles mentaux ». S’agit-il d’une simple question de mots ou de quelque chose de plus profond ? J’aimerais montrer dans cet article que nous ne sommes pas là face à une simple querelle de mots, mais à toute une représentation, relativement nouvelle, de la maladie et de la souffrance psychique, au puissant pouvoir normalisateur.

De prime abord, parler de « porteurs de troubles mentaux » semble très progressiste. En effet, si quelqu’un est « porteur » de quelque chose, cela signifie que cette chose ne fait pas partie de lui : il n’en est que le porteur, elle ne fait donc pas partie de son identité. Parler de personne « porteuse de troubles mentaux » semble indiquer que, si cette personne présente des troubles mentaux, il ne faut pas pour autant l’identifier à ces troubles. La notion de « troubles », elle-même, implique une extériorité de la personne relativement à ce qui trouble son état de santé. C’est l’état de santé qui est normal.

On rejoint ici l’esprit de la classification actuelle des troubles mentaux (DSM), qui se contente de profiler des comportements sans jamais mettre la personne en cause. Tout se passe comme si un trouble s’était emparé d’elle, que nous pouvons repérer extérieurement et diagnostiquer. Extrait du DSM IV, rubrique « trouble de la lecture » : « les réalisations en lecture, évaluées par des tests standardisés passés de façon individuelle mesurant l’exactitude et la compréhension de la lecture, sont nettement au-dessous du niveau escompté compte tenu de l’âge chronologique du sujet, de son niveau intellectuel (mesuré par des tests) et d’un enseignement approprié à son âge. Cette perturbation interfère de façon significative avec la réussite scolaire ou les activités de la vie courante faisant appel à la lecture. » Dans cette description, nulle part la personne n’est identifiée au profil comportemental du trouble observé. Ex : lorsque son niveau intellectuel est mentionné, il est immédiatement précisé que ce niveau a été mesuré par des tests : autrement dit, ce n’est rien de substantiel (Binet, l’auteur du fameux test de QI, ne disait-il pas lui-même que « l’intelligence est ce que mesure mon test » ?).

Par ailleurs, il faut savoir que ce vocabulaire n’est pas du tout le fait du hasard : il renvoie au contraire à une conceptualisation très précise de la santé, de la maladie et du handicap, fondée sur les travaux de Wood dans les années 80, et qui donna lieu à une refonte totale de la fameuse classification mondiale de la maladie produite jusqu’ici par l’OMS [1]. Wood introduit l’idée qu’il y a différents plans d’expérience et qu’il faut donc envisager la question de la santé et de ses « limites » sur ces différents plans. De son point de vue, parler de maladie ou de handicap est trop simpliste si l’on ne sait pas à quel plan d’expérience on se situe. L’attitude la plus objective consisterait à partir du « problème de santé », autrement dit de quelque chose « d’anormal » qui se produit à l’intérieur de l’individu et se manifeste par des signes. Au niveau du diagnostic, trois plans d’expériences se dégageraient alors : le premier est celui des fonctions organiques (fonctions psychologiques comprises), le second, celui des activités (impliquant l’exécution d’une tâche par une personne) et le troisième, celui de la participation autrement dit de l’implication de la personne dans une situation de vie réelle. Wood propose d’appeler le dysfonctionnement du 1er plan « déficience », celui du 2ème « limites d’activités », et celui du 3ème « restriction de participation ». Il explique qu’on peut très bien avoir une déficience sans avoir de limites dans ses activités (cas du lépreux), mais qui engendre une restriction de participation (cas du diabétique). On peut avoir des limitations d’activité sans présenter de déficience, ou encore des restrictions de participation sans déficience ni limitation d’activité (cas du séropositif n’ayant pas encore déclenché la maladie, ou encore de l’ancien patient de psychiatrie qui sort d’un hôpital psy).

Ce langage semble très progressiste dans la mesure où, loin de vouloir stigmatiser la personne malade ou handicapée, il repose au contraire sur l’idée que la santé ne s’arrête pas là où commence le handicap. Tout être humain peut avoir une santé défaillante et, de ce fait, souffrir d’un handicap. Le handicap est une expérience universelle. La nouvelle vision de la santé et du handicap ne se focalise plus sur la cause et lui préfère l’analyse des impacts ; elle n’identifie plus la personne à son handicap ou à sa maladie, mais préfère l’analyse du rapport de l’état de santé de la personne à son environnement : étant donné tel environnement, la personne est-elle, oui ou non, capable de s’adapter ? Elle place en fin de compte tous les états de santé sur un pied d’égalité. Mais si je dis « semble », c’est que cet aspect progressiste n’est pour moi qu’une façade.

En effet, cette vision implique la représentation sous-jacente d’un « homme sans qualités », tabula rasa, pur « porteur » des troubles dont il est affecté, pâtissant de ceux-ci, par définition. Prenons l’exemple d’un sourd : selon cette vision, il est affecté de déficiences (organiques) qui entraînent des limitations d’activités ainsi que des restrictions de participation. Quel que soit le plan d’expérience envisagé, on considère ici que la personne, affectée de surdité, ne fait qu’en pâtir. Le fait qu’elle soit affectée de surdité ne fait pas partie d’elle, la surdité ne fait pas partie de son identité. Or est-ce là une vision réellement progressiste ? Beaucoup de sourds répondraient que non, dans la mesure où cette vision se rapporte à une norme extérieure : le sourd est vu comme déficient relativement à la norme selon laquelle un organisme humain doit entendre. Il est vu comme limité dans ses activités, du point de vue de la norme selon laquelle parler est une activité normale. Il est vu comme restreint dans sa participation du point de vue de la situation normative suivante : il faut parler pour aller à l’école. Autrement dit, il s’agit d’une vision ultra normative qui classifie l’univers total de la vie humaine au nom du bien-être et de la bonne vie, et lit tout ce qui s’en écarte comme affection extérieure à la personne, comme pur pâtir, comme manque.

Cela dit, ce qui permet aux Sourds de faire cette analyse et de porter cette critique, c’est leur expérience d’être « affecté » par ce qui, du point de vue de la norme, est vu comme un manque, sans nécessairement en pâtir. Un Sourd de naissance, en effet, ne « manque » pas de l’ouïe. Affecté (= mode d’être) de surdité, il peut au contraire « agir » sa surdité : apprendre la langue des signes, développer un théâtre sourd, une psychologie sourde, un cinéma sourd, des manières de penser et d’agir sourdes, bref une Culture sourde. Du reste, c’est l’existence de cette culture qui permet aux Sourds de ne pas systématiquement pâtir de leur surdité. Ce que le Sourd a de moins que l’entendant est évident, ce qu’il a de plus, peu de gens s’y intéresse. Les Sourds nous apprennent donc, par leur exemple, qu’on ne pâtit pas nécessairement de ce dont on est affecté. C’est bien plutôt le contraire : c’est par nos surfaces d’affectation que nous pouvons agir, et c’est pourquoi l’homme sans qualités est une figure profondément réactionnaire. Un homme sans qualités est un homme qui, sans tropismes, affinités électives, comportements ni qualités propres, ne peut (c’est logique) que pâtir de ce dont il est affecté.

Vue sous cet angle, l’idée que nous serions tous des handicapés potentiels n’apparaît plus du tout comme progressiste. En effet, cela revient à dire que les êtres humains sont tous susceptibles de s’écarter de la norme, dans toutes les dimensions de leur existence, et qu’il faut donc, au nom du bien-être et de la bonne vie, les aider à s’en sortir et à rejoindre la norme. Si, dans la vision réactionnaire classique, on ne peut que pâtir, porter sa croix, de façon déterministe, la figure de la réaction moderne nous propose un supermarché où on peut changer notre croix à volonté. C’est ce que Michel Foucault appelait un biopouvoir, prédisant que cette forme de micro pouvoirs, avançant au rythme de la gestion fine des modes de vie et des comportements au quotidien, était en train de prendre le pas sur les autres formes de pouvoir (souverain et disciplinaire). Et ce, sans qu’on s’en méfie outre mesure, puisque ce pouvoir-là avance au nom du bien et semble non stigmatisant. Parler de personnes « porteuses de troubles psychiques », c’est quand même autre chose que de parler de « fou », de « malade mental » ou de « débile léger » ! Oui certes, mais on oublie une dimension fondamentale de l’existence, qui est qu’être affecté, y compris de « négatif » (surdité, phobie, angoisses, fantasmes, discriminations, chômage…), n’implique pas systématiquement d’en pâtir. Bien sûr, nous pâtissons davantage dudit « négatif » que dudit « positif ». Mais d’un autre côté, nous n’agissons jamais depuis une surface lisse, non affectée, telle que la vision actuelle de la santé s’imagine « l’état de santé ». Nous agissons en fonction de nos surfaces d’affectation. C’est en tant que bègue que Démosthène est devenu orateur, c’est en tant qu’épileptique que Jules César est devenu le grand empereur dont l’humanité garde éternellement la mémoire, c’est en tant que Sourd que Beethoven est devenu un grand compositeur, c’est parce que Louis Braille était aveugle qu’il a créé le braille, les sourds ont inventé la langue des signes parce qu’ils étaient « affectés » de surdité, etc. On pense avec horreur à ce que deviendrait une humanité convaincue que toute négativité est à assimiler à un bagage indésirable. Plus rien ne pourrait être créé au sein de cette humanité-là. Car nous agissons en fonction de nos surfaces d’affectation, que celles-ci soient vues par telle ou telle société, tel ou tel groupe social, telle ou telle norme alors en vigueur, comme quelque chose de négatif ou de positif.

J’entends d’ici les objections : soit, mais que faites-vous des impacts de la norme sur les individus ? La norme ne peut-elle pas faire souffrir ? Et puis, une norme n’est pas qu’une vision théorique : une société qui est entièrement construite pour des voyants ou des entendants ne fera-t-elle pas matériellement souffrir des aveugles ou des sourds ? D’où l’intérêt de ne pas faire dépendre le handicap et la maladie uniquement de la personne, mais de déplacer le regard sur l’environnement qui fait que cette personne éprouvera des « limitations d’activités » ou des « restrictions de participation ! » Mettre en place des « facilitateurs » permet alors d’avoir un impact efficace sur la maladie et le handicap. C’est quand même mieux que de laisser la personne se débrouiller avec sa souffrance, sous prétexte que celle-ci va lui permettre de se dépasser, de créer, bref d’agir !

Certes. Loin de moi l’intention de défendre l’idée que la personne est bel et bien miro, folle, dure d’oreille, ou éclopée, ou encore, que c’est une débile inadaptée. Qu’il s’agisse d’une norme disciplinaire ou de normes de biopouvoir, il s’agit dans tous les cas d’un pouvoir normatif. En revanche, on peut parfaitement normaliser la personne tout en évitant de la stigmatiser, et ce procédé n’est pas meilleur que l’ancien : il est même plus pervers encore, dans la mesure où il induit une vision de la personne (y compris vision de soi) comme un être sans qualités, pouvant dans l’idéal n’être affecté par rien. La vision que nous proposons à l’UP-LS du Céara, est tout autre : le « handicap » (y compris dans sa classification post-moderne) interroge la société qui produit ces catégories. Lisez les normes de santé aux niveaux organiques, fonctionnels et sociaux, vous verrez que celle-ci implique un idéal normatif très clair. L’homme idéal est l’homme productif, qui réussit, ne tombe pas amoureux et n’a pas de corps ; les « déficiences », « limitations d’activités » et autres « restrictions de participation » quant à elles nous rappellent que nous avons un corps, que l’autonomie ne veut rien dire, que le chômage augmente, la pollution, les maladies émergentes,... Notre société veut nier ces phénomènes, et elle se sert des catégories en question pour les parquer du côté du manque, de l’anormalité, de ce qui ne devrait pas être.

Notre point de vue est inverse : il consiste à dire que la réalité est ce qu’elle est, y compris avec sa charge de « négativité », et qu’il faut assumer les conflits si nous voulons créer et agir. Pour revenir à la psychiatrie : non aux personnes « porteuses de troubles psychiques » et qu’on essayerait d’adapter, dans la mesure du possible, à un environnement normatif ; et oui aux personnes telles qu’elles sont (y compris avec des problèmes psychiques graves), à leur place, intégrées, et avec lesquelles nous voulons créer le monde de demain. Parce qu’on crée, on agit, à partir des surfaces d’affectation qui sont les nôtres. On ne crée pas en niant la maladie, le chômage, l’exclusion, … ou en qualifiant tout cela d’anormalité. On crée depuis ce qui nous affecte (nouvelles demandes psy, maladies émergentes, appartheid soft, désespoir…), en considérant que tout est normal, par une co-création de nous-mêmes et de l’environnement.

Angélique del Rey, pour le réseau international UP-LS.

[1] Wood, P.H.N., La classification internationale des handicaps, Paris, Inserm, 1988. Cf la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé, publiée en 2001 par l’OMS et disponible sur internet.

 

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15/05/2011

VOYAGE AU CŒUR DE LA PSYCHIATRIE (Alexis Fricker)

VOYAGE AU CŒUR DE LA PSYCHIATRIE

par Alexis Fricker


Pourquoi avoir fait le choix de traiter de la psychiatrie ? Pourquoi cet angle bien précis, celui de l’humanisation des soins en milieu psychiatrique ? « Simplement pour livrer des témoignages à écouter dans ce travail sonore de 60 minutes, pour faire part aussi de mon regard sur cet univers qui reste très méconnu», explique Alexis Fricker, journaliste radio (France Info / France Bleu) qui livre en exclusivité pour Europeus cette série documentaire réalisée en 2006 en Gironde.

« Autre objectif : Donner à entendre dans ces dix épisodes plusieurs points de vue très intéressants, révoltants parfois, touchants, mais toujours saisis au plus près de l'action et de sa réalité. Il y a les psychiatres et les infirmier(e)s encore en exercice ou à la retraite, l'ancienne patiente aujourd'hui en psychothérapie, d'autres patients au sein de structures alternatives de soin, des proches de patients sous traitement, tous rencontrés et côtoyés pendant six à huit mois en Gironde et essentiellement à Bordeaux.

Ce travail, c'est aussi le dégoût d'une vision actuelle de la société face à ceux qu'elle appelle des fous. La folie, fort justement, interroge la société qui refuse de la voir et de lui répondre, comme le fou nous interroge sur notre condition. Bien souvent, on ne le considère pas, commettant là un acte inhumain. Et cette inhumanité, voilà qui est beaucoup plus grave et choquant, même certains professionnels du secteur, certains psychiatres (bien souvent les mandarins), en sont imprégnés. Et ils l'appliquent sans scrupules car le malade devient un simple matricule, un symptôme, une pathologie, et perd son statut d'être humain.

Nous voilà donc bien loin de l'acception première de l'asile, de la vision humaniste du philosophe Michel Foucault dans son ouvrage L'histoire de la folie à l'âge classique, teinté de préceptes jadis défendus par Erasme dans son Eloge de la folie ou par Sébastien Brant dans La Nef des fous.

Quant à Jean Oury, le directeur-fondateur de l'illustre clinique de La Borde dans le Loir et Cher, c'est sûrement lui qui porte le regard le plus éclairé, le plus humain sur les soins en psychiatrie. Extrait d'une interview réalisée en 2002 par Nicolas Philibert à l'occasion de la sortie en DVD de son documentaire La moindre des choses (1995), sur le fonctionnement de cette clinique : « Pour travailler là-dedans, il faut être balayeur et pontonnier et savoir aussi rendre sa propre présence la moins dangereuse possible pour les patients et soi-même. En fait [...], on cherche à répondre à une question : comment être le moins nocif possible ? [...] L'ambiance est ultra-importante et ce n'est pas pareil d'être enfermé pendant des mois ou attaché dans une cellule comme ça se développe aujourd'hui que d'être dans un système de clubs avec une liberté d'action et d'allées et venues en ayant de petites responsabilités [...] Ca compte dans le traitement de la psychose car ces gens sont dispersés, disloqués, ils s'attachent aux petits détails qui ne se voient pas forcément. Il faut donc être vigilant quand on est soignant, être veillant et l'ambiance joue un rôle crucial dans la maladie. C'est idem pour un gosse à qui on ne parle pas ou bien à qui on parle de manière niaise. Tout ce qu'on fabrique, c'est de l'atrophie cérébrale. Et pour les schizophrènes et les psychotiques, c'est pareil ».

Ce que nous offre Alexis Fricker est un reportage en dix épisodes, en dix jours de diffusion. Un document rare, unique. Histoire d’aller plus au fond des choses sur un sujet de société souvent tu, qui touche la France mais aussi l’ensemble des pays européens. Bonne écoute.

Episode 1/10 (6'09)

Descriptif de la situation de la psychiatrie française après la seconde guerre mondiale et l'avènement du premier neuroleptique, le Largactil. C'est aussi l'époque des asiles puis de courants de désaliénation avec l'antipsychiatrie et la psychothérapie institutionnelle prônées par des psychiatres qui ont révolutionné la discipline : Tosquelles, Bonnafé, Daumézon, Oury. Cet épisode est enfin l'occasion de brosser un tableau assez sombre de l'actuelle psychiatrie.



Voyage au coeur de la psychiatrie épisode 1 par europeus

 

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16:13 Écrit par anormopathe dans Articles, Vidéos, audio | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Foucault, Laing et le pouvoir psychiatrique (Nikolas Rose)

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“Rien n’est plus intérieur à notre société, rien n’est plus intérieur aux effets de son pouvoir que le malheur d’un fou ou la violence d’un criminel. Autrement dit on est toujours à l’intérieur. La marge est un mythe.” 

 

Foucault, Laing et le pouvoir psychiatrique 

par Nikolas Rose

(automne 2006)

 

Résumé

Dans cet article, je montre la pertinence toujours actuelle d’Histoire de la folie de Michel Foucault et de ses cours sur le pouvoir psychiatrique pour analyser le système psychiatrique d’aujourd’hui. Cette pertinence tient au fait que les analyses de Foucault font moins l’histoire que la généalogie de la psychiatrie ; elles montrent que nos façons de poser l’existence de ce que nous appelons folie se rattachent au même mouvement historique qui a créé la psychiatrie en tant que savoir pouvant désigner et gérer les fous. J’explore la relation ambiguë entre Foucault et « l’antipsychiatrie » des années 1960 et 1970, notamment dans le cas des travaux de R. D. Laing. J’examine aussi dans quelle mesure les cours de Foucault sur les anormaux et le pouvoir psychiatrique nous aident à analyser une psychiatrie qui oeuvre à l’extérieur de l’asile, qui s’appuie sur les neurosciences moléculaires et qui est dominée par la psychopharmacologie. Je soutiens que l’héritage le plus radical de Foucault n’est ni une critique du modèle médical, ni une négation du réel de la folie, ni non plus une dénonciation du pouvoir psychiatrique, mais plutôt l’argument voulant que les sujets de la psychiatrie aient le droit, le pouvoir en fait, de décider des formes de traitements qu’ils reçoivent.

Texte intégral : http://www.erudit.org/revue/socsoc/2006/v38/n2/016375ar.h...

11:21 Écrit par anormopathe dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |