15/05/2011

Le jeu des molécules (Bernard de Fréminville)

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Le jeu des molécules 

par Bernard de Fréminville


Extrait de l'ouvrage épuisé de Bernard de Fréminville*, La raison du plus fort. Traiter ou maltraiter les fous ?, Seuil " Combats", 1977.

 

Moins de deux ans après le premier Congrès mondial de psychiatrie, le 13 février 1952, Henri Laborit, chirurgien de la Marine, publie un article sur certains effets d’un nouveau médicament, le 4560 RP : outre l’action recherchée de « déconnection » des centres nerveux que ce produit possède plus que ses prédécesseurs, l’auteur note une « curieuse action centrale » qui « laisse prévoir certaines indications de l’emploi du produit en psychiatrie [1] ».

Immédiatement reprises par des psychiatres (Delay et Deniker), ces expérimentations font rapidement la preuve de l’efficacité du produit dans les états d’agitation et d’excitation, puis, d’une manière plus générale, dans les états psychotiques : le 4560 RP est alors baptisé chlorpromazine puis commercialisé par le laboratoire sous le nom de Largactil. Et c’est le début d’une réaction en chaîne qui donne lieu à la mise au point d’une multiplicité de médicaments à usage psychiatrique, divisés et subdivisés en classes selon leur origine chimique ou leur modalité d’action. Aux neuroleptiques, dont le Largactil était le chef de file, succédèrent les tranquillisants, puis les antidépresseurs. Et c’est ainsi qu’un ouvrage de psychiatrie destiné aux médecins non psychiatres [2] pouvait, en 1975, recenser 43 hypnotiques, 37 neuroleptiques, 34 tranquillisants, 20 stimulants de l’humeur (antidépresseurs) et 37 stimulants de la vigilance. Encore l’auteur prend-il la précaution d’avertir son lecteur, à juste titre, qu’il s’agit là d’une pharmacopée qui se renouvelle sans cesse…

La croissance de la consommation de médicaments psychotropes fut, dans les institutions hospitalières, foudroyante. C’est que, jusque-là, on ne disposait pas de grand-chose : quelques sédatifs plus ou moins efficaces, deux ou trois médicaments pour les cures de sommeil. Cet espace vide fut rapidement envahi. Dans un hôpital lyonnais, par exemple, Le Vinatier, le nombre des comprimés de neuroleptiques consommés dans l’année devait passer de 924 000 en 1956 à 1 725 000 en 1963 [3]. Et chaque nouveau perfectionnement bénéficia d’un accroissement du même ordre : à Maison-Blanche, le nombre d’ampoules utilisées d’un seul neuroleptique-retard [4] devait passer de 7 500 en 1968 à 48 200 en 1971 [5].

Pour tous les auteurs contemporains, 1952 marque le début d’une révolution psychiatrique. L’hommage aux glorieuses thérapeutiques précédentes, les thérapeutiques de choc, ayant été vite oublié, ce sont les nouveaux médicaments qui ont changé le visage des asiles, permis la réduction de l’agitation, facilité le dialogue avec le malade... De 1952 à la fin des années soixante environ, c’est une grande période d’enthousiasme. Aussi bien, certains chiffres autorisent-ils à considérer que, cette fois, réellement, des progrès ont été accomplis. Aux Etats-Unis, pour prendre l’exemple de la plus vaste échelle, où le nombre des malades hospitalisés avait régulièrement augmenté, passant de 144 000 en 1903 à 558 000 en 1955, les chimiothérapies sont introduites en juin 1955 : dès 1956, il n’y a plus que 550 000 hospitalisés, puis 527 000 en 1961 et enfin 400 000 seulement en 1968 [6]. Partout ailleurs, le nombre d’internés diminue, et la durée moyenne de séjour devient moins longue. 

Aurait-on enfin accompli la percée thérapeutique si obstinément espérée par tant de générations de chercheurs ?

Pendant longtemps, aujourd’hui encore, la plupart des auteurs continuent à l’affirmer : l’invention des médicaments psychotropes a bien marqué le début d’une ère radicalement nouvelle dans le domaine du traitement des maladies mentales. Pourtant, dès le début, ou presque, quelques psychiatres constatent, une fois de plus, une sorte d’amortissement de l’effet tout d’abord obtenu, comme celui qui disait en 1961 : « Dans l’alchimie du psychisme, la pierre philosophale semblait enfin trouvée. L’ère de la psychiatrie semblait révolue. Après ce départ vertigineux, la psycho-pharmacologie semble marquer le pas [7] ». De tels doutes, au reste peu répandus, n’empêchèrent pas les recherches de se faire, les expérimentations de se pratiquer et les molécules nouvelles d’apparaître sur le marché. C’est qu’une fois de plus personne ne sait comment agissent ces médicaments : on les classe selon leurs effets sur les symptômes, on observe leurs résultats sur telle ou telle catégorie de malades, mais on ignore tout du mécanisme de leur action. Les doctrines et les théories, ici encore, sont innombrables et très différentes.

Une telle incertitude théorique entraîna d’emblée et entraîne encore une grande diversité des pratiques, déplorée par de nombreux intervenants au quatrième Congrès mondial de psychiatrie en 1966 : « L’un des problèmes les plus graves des tendances actuelles est la persistance des pratiques non uniformes et individualistes dans la prescription de ces médicaments et dans le refus de développer des standards impératifs généralement acceptés. Nous manquons cruellement de guides d’emploi comparables à ceux qui sont utilisés en cardiologie et en syphilologie [...]. Ce qui est sous-jacent à ces incertitudes de la pratique, c’est l’absence confirmée d’une théorie universellement acceptée des médicaments psychiatriques [8].» Certains auteurs, comme Pichot, tentèrent d’avancer quand même, malgré l’absence d’une telle théorie, en faisant procéder par exemple dans huit services de quatre pays différents à des essais simultanés de trois antidépresseurs. Malheureusement, « les résultats n’ont montré aucune différence significative, et il est apparu que les lacunes de notre méthode avaient rendu cet essai incapable de mettre en évidence des différences qui, peut- être, existaient [9]».

Les neuroleptiques ne sont pas des médicaments d’un maniement simple. Leur prescription s’accompagne d’ordinaire d’une prescription concomitante d’un certain nombre de correcteurs, car ils entraînent des effets secondaires dits « parkinsoniens » (ressemblant aux signes de la maladie de Parkinson) : apparition assez rapide d’une rigidité et de tremblements souvent très gênants, voire même insupportables pour le malade. L’apparition de ce syndrome neurologique a même été considérée dès le début comme l’une des propriétés caractéristiques des neuroleptiques. Comme pour les « effets secondaires » des méthodes de choc (l’angoisse notamment), un débat s’ouvrit : « L’attitude des cliniciens vis-à-vis du syndrome neurologique des neuroleptiques n’est pas unanime. Les uns le recherchent, car ils estiment que les meilleurs résultats thérapeutiques sont obtenus lorsque les manifestations neurologiques sont les plus intenses. La plupart le redoutent et cherchent à l’éviter, par l’administration de médications préventives [10]. » Et deux auteurs purent, en 1967, expliquer pourquoi et comment ils en étaient venus à distribuer à leurs malades des doses d’halopéridol nettement supérieures (de 4 à 12 fois plus) à celles de la majorité de leurs confrères. Il leur est en effet apparu que « dans les cas aigus, difficiles, rebelles ou récidivants, des cures brèves mais massives d’halopéridol (200 à 600 gouttes par jour) avaient le pouvoir abrasif sur la psychose, puissant et rapide, qu’aucune autre thérapeutique, même de choc, ne possédait [...]. Un syndrome secondaire neurologique est pratiquement la règle à fortes doses. Dans le contexte particulier d’une telle cure neuroleptique, la survenue d’un syndrome akinéto-hypertonique doit être considérée comme un adjuvant appréciable à l’action thérapeutique. En effet, la sidération du malade dans sa corporalité, dont la dynamique est perturbée, ne peut que contribuer à l’apaisement général. Ce freinage physique parallèle à la cause psychique est le premier temps thérapeutique dans le cisaillement d’une psychose avant la récupération [11] ».

Cette tentative est faite sur 50 malades, recrutés parmi toutes sortes de catégories nosologiques. Le traitement dure en moyenne un mois (avec « isolement en chambre calme, semi-obscure, bien surveillée ») et va dans un cas jusqu’à huit mois. Le résultat semble favorable : « Ainsi mené, le traitement a donné dans l’ensemble des résultats qui nous ont paru plus rapides et nettement meilleurs qu’avec les autres cures de neuroleptiques ou les conduites de traitement moins intensives. » 

La littérature psychiatrique actuelle est ainsi pleine de comptes rendus d’expérimentations où sont largement détaillés les motifs de l’innovation, le protocole de son utilisation et les résultats obtenus. Résultats favorables, bien entendu, par principe et pour deux raisons essentielles : l’évidence, tout d’abord, veut qu’on ne publie guère le résultat des expérimentations manquées, l’usage veut ensuite que le coût de l’impression des comptes rendus d’expérimentation soit pris en charge par les laboratoires pharmaceutiques intéressés à l’obtention d’un visa d’exploitation pour le médicament en question. L’amour-propre des auteurs et le bénéfice commercial des industriels, voilà deux leviers puissants qui expliquent aisément le ton d’autosatisfaction qui est la règle dans ce genre de littérature…

Quel effet les neuroleptiques ont-ils eu réellement sur la vie des services hospitaliers en psychiatrie ? 

Les objectifs immédiats qui leur avaient été assignés pouvaient, selon Deniker, être ainsi résumés « 1. Réduire le plus vite possible la symptomatologie psychotique. 2. Restaurer rapidement un état mental satisfaisant pour la réinsertion sociale [12]».

En ce qui concerne le premier de ces objectifs, en tout cas, l’on put afficher dès le début de grands motifs de satisfaction. Comme le précise encore Deniker dans la même communication : « L’excitation et l’agitation psychotiques ont trouvé, avec les neuroleptiques, un traitement si efficace qu’elles ne sont plus guère tolérées dans nos services, la seule question étant la rapidité de leur réduction. » Mais, en ce qui concerne l’autre versant du projet, la reinsertion sociale, peut-être faut-il y voir de plus près.

Certes, on l’a vu, les chiffres paraissent probants, il y a moins d’hospitalisés dans les hôpitaux psychiatriques qu’avant l’apparition des neuroleptiques. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il y ait moins de malades mentaux recevant des soins psychiatriques : le nombre des entrées dans les hôpitaux, au contraire, s’est régulièrement accru, et c’est la réduction de la durée de séjour qui a permis que la population hospitalisée à un moment donné soit de plus en plus faible, les sorties augmentant d’autant. Bien que réduite, cette durée de séjour reste quand même importante puisqu’elle était, par exemple, encore en 1972 de 170 jours à Clermont-de-l’Oise (contre 202 jours en 1968). Mais c’est cette particularité comptable mal étudiée qui a permis tant de cris de victoire sur lesquels il faut maintenant revenir, comme l’a fait Henri Ey : « Nous en venons donc à considérer que les statistiques contemporaines basées sur le taux des sorties n’ont plus aucun sens, puisque sortir ne veut plus dire être guéri ni même amélioré, mais seulement être mieux soigné dehors que dedans [13].» 

Les neuroleptiques ont donc peut-être contribué à déplacer les problèmes posés par la maladie mentale plutôt qu’à les résoudre.

Encore faudrait-il savoir ce qu’a coûté ce déplacement. Les médicaments psychotropes, et notamment les neuroleptiques, font désormais partie de la routine des gestes psychiatriques, rares sont les malades qui n’en reçoivent aucun, la plupart en reçoivent plusieurs, souvent des années durant. Entre le moment du premier essai du 4560 RP en chirurgie, en 1952, et sa très large diffusion en milieu hospitalier, il ne s’est écoulé que quelques années. Mais, depuis ce moment-là, depuis près de vingt-cinq ans, des centaines de milliers de « malades mentaux » ont reçu des doses souvent effarantes de neuroleptiques, parfois pendant toute la durée d’un séjour long de plusieurs années. Certains d’entre eux étaient déjà à l’asile avant 1952, ils y sont encore, avec leurs neuroleptiques en plus. C’est d’ailleurs à l’usage massif et prolongé de ces médicaments que l’on doit l’aspect si uniformément caractéristique de ces lieux où l’on rassemble les malades « chroniques », malheureux personnages raidis, à la démarche saccadée, à la dentition détruite, fuyant le soleil que leur peau ne supporte plus, évoluant avec peine dans les débris d’un délire que l’on a, suivant l’expression consacrée, « cassé », marmonnant, mâchonnant, le regard vide, visage de cire et corps figé à jamais…

Efficaces, les neuroleptiques ? Peut-être, mais pourquoi et pour qui ? 

En 1958, à Ville-Evrard, Follin et son équipe médicale remplacèrent, à l’insu des infirmières, le Largactil par un placebo [14] chez 39 malades, dont 20 schizophrènes, et cela pendant 9 mois : 50 % de ces malades suivirent une évolution favorable [15] … D’autres études ont montré que le mode d’administration d’un médicament, en plus de son apparence, avait une certaine influence sur ses effets, en psychiatrie comme ailleurs. Refuge pour le médecin, qui se protège contre l’angoisse du patient grâce à son ordonnance, le médicament autorise de nouvelles stratégies, ou dérobades : « Un autre intérêt dans l’apparition de nouvelles drogues, c’est que le médecin en a toujours une ou deux en réserve : il sait qu’il peut encore faire quelque chose ; il ne perd pas espoir. Cela aussi est thérapeutique [16]. » Pour d’autres, plus tard, l’apparition des formules-retard offre une garantie de la stabilité de la relation médecin-malade : « En psychiatrie, les malades souvent ne comprennent pas leur situation, interrompant systématiquement ou capricieusement la médication permanente qui leur a été prescrite […]. L’application intramusculaire d’un neuroleptique- retard donne au médecin la sécurité que le malade a vraiment reçu la dose prescrite. En outre, par un tel traitement, le malade se présente plus régulièrement chez le médecin, ce qui facilite le contrôle du cours de la maladie. Les liens entre le médecin et le malade en sont fortifiés [...]. Il n’est pas possible de s’imaginer une psychiatrie moderne sans la thérapeutique-retard avec des substances neuroleptiques [17]. » D’autres encore voient enfin là une nouvelle voie d’abord privilégiée de la maladie, parce qu’elle en permet un traitement précoce et, pourrait-on dire, au moindre soupçon : « Ce qui est nouveau et que nous devons, en grande partie, à l’efficacité que les neuroleptiques ont conférée au psychiatre, ce sont ces patients, jeunes souvent, chez lesquels l’expérience aiguisée du médecin diagnostique, déjà et à peine, un trait de caractère, une façon d’être dans le contact, une bizarrerie qui dénotent la structure psychotique, la psychose, l’amorce d’une schizophrénie. Traité — la prescription peut alors avoir valeur de test — ou non traité, le patient sera suivi comme tout chronique potentiel demande à l’être, mais seul le médecin saura qu’il s’agit d’une schizophrénie. D’ailleurs, certaines ne font pas leur preuve ou avortent : s’agissait-il alors d’une manifestation psychotique ? [18] » 

La part du désir médical semble donc grande dans l’efficacité des neuroleptiques : efficacité sur les symptômes, peut-être, mais aussi efficacité pour l’« image de marque » d’un corps professionnel passablement ternie par l’usage intensif des traitements de choc.

D’autres facteurs, plus institutionnels, semblent avoir une importance encore plus grande. Les travaux de Chanoit permettent à cet égard quelques points de repère. Il observe tout d’abord en 1969 que l’action d’un même médicament sur un même symptôme est tout à fait différente selon l’institution dans laquelle on en fait usage : son expérience porte, d’une part, sur un établissement richement doté en personnel soignant, ainsi qu’en activités ergo- et sociothérapiques, et, d’autre part, sur un asile classique [19]. Il remarque ensuite en 1970 que, dans un hôpital donné, les doses médicamenteuses distribuées sont inversement proportionnelles au nombre d’infirrnier(e)s présent(e)s dans le pavillon, et proportionnelles à l’intensité des conflits non résolus surgissant au sein de l’équipe soignante [20]. Nicole Mercier, revenant sur ces travaux et analysant la consommation des psychotropes dans trois services hospitaliers différents en 1973, conclut dans le même sens : c’est le « collectif soignant » dans son ensemble qui règle essentiellement les variations de la consommation des neuroleptiques. Et cette consommation est « un véritable baromètre » non pas tant de « l’appétit plus ou moins chimiothérapique du médecin » que de l’ambiance générale du service, celle-ci dépendant pour beaucoup de la disponibilité matérielle des soignants, et donc de leur nombre, ainsi que de leur disponibilité affective. Par ailleurs, les événements généraux, par exemple ceux de 1968, ont un certain retentissement sur le niveau de consommation médicamenteuse : en baisse tout d’abord (effet d’une certaine remise en cause de la psychiatrie), puis de nouveau stabilisé aux valeurs antérieures [21].

Devant cet effet de collectif soignant, si clairement mis en évidence pour une méthode thérapeutique prescrite par un médecin à un malade (contrairement aux traitements ouvertement collectifs relevant des diverses sociothérapies), plusieurs attitudes sont possibles pour les psychiatres. 

L’une est celle de Henri Ey, pour qui une telle donnée ne doit pas entraîner une dissolution des responsabilités. Certes, le service ne doit pas être écrasé par une « hiérarchie monolithique ». « Mais il ne fait pas de doute non plus que la prescription (impliquant une étude clinique, un diagnostic et un pronostic) des neuroleptiques est un acte essentiellement médical qui exige réflexion, surveillance et contrôle [...]. Si l’usage de la thérapeutique médicamenteuse apparaît à tous indispensable, il rend également indispensable l’organisation disciplinée du service. [22] » 

Pour d’autres, comme Jean Ayme, des accommodements, sur ce point précis, sont possibles. Pour lui, il est « surprenant de constater l’habituelle absence d’échange entre médecins et infirmiers à propos de la prescription et de l’usage des médicaments [23] ». Il rappelle, à ce sujet, d’une part l’usure progressive de l’efficacité des différents médicaments employés (neuroleptiques, tranquillisants, puis antidépresseurs), et d’autre part les différentes pratiques non officielles qui sont courantes, nul ne l’ignore, dans les services : suppression discrète d’un médicament lorsque le malade le refuse ou s’en plaint, renforcement d’un traitement à l’insu du médecin pour des raisons humanitaires (adjonction d’un correcteur non prescrit) ou disciplinaires (augmentation des doses de calmants). Puisque ces pratiques sont courantes, affirme Ayme, elles faussent l’observation médicale et surtout les relations médecins-infirmiers : « Seule une désacralisation de l’acte de prescription pourra donner un support véritablement rigoureux à la chimiothérapie. » Il propose donc de laisser une certaine autonomie aux infirmiers dans ce domaine, par l’établissement d’une sorte de prescription à la demande : le médecin fixera un maximum et un minimum du médicament déterminé et l’infirmière choisira, en fonction des événements, à l’intérieur de ces limites.

Cette proposition déclencha des protestations véhémentes : où irait-on, à se dessaisir ainsi d’une prérogative absolue ? Et, comme devait menacer Jeanson, l’un de ceux qui répondirent à Ayme : « La prescription médicamenteuse constitue un des actes essentiels de la pratique médicale. Le non-médecin qui s’y livre est coupable aux yeux de la loi d’exercice illégal de la médecine, et le psychiatre qui autoriserait, voire encouragerait, cette prescription médicamenteuse par les infirmiers serait indiscutablement coupable d’exercice illégal de la médecine. »

 

NOTES

* Bernard de Fréminville, ancien interne des hôpitaux psychiatriques de la Seine, ancien président du Syndicat national des psychiatres en formation, n'exerce plus de fonctions en psychiatrie, a participé aux revues Tankonalasanté et Gardes-fous.


[1] H. Laborit, P. Huguenard, R. Alluaume, « Un nouveau stabilisateur végétatif (le 4560 RP) », Presse médicale, n° 6o, 1952, p. 206-208.
[2] T. Pelicier, Guide psychiatrique pour le praticien, Paris, Masson, 3e éd., 1975.
[3] L. Revol et P. Matthieu, « Psychothérapie et chimiothérapie : point de vue du pharmacien d’hôpital », Journées du Vinatier (mai 1964), Paris, Masson, 1965.
[4] Neuroleptiques ayant des effets prolongés après l’injection.
[5] N. Mercier, La Consommation des médicaments psychotropes de quelques services hospitaliers, thèse, Paris, 1973. 
[6] H. Brill et R. E. Patton (chiffres présentés et complétés au cours des différents congrès internationaux de psychiatrie). Voir notamment H. Brill, « Évolution de la population des hôpitaux psychiatriques américains », Confrontations psychiatriques, n° 4, 1969, p. 167-186.
[7] J. Saucier et al., Communication au troisième Congrès mondial de psychiatrie, Montréal, 4-10 juin 1961.
[8] H. Brill, Quatrième Congrès mondial de psychiatrie, Madrid, 5-11 septembre 1966 ; éd. par Excepta Medical Foundation, 4 Vol., 1967.
[9] P. Pichot, « Un essai de coopération européenne pour la comparaison de trois antidépresseurs », Cinquième Congrès du Collegium internationale psychopharmalogicum, 1966.
[10] J. Delay, Cinquième congrès du Collegium..., op. cit., p. 284.
[11] Y. Bastié et G. Bleandonu, « L’halopéridol à fortes doses », L’Ouest médicaI, 10 avril 1967, p. 485-488.
[12] P. Deniker, Cinquième Congrès du Collegium..., op. cit., p. 321.
[13] H. Ey, « Neuroleptiques et services psychiatriques hospitaliers », Confrontations psychiatriques, n° 13, 1975, p. 36. 
[14] Produit neutre, dépourvu de toute action propre, destiné à remplacer les vrais médicaments lorsqu’on veut leurrer le sujet ou tester l’efficacité d’un produit pharmaceutique.
[15] S. Follin et al., « Le remplacement du Largactil par les placebos dans un service psychiatrique », Ann. méd. psychol., 1961, I, p. 976-983.
[16] Communication collective française (neuf auteurs) au Deuxième Congrès mondial de psychiatrie, Zurich, septembre 1957, t. II, p. 415.
[17] K. Heinrich, « Sur les neuroleptiques-retard », L'Evolution psychiatrique, 1970, p. 953.
[18] P.-A. Lambert, « L’avenir des neuroleptiques », Confrontations psychiatriques, n° 13, 1975, p. 266.
[19] P. Chanoit, et al., « L’utilisation de la théopropérazine dans la schizophrénie », Encéphale, 1969, p. 112-157.
[20] P. Chanoit « Utilisation des neuroleptiques en institution », Laval médical, Québec, 1970, p. 41-46, p. 805-813.
[21] N. Mercier, op. cit., p. 48.
[22] H. Ey, op. cit., p. 39.
[23] J. Ayme, « Chimiothérapie en pratique infirmière », Congrès de psychiatrie et de neurologie d’Auxerre, Paris, Masson, 1974.

L’idiot révélateur (Lucien Bonnafé)

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l’idiot révélateur

« le comportement d’une société
envers ses déviants
est un des meilleurs témoignages
de son degré de civilisation »
ou bien :
« parle-moi des idiots, je te dirai qui tu es »



Qui que tu sois, tu ne saurais échapper à la clairvoyance du psychiatre authentique.

Tu le vois satanique parce que tu sais confusément qu'au delà de tes paroles il entend autre chose, et tu as peur de lui parce qu'il saisit tes problèmes personnels à travers l'écran de tes propos.

Pas si satanique pourtant, puisqu'il ne demande qu'à te décharger de ton angoisse. Il ne te juge et te condamne point. Il ne veut que t'aider à voir clair en toi-même.

Regarde et tu verras.

Tu parles des idiots, tu n'es pas un barbare, crois-tu, et c'est avec la plus grande componction que tu évoques la « piqûre libératrice ».

Sais-tu ce que tu dis ? Sais-tu à quel point c'est de toi-même que tu parles ? Tu ne sais donc pas que ce que tu révèles, c'est ton impuissance à supporter telle image de ton semblable ?

Ah non ? Tu ne veux pas être son semblable, et le rappel de ce qu'inexorablement il l'est, ton semblable, un homme de ton espèce, tu ne le tolères pas. Il faut le rayer, le détruire. Si tu effaces l'image de celui qui n'est pas un homme accompli, tu pourras mieux supporter de n'être pas un homme accompli aux yeux de celui qui te regarde… de celui-là, par exemple, qui sait, et qui te trouve si peu évolué, puisque tu ne peux même pas supporter cela.

Tu balbuties, tu rationalises, tu te justifies et tu appelles raison le détour par lequel tu défends désespérément ton aspiration homicide.

Mais tout de même, dis-tu, ils sont bien imperfectibles, inéducables… Alors... Rassure-toi, tu n'es pas en si mauvaise compagnie. Si je te racontais que le Centre national de la Recherche scientifique a chargé un groupe de chercheurs d'établir le décompte scrupuleux de l'emploi de ces termes ou des propos qui évoquent le « rien à faire pour eux » dans les textes administratifs, dans les comptes rendus des grandes assises scientifico-charitables, dans les écrits et les paroles des psychiatres eux-mêmes (du moins consacrés tels par l'école et par l'usage), tu ne me croirais pas et tu aurais raison, car d'abord l'intention de poursuivre cette recherche n'était pas encore tellement dans le goût du jour, et puis il aurait fallu une mobilisation de moyens, en nombre de chercheurs et en temps, que les budgets français de recherche n'auraient pu prendre en charge.

Sais-tu pourtant que, parmi les sujets soumis à l'enquête, un bon nombre consacre une part importante de sa vie à « éduquer » des mammifères inférieurs, des téléostéens, des foraminifères, des amibes et autres êtres unicellulaires, des végétaux même… ?

Sais-tu que la science contemporaine n'a pas trouvé les êtres les moins malléables, les plus imperfectibles ou inéducables, ni « au-dessous » de l'espèce humaine, ni chez les arriérés les plus profonds de ladite espèce, mais tout de même au sein de celle-ci, avec les mauvais coucheurs, les pisse-vinaigre, les imperméables à l'humour et à la poésie…

Sais-tu que la conception la plus rationnelle de l'euthanasie vise à débarrasser d'abord le genre humain de ces contingents de population, non imperfectibles certes, mais trop difficilement éducables, avant d'attaquer les tranches suivantes, où se trouveraient assez loin les arriérés inoffensifs ? Es-tu sûr alors de ta place dans la liste des victimes de l'épuration ?

Tu deviens plus grave, et c'est la fameuse et grave question d'argent qui te soucie. Tu changes de registre, tu parles d'irrécupérables, de « sujets ne pouvant jamais constituer qu'une charge pour la société et incapables d'assurer aucun profit ».

Je t'arrête encore. Sais-tu que nous allons pendre tous ceux qui empêchent les autres de profiter de la vie ? Nous établissons la liste noire de ceux qui constituent pour la société une charge active en contribuant à réduire les profits dont ceux qui ont place dans les circuits de la production seraient en droit de faire bénéficier leur petite famille ; on complétera la liste avec beaucoup d'autres qui répondent à la définition… On verra après comment se conduire avec ceux qui ne constituent pour la société qu'une charge passive et se contentent de consommer, sans limiter sensiblement le pouvoir de consommation des autres.

« Mais trêve de sinistres plaisanteries, dis-tu, je n'ai parlé de " les piquer " que métaphoriquement, je sais trop que l'extermination des " déchets de l'humanité " a acquis récemment, à bon droit, une assez mauvaise presse, j'admets que ce n'est pas sans raisons, tu exagères en me faisant passer pour un nazi. »

Telles ne sont point mes intentions, je t'ai dit que tout ce que je cherchais, c'était t'éclairer sur toi-même. En vérité, tu m'as bien dit que ton idée de « les piquer » était « malheureusement » inapplicable en pratique, et tu as même concédé, fort honnêtement, que si l'on s'engageait dans cette voie, tu n'étais pas sûr d'en réchapper toi-même, car on est toujours dans le déchet au regard de quelqu'un.

Mais cependant, dis-tu, etc., et, à chaque détour de tes propos, je t'entends appeler quelque formule de rejet, je t'entends dire qu'il convient de les éloigner le plus loin possible, qu'ils ne sont pas scientifiquement intéressants, que les rapports avec eux ne sont pas gratifiants, que donc d'autres que toi-même et tes semblables (quels semblables ? ceux qui partagent avec toi cette vertigineuse terreur ?) auront à s'occuper d'eux, afin de quoi ? Oui, afin de quoi ? afin de leur assurer congrument « ventre plein et cul propre »… et d'assurer une satisfaction malsaine à leur sensiblerie.

Nous y voilà, laisse donc un peu s'exercer ici la lucidité de la critique et accepte, en dépit de ton vertige, d'être un peu remis en question :

Quand ta raison perd pied, quand tes mouvements affectifs te dominent, quand et parce que tes réactions passionnelles t'écartent de ton prochain et te font parler déraisonnablement des idiots, tu accuses celui que ses mouvements affectifs rapprochent de son prochain, et qui en parle raisonnablement, en le taxant de « sensiblerie ». Le plus « sensible » des deux… mais ce n'est pas la question. Je te l'ai dit, tout ce propos n'est pas pour t'accabler mais pour t'aider, tente un peu de chercher l'accord de ta raison et de ton cœur. Il est à ta portée de découvrir, pour peu que tu expurges ces passions, que l'idiot n'est pas inéducable, qu'il n'est pas inintéressant, qu'il est gratifiant, et, tout au bout du compte, qu'il n'est pas idiot au sens où tu l'entends, car tu comprendras vite que les descriptions qui ont été données de son état révèlent, en gros, bien moins cet état, scientifiquement perçu, que l'intolérance sensitive à son objet de celui qui l'a décrit.

Telle est la vérité scientifique, que la raison contemporaine saisit nécessairement dans un couple, le couple de l'objet et de son témoin. La connaissance de l'homme n'échappe pas à cette loi du miroir et quand tu as considéré l'idiot, tu n'as pu résister au désir de briser ce miroir-là.

Ayant pris conscience du fait que tous ceux qui ont tenté de le briser ont été condamnés par l'histoire, tu t'es désespérément voué à l'embuer, mais alors l'image qu'il te renvoie s'avère plus traumatisante encore et, inexorablement, désespérément, sans cesse renaissante. Tu t'essouffles à l'embuer encore, mais non, c'est diabolique, tu t'épuises.

Calme-toi. Reprends ta lucidité, et regarde courageusement le miroir dans toute sa clarté, tu auras moins peur, tu réagis avec plus de sérénité ; alors, en t'écoutant, je cesse d'entendre ta panique.

Que l'idiot soit, c'est ainsi, et ce qui est est nécessaire. Tu commences à t'y faire sans trop déraisonner, tu commences à ressentir qu'heureusement la société comporte en son sein de tels moyens de se révéler à soi-même ses propres attitudes. Tu as eu d'autres occasions de frémir devant tant d'exemples de la fragilité qui demeure, quant au respect de l'homme, et parfois s'enfle jusqu'au point de tellement te menacer toi-même…

Rends grâces à l'idiot d'être là pour, heureusement, porter à son comble le défi à la société sur le terrain de ses conduites à l'égard de ses déviants.

Et rêve puisqu'il le faut, puisque rien ne t'interdit de penser que (à condition que cesse la politique des dépotoirs et que la société accepte de porter le plus d'intérêt à ce qui lui pose les préoccupations les plus hautes, les plus angoissantes) une suffisante mobilisation de moyens permette de découvrir comment empêcher, progressivement et jusqu'au succès radical, que l'espèce humaine engendre des oligophrènes…, rêve qu'il n'y a plus d'idiots… et ne regrette plus, dès lors, que ton espèce manque de ce révélateur si fécond de ses attitudes.

Car cet homme plus civilisé, produit d'une société qui a fait la preuve de sa maturité en considérant l'oligophrénie comme elle le devait, scientifiquement et humainement, d'un seul regard réconcilié, n'a certes plus besoin de révélateurs aussi corrosifs pour se connaître soi-même et ajuster ses conduites envers ses semblables.


Lucien Bonnafé


Texte demandé par Yves Bertherat pour un numéro spécial d’ « Esprit », sur l’enfance handicapée (n° 11, nov. 1965). Reproduit in dans cette nuit peuplée… 18 textes politiques de Lucien Bonnafé, psychiatre., pp. 63-68, « 2. handicap et politique », éditions sociales, 1977.

14/05/2011

POUR EN FINIR AVEC LA PSYCHIATRIE. DES PATIENTS TÉMOIGNENT (Nicole MAILLARD-DÉCHENANS)

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Extrait :

France, 1995, hôpital Sainte-Anne, troisième étage...

On m'a emmenée dans une chambre assez grande qui comportait trois lits, mais j'y étais seule, soulagée de trouver un peu d'intimité. On m'a dit que le psychiatre allait venir me voir. Je me suis couchée : on m'avait fait préalablement enfiler une chemise de nuit, après m'avoir retiré tous mes vêtements qui furent rangés en un lieu auquel je n'avais pas accès... Vers dix-neuf heures le soir, le psychiatre est venu me voir ; il a commencé à me parler d'un ton badin : " C'est les flics qui vous ont ramassée ? ", comme si l'on venait de me jouer un bon tour, et de conclure " Vous n'avez jamais rien pris ? Même pas de l'Haldol ? Oh, un p'tit Haldol..." Et j'ai dû faire connaissance avec ce "p'tit Haldol" qui m'a provoqué des souffrances atroces pendant deux années. La tentative de suicide que j'ai faite à cause de ces souffrances a eu vite fait d'être imputée à un autre traumatisme (le suicide de ma sœur). Inutile de décrire mes tentatives pour demander une diminution, voire un arrêt de cet affreux traitement, car cette tentative était considérée comme un symptôme de ma dite maladie. Sur mon dossier figure : " patiente psychotique stabilisée sur un mode rigide et projectif qui n'a eu cesse de diminuer son traitement..." (Je dirai plus loin comment j'ai trouvé à me médiquer d'une façon qui me convient pour vraiment m'en sortir.) J'ai vu à quel point la formation en psychiatrie peut rendre sourd et aveugle, faire éclore une névrose professionnelle, voire une psychose-paranoïa répressive de la maladie mentale !

Mesdames et Messieurs les psychiatres, vous qui mettez si généreusement des étiquettes discriminatoires sur vos patients, prenez garde qu'elles ne vous soient un jour retournées, car, vous voyez, rien de plus facile ! Voyez ce que vous ressentez, en lisant ces mots, qui n'infléchiront en rien le cours de votre vie : Alors, est-ce agréable de se faire traiter de névrosé professionnel ? De psychotique, de paranoïaque ? Essayez d'imaginer ce que peut ressentir quelqu'un qui, lui, voit sa vie entière basculer : l'effet n'est-il pas décuplé ? 

En goûtera-t-il un jour, ce monsieur, de son "pt'it Haldol" qu'il a tant prescrit ? Et suffisamment longtemps pour expérimenter la chute du taux de fréquence vibratoire de son corps, à tel point que l'on semble basculer dans un autre monde où la lumière n'éclaire plus que d'une lueur jaunâtre et où l'on ne peut plus ressentir quoi que ce soit sauf l'ankylose de l'esprit et du corps ou sauf éprouver des pulsions grossières de colère et de mort qui inhibent toutes les forces de vie ? Où l'on constate que tous ses mouvements corporels et cérébraux sont ralentis ? Où la souffrance est telle qu'on ne tient plus sur une chaise pendant dix minutes, sauf à la rigueur devant la soporifique télévision ? Cette souffrance qui me faisait passer des nuits sans sommeil à chercher en vain une position sur mon lit qui me soulagerait ? Comment étendre ses jambes pour que les quitte cette envie de courir ou de gigoter sans avoir la force de le faire, et si l'on essaie, on s'arrête épuisé au bout de vingt secondes ? Et ce n'est qu'un aspect de la souffrance provoquée, car le plus gros de l'iceberg reste indicible (et différent pour chacun, car certaines personnes ne sont pas trop affectées par les effets secondaires)... Je passe aussi sur les symptômes les plus courants comme les chutes de tension, le dérèglement du travail intestinal et la destruction de la flore intestinale par intoxication, d'où la constipation chronique, le dérèglement hormonal (absence de règles), les troubles de la vision quand les toxines se sont accumulées dans le foie, l'effet photo-sensibilisant donnant des problèmes de peau etc.

Avec ce genre de problèmes physiques, comment rassembler ses forces pour surmonter une crise qui demande un gros travail sur soi, respect et soin tout particulier de la totalité de sa personne, corps inclus ?

Je ne dis pas que les neuroleptiques sont systématiquement à proscrire, mais que ce sont des substances très toxiques et dangereuses, surtout à long terme, et qu'on ne devrait les utiliser qu'avec parcimonie. Je dis que c'est au patient que doit revenir la gestion de leur utilisation. Si le patient décide que c'est le médecin qui est compétent pour cela, alors, la décision revient au médecin, mais dans ce cas seulement. Un patient devrait toujours avoir la liberté de refuser un traitement qui ne lui convient pas, même dans le cas d'une hospitalisation sous contrainte, car les hospitalisations sous contrainte sont malheureusement trop souvent abusives. La moindre des choses serait de pouvoir discuter le traitement, en parler, sans que le patient se voit renvoyé à sa supposée incapacité à décider pour lui-même, incapacité à prendre en main sa santé, sous prétexte d'une prétendue maladie. Sans que lui soit renvoyée la propre peur du psychiatre devant ce qu'il nomme folie, la peur de celui-ci devant la responsabilité qu'il a prise illégitimement sur le patient (en le déclarant inapte à choisir pour lui-même) vis-à-vis de la société, et qui masque, la plupart du temps, un abus de pouvoir qu'il a pourtant constamment le choix de refuser. Même en travaillant en institution, on peut aussi refuser, du même coup, de servir la violence et la répression, ainsi que le non respect de la personne humaine.

 

- Présentation du livre Pour en finir avec la psychiatrie. Des patients témoignent sur le site du GIA

16/03/2011

Traitement sécuritaire de la folie (Patrick Coupechoux)

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La France stigmatise les malades mentaux 

Traitement sécuritaire de la folie 

La castration physique pour un violeur ? Pourquoi pas, a répondu la ministre de la justice Michèle Alliot-Marie, lors d’un débat parlementaire. Cette conception antique du droit (œil pour œil, dent pour dent) rejoint, dans un autre domaine, celle de la psychiatrie ramenée, au fil des réformes, plusieurs décennies en arrière. Les changements entrepris par M. Nicolas Sarkozy font de tout malade mental un individu dangereux dont la société doit se protéger — et non un être humain qui doit être soigné.

Par PATRICK COUPECHOUX

Journaliste

(Décembre 2009)

Le jour du 2 décembre 2008 pourrait faire date dans l’histoire de la psychiatrie française. Non parce que ce jour-là, pour la première fois, un président de la République en exercice s’est rendu dans un hôpital psychiatrique — celui d’Antony, en région parisienne —, mais en raison de la teneur du discours de M. Nicolas Sarkozy. Jamais probablement, depuis la Libération, le plus haut personnage de l’Etat n’avait à ce point stigmatisé la maladie mentale. Pour lui, aucun doute : les fous sont avant tout dangereux. Pour s’en convaincre, il suffit de l’écouter. Par exemple :« Votre travail comporte de grandes satisfactions (...). Mais il y a aussi l’agressivité [c’est nous qui soulignons], la violence, les réadmissions fréquentes de tous ces patients dont vous vous demandez si la place est bien ici [sic]. » Mais aussi : « L’espérance, parfois ténue, d’un retour à la vie normale (...), ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection de nos concitoyens. » Ou encore : « Je comprends parfaitement que le malade est une personne dans toute sa dignité. (...) Des malades en prison, c’est un scandale. Mais des gens dangereux dans la rue, c’est un scandale aussi. » Il faut noter, pour goûter pleinement la saveur de tels propos, que tous les experts s’accordent aujourd’hui pour dire qu’en France 30 % des sans-domicile fixe (SDF) sont des psychotiques, c’est-à-dire d’authentiques malades mentaux qui ont été abandonnés et qui meurent sur les trottoirs de nos villes.

Le président précise encore sa pensée : « Il va falloir faire évoluer une partie de l’hôpital psychiatrique pour tenir compte de cette trilogie : la prison, la rue, l’hôpital, et trouver le bon équilibre et le bon compromis. » C’est donc clair : il faut banaliser l’horreur — des fous dans la rue ou en prison — et considérer que la maladie mentale, aujourd’hui, représente avant tout un problème sécuritaire. Ainsi les fous, après les pédophiles et les terroristes, sont-ils livrés à la vindicte d’une population effrayée. Faut-il rappeler quelques évidences ? D’abord, si l’on compare les statistiques, les fous commettent moins de crimes que la population générale (1). Ensuite, lorsqu’il y a crime ou délit, c’est bien souvent parce qu’il y a eu rupture de soin. La psychiatrie n’a donc pas besoin de vigiles, mais de soignants compétents. Enfin, les malades mentaux sont victimes de l’indifférence, de la stigmatisation, de la violence, de l’abandon, et ils ont une espérance de vie plus courte que les gens « normaux ». M. Sarkozy a ce talent de transformer des victimes en coupables désignés...

Forces de l’ordre et infirmières

Son discours a d’ailleurs été prononcé quelques jours après le meurtre d’un jeune homme par un schizophrène à Grenoble. En bon communicant, le président surfe sur l’émotion pour faire admettre sa politique. Car la visite à Antony a été pour lui l’occasion de présenter toute une série de mesures. Il a ainsi annoncé la mise en œuvre d’un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatrique auquel l’Etat va consacrer 30 millions d’euros. « Il s’agira, explique-t-il, de mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements, de prévenir les fugues. » Des dispositifs de géolocalisation vont être appliqués aux patients hospitalisés sans leur consentement, afin de déclencher automatiquement une alerte au cas où ils s’enfuiraient. Des unités fermées, équipées de caméras de surveillance, seront installées « dans chaque établissement qui le nécessite » ; deux cents chambres d’isolement seront également aménagées. L’Etat va enfin investir 40 millions d’euros pour la création de quatre unités pour malades difficiles (UMD), c’est-à-dire des lieux fermés, venant s’ajouter aux cinq existant aujourd’hui.

Le président a également annoncé la présentation prochaine d’un projet de loi sur l’hospitalisation d’office. Au passage, il cite un chiffre faux : les placements d’office représenteraient 13 % des hospitalisations ; en fait, il s’agit des hospitalisations sans consentement du patient, la plupart du temps des HDT (hospitalisations à la demande d’un tiers, en général la famille). Les hospitalisations d’office (HO), décidées par la préfecture, qui interviennent lorsque l’ordre public est menacé — ce qui n’est tout de même pas identique —, ne représentaient, selon une circulaire d’avril 2008 du ministère de la santé, que 2 % des hospitalisations ; c’est sans doute trop peu pour M. Sarkozy. Celui-ci demande expressément que figure dans cette loi une obligation de soin. Cette mesure touche à une liberté fondamentale : on imagine les équipes infirmières, accompagnées des forces de l’ordre, venir faire une injection à un malade récalcitrant... Le soin suppose la confiance du patient ; sans quoi, comme le souligne le psychiatre Guy Baillon, tout pousse celui-ci « à comprendre que la société qui l’entoure lui est hostile (2) ». M. Sarkozy avoue connaître le principe : nul ne peut être soigné sans son consentement ; « encore faut-il, précise-t-il, que ce consentement soit lucide ». Comme les fous — citoyens de seconde zone — ne le sont pas, il envoie le principe au diable...

Les sorties des patients seront désormais encadrées et soumises à trois avis : celui du psychiatre et du cadre infirmier qui suivent le malade, et celui d’un psychiatre extérieur. Mais ils ne seront là que pour donner un avis : le préfet en personne prendra la décision. Pourquoi ? Parce qu’il est le « représentant de l’Etat », répond M. Sarkozy. On ne saurait mieux dire que les aspects sécuritaires seront désormais les seuls pris en compte. Dès lors, on ne considère plus les psychiatres que comme des experts à qui l’on demande une opinion que l’on n’est pas tenu de suivre. Les décisionnaires sont, dans le domaine public, le préfet, et, à l’hôpital, le directeur-manager, qui devra devenir le « vrai patron », celui qui « prend les décisions ». Inutile de préciser que ces « managers » ne connaissent rien à la maladie mentale. Ils ne sont là que pour gérer — rechercher les économies, imposer d’absurdes systèmes d’évaluation —, faire respecter l’ordre et garantir la sécurité. Enfin, M. Sarkozy revient à une idée qu’il avait déjà exprimée lorsqu’il était ministre de l’intérieur (3) : celle de créer un fichier national des patients hospitalisés d’office.

Ce discours a suscité une levée de boucliers parmi les soignants. En quelques semaines, une pétition, intitulée « La nuit sécuritaire », a été signée par plus de vingt mille d’entre eux ; le 7 février 2009, à Montreuil, en banlieue parisienne, un meeting a réuni près de deux mille personnes. Du jamais-vu.

Les propos d’Antony n’ont pourtant pas éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : ils ne sont que la brutale accélération d’un processus à l’œuvre depuis vingt-cinq ans. Pour mieux le comprendre, il faut s’attarder quelques instants sur ce qui s’est passé en France depuis la Libération. Au sein de la Résistance est né le mouvement « désaliéniste », qui a voulu en finir avec l’asile dans lequel on enfermait les gens, parfois leur vie durant ; un mouvement qui a réaffirmé avec force une idée déjà exprimée au temps de la Révolution française par Philippe Pinel, le fondateur de la psychiatrie française : celle de l’humanité de la folie (4). En d’autres termes, si les fous sont des êtres humains, il faut leur permettre de vivre parmi les hommes, tels qu’ils sont, y compris en affirmant leur droit à la folie. Mais il ne suffit pas, pour cela, de faire tomber les murs de l’asile — la folie fait peur, et les fous peuvent être laissés à l’abandon, on le voit aujourd’hui ; il faut organiser ce retour « à la cité ».

Les tenants de la psychothérapie institutionnelle et du secteur (5) — qui ont été les principaux acteurs de cette révolution — ont ainsi inventé une nouvelle psychiatrie, avec une redéfinition du rôle du psychiatre, non plus « personnage médical (6) », mais « animateur de pointe (7) »d’une équipe chargée de faire le lien entre les patients et la société. « Nous allons utiliser le potentiel soignant du peuple », disait Lucien Bonnafé, l’un de ces psychiatres de la Libération (8). Ils ont redéfini le statut de soignant : tout le monde peut l’être, y compris les autres patients. Cela suppose la fin du rôle central de l’hôpital, et surtout la continuité des soins ; autrement dit, l’équipe doit s’occuper du patient en permanence, c’est-à-dire nouer le lien avec lui et le maintenir, dans et hors de l’hôpital, durant toute sa vie. Et tout cela doit être organisé sur un secteur géographique : « Comme il y a une école publique dans chaque quartier, disait Jean Ayme, l’un des animateurs de ce mouvement, il y a une équipe médico-sociale par secteur (9). »

Une vision scientiste dominante

Il faut le dire avec force : cette psychiatrie, fondée sur la prise en compte du sujet, fonctionne et fait tous les jours ses preuves, même si elle doit sans cesse être interrogée et réinventée. La « crise » actuelle vient de l’impossibilité que l’on fait à cette psychiatrie-là d’exister. C’est avec elle que M. Sarkozy, comme ses prédécesseurs, veut en finir. D’abord parce que, dans l’esprit du néolibéralisme dominant, la folie est quelque chose qu’il faut neutraliser — c’est le sens des mesures proposées — et gérer, au coût le plus bas possible : les dépenses en psychiatrie sont, dans cet esprit, des dépenses inutiles faites pour des gens inutiles. D’où la rage des évaluations (10), des certifications en tout genre, les tarifications à l’acte, que l’on impose de plus en plus aux soignants. Ensuite, parce que le système a d’autres priorités, en particulier celle de faire face au phénomène massif de la souffrance psychique. Pour que le psychiatre accepte de s’occuper de la mère de famille déprimée ou du cadre suicidaire, il a fallu en finir avec la folie, qui est aujourd’hui niée, et passer de la « psychiatrie à la santé mentale ». Le psychotique est désormais sur le même plan que le névrosé ordinaire.

Enfin, nous assistons au triomphe de la raison froide et calculatrice ; pas la raison des philosophes, mais celle des comptables et des technocrates. Le fou n’est plus un sujet unique avec qui il faut nouer une vraie relation, mais un cerveau malade qu’il faut « scanner », un patrimoine génétique qu’il faut décrypter, une succession de troubles du comportement et une série de symptômes qu’il faut éradiquer pour revenir au plus vite à la norme. Cette vision scientiste, qui s’exprime notamment dans la biopsychiatrie dominante, permet aujourd’hui l’exclusion. A quoi bon, en effet, dépenser de l’argent pour des gens alors qu’on se dit que c’est en pure perte ? La science se chargera un jour de régler le problème ; en attendant, il y a les médicaments qui anesthésient — ce qui ravit l’industrie pharmaceutique — et les thérapies comportementales qui redressent...

La folie n’a donc plus sa place dans notre monde, elle qui pourtant nous montre que la vie ne se résume pas aux chiffres et aux courbes, elle qui nous enseigne que les relations entre les hommes ne peuvent être uniquement contractuelles. Elle qui s’oppose, par la force des choses, à une conception de l’individu considéré comme un « homme économique » ou un « homme du marché », comme on voudra, consommateur et producteur, capable de s’adapter à un environnement instable, engagé non dans une relation humaine, mais dans des « transactions », jusque dans sa vie intime. « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, disait François Tosquelles, c’est l’homme même qui disparaît (11). »



 (1) Selon Jean-Louis Senon, enseignant en criminologie, seulement 2 à 5 % des auteurs d’homicides et 1 à 4 % des auteurs d’actes de violence sexuelle sont atteints de troubles mentaux. Les malades mentaux sont dix-sept fois plus souvent victimes de crimes et de délits que le reste de la population (audition, le 16 janvier 2008, devant la commission sénatoriale chargée d’étudier le projet de loi relatif à la rétention de sûreté).

(2) Lettre ouverte dans le cadre du mouvement La nuit sécuritaire : www.collectifpsychiatrie.fr

(3) Lire « Même la folie a cessé d’être innocente »Le Monde diplomatique, juillet 2006.

(4) Pour Pinel subsistait en chaque fou une part de raison, d’où la possibilité, en s’adressant à celle-ci, de le soigner.

(5) Les deux courants désaliénistes sont nés dans la Résistance. Le premier, animé par François Tosquelles, insiste sur le fait qu’il faut « soigner l’institution » pour soigner le patient ; le second, animé par Lucien Bonnafé, imagine une organisation de la psychiatrie par quartier ou par « secteur ».

(6) Cf. Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Plon, Paris, 1961.

(7) Lucien Bonnafé, « Le personnage du psychiatre », dans Désaliéner ? Folie(s) et société(s), Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1991.

(8) Recherches, n° 17, 1975.

(9) Jean Ayme, Chroniques de la psychiatrie publique, Eres, Toulouse, 1995.

(10) « Un sourire (pas le sourire des hôtesses de l’air), c’est très important en psychiatrie, dit Jean Oury, le fondateur de la clinique de La Borde, à Cour-Cheverny, mais un sourire, cela peut-il s’évaluer ? »

(11) Le Vécu de la fin du monde dans la folie, Editions de l’Arefppi, Nantes, 1986.

 

SOURCE DE L'ARTICLE

14:48 Écrit par anormopathe dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/03/2011

Les médicaments psychiatriques : traitement ou charlatanisme ? (Lawrence Stevens)

Les médicaments psychiatriques : traitement ou charlatanisme ? 

par Lawrence Stevens*

traduit de l’anglais par Denis Masse

Les médicaments psychiatriques ne valent rien, et la plupart sont dangereux. Plusieurs causent des dommages permanents au cerveau, aux doses habituellement utilisées. Ces médicaments ainsi que la profession qui défend leur utilisation sont dangereux pour votre santé.

LES ANTIDÉPRESSEURS

Le manuel The Comprehensive Textbook of Psychiatry/IV, publié en 1985, affirme: “Les médicaments de la famille des tri-cycliques sont les antidépresseurs les plus efficaces” (Williams & Wilkins, p. 1520). Mais, dans son livre Overcoming Depression(Vaincre la dépression), publié en 1981, le Dr. Andrew Stanway, un médecin britannique, affirme: “si les antidépresseurs étaient réellement aussi efficaces qu’on nous le fait croire, les taux d’admission dans les hôpitaux pour dépression auraient sûrement diminué depuis les vingt ans qu’ils sont disponibles. Hélas cela n’est pas arrivé. […] Plusieurs études ont trouvé que les tri-cycliques sont à peine plus efficaces que des placebos et certaines ont même trouvé qu’ils n’étaient pas aussi efficaces que des comprimés bidons.” (Hamlyn Publishing Group, Ltd., p. 159-160). 

Dans son manuel Electroconvulsive Therapy (La thérapie par électrochoc), Richard Abrams, médecin, professeur de psychiatrie à l’École de médecine de Chicago, explique la raison de la réédition, en 1988, de son livre publié 6 ans auparavant: “Durant ces 6 années, l’intérêt pour les électrochocs s’est grandement accru”. […] Qu’est-ce qui est responsable pour cette volte-face dans la psychiatrie américaine? Peut-être une désillusion avec les antidépresseurs. Aucun ne fut trouvé d’une efficacité thérapeutique supérieure à l’imipramine (un tri-cyclique), âgé maintenant de 30 ans, et les substances introduites plus récemment sont souvent soit moins efficaces ou bien plus toxiques, ou les deux, que les médicaments plus anciens." (Presses de l’Univ. Oxford, p. xi). 

Dans son livre, le Dr. Abrams affirme: “Malgré les affirmations des fabricants, il n’y a eu aucun progrès significatif dans le traitement pharmacologique de la dépression depuis l’introduction de l’imipramine en 1958.” (p. 7). Dans la préface de ce livre, Max Fink, médecin, professeur de psychiatrie de l’Université de l’État de New-York à Stony Brook, dit que la raison pour l’usage accru des électrochocs (aussi appelés “thérapies” électroconvulsives ou TEC) comme traitement de la dépression, est ce qu’il appelle “le désappointement au sujet de l’efficacité des médicaments psychotropes” (p. vii). 

Dans son livre, Les médicaments psychiatriques: danger pour le cerveau, publié en 1983, le psychiatre Peter Breggin, médecin, affirme: “La chose la plus importante à dire, au sujet des antidépresseurs les plus fréquemment utilisés, est qu’ils n’ont pas d’effet antidépressif spécifique.” Comme les neuroleptiques, auxquels ils ressemblent beaucoup chimiquement, ils sont hautement neurotoxiques et handicapant pour le cerveau, leurs effets étant le résultat d’un dérangement de la fonction cérébrale normale. [...] Seule “l’opinion clinique” des défenseurs des médicaments défend l’effet antidépressif de ces prétendus  antidépresseurs. (Springer Pub. Co., pp. 160 & 184). 

Un article du magazine Newsweek, daté du 7 février 1994 dit que “le Prozac […] et  ses cousins chimiques comme le Zoloft et le Paxil ne sont pas plus efficaces contre la dépression que les traitements plus vieux.” (p. 41). La plupart des gens à qui j’ai parlé et qui avaient pris ces prétendus antidépresseurs, incluant le Prozac, ont dit que le médicament n’avait pas fonctionné pour eux. Ceci jette un doute sur les affirmations, souvent faites, que 60% ou plus de ceux qui prennent ces médicaments en bénéficient.

LE LITHIUM

On dit que le lithium peut aider les gens dont l’humeur change périodiquement de très joyeuse à très mauvaise. Les psychiatres appellent cela le trouble maniaco-dépressif ou maladie bipolaire. Le lithium fut décrit pour la première fois comme un médicament psychiatrique en 1949 par le psychiatre australien John Cade. Selon un traité de psychiatrie, “pendant qu’il faisait des expériences sur les animaux, Cade remarqua, presque par hasard, que le lithium rendait les animaux léthargiques, ce qui lui donna l’idée d’administrer cette substance à plusieurs patients psychiatriques agités.” Selon ce traité, “ce fut un moment clé dans l’histoire de la psychopharmacologie”. (Harold I. Kaplan, M.D. & Benjamin J. Sadock, M.D., Clinical Psychiatry, Williams & Wilkins, 1988, p. 342). Mais si vous ne voulez pas être léthargique, prendre du lithium serait d’un avantage douteux. Un supporter du lithium comme thérapie psychiatrique admet que le lithium cause “un sentiment plutôt dépressif, généralement léthargique”. Il appelle ça “la léthargie standard” causée par le lithium. (Roger Williams, "A Hasty Decision? Coping in the Aftermath of a Manic-Depressive Episode", American Health Magazine, octobre 1991, p. 20). De la même manière, un membre de ma famille fut diagnostiqué comme maniaco-dépressif et on lui donna une ordonnance pour du carbonate de lithium. Il me confia, des années plus tard: “Le lithium me protégeait de mes hauts mais pas de mes bas.” Cela ne doit pas être une surprise qu’un médicament induisant la léthargie ait cet effet. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les psychiatres affirment quelquefois que le lithium efface les sentiments de dépression, comme si c’était possible qu’un médicament provoquant la léthargie comme le lithium (ainsi que la plupart des médicaments psychiatriques) n’augmente pas les sentiments de dépression et de mal-être – même si on leur donnent le nom d’antidépresseurs. 

MÉDICAMENTS TRANQUILISANTS ET ANXIOLYTIQUES

Parmi les médicaments les plus prescrits figurent ceux de la classe des tranquillisants ou anxiolytiques, incluant le Valium, le Librium, le Xanax et l’Halcion. Les médecins qui les prescrivent disent qu’ils ont des effets calmants, combattent l’anxiété, la panique ou bien sont utiles pour aider à dormir. Quiconque croit ces affirmations devrait aller à la bibliothèque la plus proche et lire l’article “High Anxiety” dans le numéro de janvier 1993 du magazine Consumer Reports, ou bien lire le chapitre 11 du livre Toxic Psychiatry (St. Martin's Press, 1991), par le psychiatre Peter Breggin, les deux affirmant que le contraire est plus près de la réalité. Comme tous ou presque tous les médicaments psychiatriques, les prétendus "anxiolytiques" ne guérissent rien mais sont plutôt des substances handicapant le cerveau. Lors d’un essai clinique, 70% des personnes prenant de l’Halcion “ont développé des pertes de mémoire, de la dépression et de la paranoïa” (“Le fabricant de l’Halcion, Upjohn Co., défend un somnifère controversé”, Miami Herald, 17 décembre 1991, p. 13A). Selon le Newsweek du 17 février 1992, “quatre pays ont déjà interdit ce médicament” (p. 58). Dans son livreToxic Psychiatry, le psychiatre Peter Breggin, parlant des tranquillisants, dit: “comme la plupart des médicaments psychiatriques, l’usage d’un médicament finit par causer une augmentation des mêmes symptômes que le médicament est supposé améliorer” (ibid, p. 246).

LES MÉDICAMENTS PSYCHIATRIQUES ET LE SOMMEIL :

DISTINCTION ENTRE LE SOMMEIL ET L’INCONSCIENCE PROVOQUÉE PAR LES MÉDICAMENTS

Contrairement à l’affirmation que les neuroleptiques, les tranquillisants et les prétendus antidépresseurs sont de bons somnifères, leur véritable effet est d’inhiber ou de bloquer le vrai sommeil. Une fois que je me présentais à un cours de psychiatrie, avec un ami étudiant en médecine, le professeur nous a dit: “La recherche a montré que nous n’avons pas besoin de dormir mais que nous avons grandement besoin de rêver.” Le stade du sommeil où nous rêvons est le plus important. La plupart des médicaments psychiatriques, y compris ceux promus comme somnifères ou tranquillisants, inhibent ce stade très important du sommeil, provoquant un état qui ressemble au sommeil mais qui est véritablement un état d’inconscience sans rêves – pas du sommeil. Le sommeil, en d’autres mots, est une activité mentale importante qui est altéré ou stopé par la majorité des médicaments psychiatriques. 

Un magazine de développement personnel conseille: “Ne prenez des somnifères que sur ordre du médecin et pendant pas plus de dix nuits consécutives. En plus de perdre de leur efficacité et de provoquer une dépendance, les somnifères réduisent ou empêchent le stade de rêve du sommeil qui est nécessaire à la santé mentale” (magazine Going Bonkers?, premier numéro, p. 75). 

Dans le livre The Brain Book, le professeur Peter Russell Ph.D., de l’Université du Rhode Island, dit: “Durant le sommeil, et particulièrement durant les périodes de rêve, des protéines et autres substances du cerveau utilisées pendant la journée sont régénérées.” (Plume, 1979, p. 76). 

Des expériences de privation du sommeil sur des gens normaux ont montré que le manque de sommeil cause des hallucinations s’il dure assez longtemps. (Maya Pines,The Brain Changers, Harcourt Brace Jovanovich, 1973, p. 105). Alors que croyez-vous que sont les conséquences du fait de prendre des médicaments qui inhibent ou bloquent le vrai sommeil?

LES NEUROLEPTIQUES/ANTI-PSYCHOTIQUES/ ANTI-SCHIZOPHRÉNIQUES

LA DYSKINÉSIE TARDIVE

Aussi dangereux que soient les prétendus antidépresseurs, le lithium et les prétendus anxiolytiques (tranquillisants), ils sont loin d’être aussi dommageables que les neuroleptiques, aussi appelés “antipsychotiques” ou “anti-schizophréniques”. Inclus dans cette catégorie sont le Largatil (chlorpromazine), le Mellaril, le Prolixin (fluphenazine), le Compazine, le Stelazine et l’Haldol (haloperidol), ainsi que plusieurs autres. Tenant compte de leurs effets psychologiques, ces prétendus neuroleptiques provoquent le mal-être et non la tranquillité. Ils bloquent (physiquement et par leur action neurologique) en grande partie les facultés d’agir et de penser d’une personne, et cela même aux doses courantes. En handicapant les gens, ils peuvent arrêter presque n’importe quelle pensée ou comportement que le “thérapeute” veut arrêter. Mais ceci ne fait que handicaper une personne, ce n’est pas une thérapie. Le médicament arrête temporairement, ou détruit de façon permanente, les bons comme les mauvais côtés de la personnalité d’une personne. À quel degré le handicap provoqué par le médicament peut disparaître en arrêtant la prise du médicament dépend de la durée de la prise et du dosage administré. Les prétendus médicaments neuroleptiques/antipsychotiques endommagent le cerveau d’une manière plus directe, plus grave et plus permanente que n’importe quelle autre classe de médicaments utilisée en psychiatrie. 

Les docteurs Joyce G. Small et Iver F. Small, tous deux professeurs de psychiatrie à l’Université de l’Indiana, critiquent les psychiatres qui utilisent des “psychotropes qui sont connus comme ayant des effets neurotoxiques”, et parlent “de la prise de conscience de plus en plus répandue des effets secondaires indésirables à long terme et quelquefois permanents sur la fonction cérébrale provoqués par les neuroleptiques. La preuve des dommages du cerveau n’est pas mince mais plutôt grossièrement évidente, même pour l’observateur non-initié!” (Behavioral and Brain Sciences, mars 1984, Vol. 7, p. 34). 

Selon Conrad M. Swartz, Ph.D., médecin., professeur de psychiatrie à l’École médicale de Chicago, “bien que les neuroleptiques soulagent l’anxiété psychotique, leur effet calmant s’étend à d’autres aspects subtils de la personnalité, dont l’initiative, les réactions émotionnelles, l’enthousiasme, le désir sexuel, l’attention, et la perception du soi. […] Ceci, en plus des effets secondaires, le plus commun étant des mouvements involontaires, sont la preuve de l'altération du cerveau” (Behavioral and Brain Sciences, mars 1984, Vol. 7, pp. 37-38). 

Le Mental and Physical Disability Law Reporter, dans un rapport publié en 1985, indique que les tribunaux des États-Unis ont finalement commencé à considérer que l’administration involontaire des prétendus antipsychotiques/neuroleptiques pourrait être affectée par les droits donnés par le premier amendement de la Constitution des États-Unis. “Parce que […] les médicaments antipsychotiques ont la capacité de nuire gravement et même pour la vie à la faculté de penser et de communiquer d’une personne” (“Les plaintes concernant l’administration involontaire de médicaments sont en progression, janvier-février 1985, p. 26).  Dans Les molécules du cerveau: la nouvelle science utopique de la psychologie moléculaire (Molecules of the Mind: The Brave New Science of Molecular Psychology), le Professeur Jon Franklin a noté: “Cette ère coïncida avec une prise de conscience croissante que les neuroleptiques, non seulement ne guérissaient pas la schizophrénie, – mais qu’ils endommageaient en fait le cerveau. Soudainement, les psychiatres qui les utilisaient, comme auparavant leurs patients marginaux, furent suspectés de nazisme et même pire” (Dell Pub. Co., 1987, p. 103). 

Dans son livre Les médicaments psychiatriques: danger pour le cerveau  (Psychiatric Drugs: Hazards to the Brain), le psychiatre Peter Breggin allègue qu’en utilisant des médicaments qui endommagent le cerveau, “la psychiatrie a libéré à travers le monde une épidémie qui atteint de un à deux millions de personnes chaque année” (op. cit.,pp. 109 et 108). Dans les cas graves, le dommage au cerveau provoqué par les neuroleptiques prend la forme de mouvements corporel anormaux appelés "dyskinésie tardive". Mais la dyskinésie tardive est seulement la pointe de l’iceberg des dommages cérébraux causés par les neuroleptiques. Les facultés supérieures du cerveau sont plus vulnérables et sont dérangées avant les fonctions élémentaires comme le contrôle musculaire. 

Le professeur de psychiatrie, le docteur Richard Abrams, médecin, a reconnu que “la dyskinésie tardive a maintenant été détectée après de courts traitements avec des médicaments neuroleptiques (Benjamin B. Wolman [éditeur], The Therapist's Handbook: Treatment Methods of Mental Disorders [Le Manuel du Thérapeute : méthodes de traitement des troubles mentaux], Van Nostrand Reinhold Co., 1976, p. 25).  Dans son livre The New Psychiatry (La nouvelle psychiatrie), publié en 1985, le professeur Jerrold S. Maxmen, médecin, de l’Université Columbia, allègue: “le meilleur moyen d’éviter la dyskinésie tardive est d’éviter complètement les médicaments antipsychotiques. À l’exception du traitement de la schizophrénie, ils ne doivent jamais être utilisés plus de deux à trois mois consécutifs. Ce qui est criminel, c’est que beaucoup trop de patients reçoivent des antipsychotiques qu'ils ne devraient pas recevoir.” (Mentor, pp. 155-156). En fait, le Dr. Maxmen ne va pas assez loin. Sa qualification de l’administration des soi-disant médicaments antipsychotiques/anti-schizophréniques/neuroleptiques comme “criminelle” est correcte pour tous les gens, y compris ceux appelés schizophrènes, même si les médicaments ne sont pas donnés assez longtemps pour que les dommages au cerveau en arrivent à la dyskinésie tardive. 

L’auteur de la préface d’un livre de quatre médecins, publié en 1980, Tardive Dyskinesia: Research & Treatment (Dyskinésie tardive : recherche et traitement) a fait ces remarques: “À la fin des années soixante, j’ai fait un résumé de la littérature sur la dyskinésie tardive […]. La majorité des psychiatres, ou bien ignoraient l’existence de ce problème, ou bien faisaient des efforts vains pour prouver que ces anomalies motrices étaient cliniquement négligeables ou sans rapport avec la thérapie médicamenteuse. Pendant ce temps, le nombre de patients souffrant de dyskinésie tardive augmenta et les symptômes empirèrent pour ceux ayant cette maladie […]. Il y a peu de chercheurs ou de cliniciens qui ont encore des doutes sur la nature iatrogène [d’origine médicale] de la dyskinésie tardive. […] Il est évident que plus une personne en apprend sur les effets toxiques des neuroleptiques sur le système nerveux central, plus elle voit la nécessité de revoir nos pratiques médicales concernant ces médicaments. Il est malheureux que de nombreux praticiens continuent à prescrire des psychotropes à des doses excessives, et qu’un nombre considérable d’institutions psychiatriques n’ont pas encore mis en œuvre une politique concernant l’administration et la prévention de la dyskinésie tardive. Si ce livre, qui représente les opinions des experts dans ce domaine, peut mettre en évidence la complaisance de nombreux psychiatres, ce ne sera pas une petite réussite.” (in: William E. Fann, M.D., et al.,Tardive Dyskinesia: Research & Treatment [Dyskinésie tardive : recherche et traitement], SP Medical & Scientific).

Dans Psychiatric Drugs: Hazards to the Brain (Médicaments psychiatriques: danger pour le cerveau), le psychiatre Peter Breggin dit ceci: “Les neuroleptiques sont des substances extrêmement toxiques, ils sont des poisons pour de nombreux organes du corps. Ce sont particulièrement des neurotoxines très puissantes, et ils produisent fréquemment des dommages permanents au cerveau. […] La dyskinésie tardive peut se développer avec de faibles doses, pour un court laps de temps. […] La démence [perte des fonctions cérébrales supérieures] associée à la dyskinésie tardive est habituellement irréversible. […]  Rarement me suis-je senti plus triste ou plus impuissant que par la négligence de la psychiatrie à admettre l’évidence qu’elle est en train de causer des lobotomies irréversibles, des psychoses, et la démence chez des millions de patients à cause des traitements aux neuroleptiques.” (op. cit., pp. 70, 107, 135, 146).

Richard Abrams, médecin, professeur de psychiatrie, a mis en évidence que “Les antidépresseurs tri-cycliques sont chimiquement des modifications mineures de la chlorpromazine [Largatil] et furent introduits comme des neuroleptiques potentiels.” (B. Wolman, The Therapist's Handbook [Le manuel du thérapeute], op. cit., p. 31). Dans son livre Psychiatric Drugs: Hazards to the Brain [Médicaments psychiatriques: danger pour le cerveau], le Dr. Breggin appelle prétendus antidépresseurs “des neuroleptiques déguisés” (p. 166). Le psychiatre Mark S. Gold, médecin, a dit que les antidépresseurs peuvent causer la dyskinésie tardive. (The Good News About Depression [La bonne nouvelle à propos de la dépression], Bantam, 1986, p. 259).

Pourquoi les prétendus patients acceptent-ils une telle “médication” ? Quelquefois, ils sont ignorants des dommages neurologiques qu’ils s’imposent eux-mêmes en suivant les conseils de leur psychiatre qui leur conseille de prendre ce “médicament”. Mais souvent, si ce n’est pas la plupart du temps, ils sont forcés de prendre le neuroleptique, contre leur volonté. Dans son livre, Psychiatric Drugs: Hazards to the Brain, Peter Breggin dit: “de manière répétée, dans mon expérience clinique, j'ai vu des patients plongés dans une angoisse et une colère profondes parce qu’ils étaient forcés de prendre des neuroleptiques. […] Le problème est si répandu dans la pratique hospitalière quotidienne qu’une grande proportion doivent subir la menace d’une injection intramusculaire forcée avant qu’ils ne prennent le médicament.” (p. 45).

COMPARAISON ENTRE LE TRAITEMENT PSYCHIATRIQUE FORCÉ ET LE VIOL

L’administration forcée d’un médicament psychiatrique (ou d’un prétendu traitement comme les électrochocs) est une sorte de tyrannie qui peut être comparée, physiquement et moralement, au viol. Comparez le viol sexuel et l’administration involontaire d’un médicament psychiatrique, injecté intra-musculairement dans une fesse, qui est la partie de l’anatomie où l’injection est habituellement faite : dans le viol sexuel comme dans l’administration involontaire d’un médicament psychiatrique, la force est utilisée. Dans les deux cas les pantalons de la victimes sont abaissés. Dans les deux cas, un tube est inséré dans le corps de la victime contre son gré. Dans le cas du viol sexuel, le tube est un pénis. Dans le cas de ce qu’on pourrait appeler un viol psychiatrique, le tube est une aiguille hypodermique. Dans les deux cas, un fluide est injecté dans le corps de la victime contre son gré. Dans les deux cas, c’est dans (ou près) du derrière. Dans le cas du viol sexuel, le fluide est du sperme. Dans le cas du viol psychiatrique, le fluide est du Largatil, du Prolixin ou une autre drogue handicapant le cerveau. L’invasion corporelle est similaire dans les deux cas, sinon (pour des raisons que j’expliquerai) pire, dans le cas du viol psychiatrique. Similaire aussi est le sentiment d’outrage dans l’esprit de la victime de chaque type d’agression. Comme le disait Thomas Szasz, professeur de psychiatrie, “la violence est la violence, peut importe qu’elle soit nommée une maladie psychiatrique ou un traitement psychiatrique”. Certains, qui ne sont pas “hospitalisés” (c’est-à-dire emprisonnés), sont forcés, sous la menace d’emprisonnement (“hospitalisation”), de se présenter dans un cabinet de médecin toutes les deux semaines pour une injection d’un neuroleptique à longue durée d’action comme le Prolixin.

Pourquoi le viol psychiatrique est-il pire que le viol sexuel? […] La partie de votre corps la plus essentielle et la plus intime n’est pas celle entre vos jambes mais celle entre vos oreilles. Une agression du cerveau d’une personne comme l’imposition d’un “traitement“ handicapant ou dommageable pour le cerveau (comme un psychotrope, un électrochoc ou une chirurgie cérébrale) est un crime visant l’intimité moralement plus horrible qu’un viol sexuel. En termes moraux, le viol psychiatrique est un crime plus grave que le viol sexuel pour une autre raison: l’administration involontaire des “thérapies” biologiques de la psychiatrie provoque des dommages permanents au cerveau. Ceci, contrastant avec le fait que, chez la femme violée, la fonction sexuelle reste habituellement intacte. Elles souffrent bien sûr d’un traumatisme psychologique, mais les victimes d’agressions psychiatriques aussi. J’espère que ces propos ne seront pas interprétés comme minimisant le traumatisme et l’horreur du viol sexuel si je fais la remarque que j’ai défendu en justice des femmes victimes de viol sexuel et que chacune de cette demi-douzaine (environ) de femmes que j’ai connues ont repris une vie sexuelle apparemment normale, et dans la plupart des cas se sont mariées et ont fondé une famille. Au contraire, les cerveaux des personnes ayant subi l’agression psychiatrique ne sont souvent pas complètement fonctionnels à cause des dommages physiques et biologiques provoqués par le “traitement”. Dans un débat télévisé en 1990, le psychanalyste Jeffrey Masson, Ph.D., a dit qu’il souhaitait que les responsables de telles “thérapies” feront face un jour à des “procès de type Nuremberg” (Geraldo, Nov. 30, 1990).

 

* Lawrence Stevens, avocat, a défendu des patients psychiatriques en justice. Ses écrits ne sont pas protégés par le droit d’auteur. Vous êtes encouragés à en faire des copies pour en faire bénéficier d’autres personnes.

 

SOURCE DE L'ARTICLE (http://www.antipsychiatry.org/fr-drugs.htm)

21:47 Écrit par anormopathe dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |