28/12/2011

« Les grandes fonctions de la médecine dans notre société », par Michel Foucault

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publié in Psychiatrie aujourd'hui, n° 10 : La Faute du docteur Carpentier, septembre 1972, pp. 15-16. Reproduit in Dits et Ecrits, tome II consultable sur cette page.


Les grandes fonctions de la médecine dans notre société

par Michel Foucault

(Intervention de M. Foucault à la conférence de presse du Dr J. Carpentier, 29 juin 1972.)


Sollicité d'intervenir par des lycéens de Corbeil sanctionnés pour flirt au lycée, le Dr Carpentier rédige et distribue, en mai 1971, un tract intitulé « Apprenons à faire l’amour ». Les parents d'élèves portent plainte; un an après, le conseil de l'Ordre suspend pour douze mois le Dr Carpentier. 

La question est très simple, elle est celle-ci : qu'est-ce qu'on peut faire dans cette affaire ? Parce que je crois que tout de même cette affaire, bien sûr, c'est la vôtre, mais en un sens aussi elle nous concerne. 

Je lisais tout à l'heure les considérants de votre condamnation et je vois que l'ordre des médecins s'est senti attaqué par ce que vous avez fait, dans ce qui constitue pratiquement les grandes fonctions de la médecine dans notre société. 

Il se sent attaqué :

1° Parce que votre pratique n'est pas entièrement individualiste et secrète. Or la médecine fonctionne dans notre société comme pratique individualiste de tête à tête, de dialogue « médecin-malade », comme ils disent, et dans le secret.

2° Il vous reproche de n'avoir pas tenu compte des différences d'âge et de milieu, et c'est, en effet, l'une des grandes fonctions de la médecine de notre société de maintenir, de reconduire, d'appuyer toutes les différences, toutes les ségrégations, toutes les exclusions qu'il peut y avoir en fait d'âge, en fait de milieu : la médecine ouvrière n'est pas la médecine bourgeoise, la médecine des enfants ne doit pas être la médecine des adultes, etc., et là ils se sentent attaqués par ce que vous avez fait.

3° Ils vous reprochent d'avoir incité des enfants à des pratiques qui disent-ils, « normales ou non, ne peuvent qu'entraîner des troubles psychiques ». Or, depuis le XVIIIe siècle exactement, l'une des grandes fonctions de la médecine, de la médecine psychique, psychiatrique, psychopathologique, neurologique, a été précisément de prendre le relais de la religion et de reconvertir le péché en maladie, de montrer que ce qui était, ce qui est péché bien sûr ne sera peut-être pas puni là-bas, mais sera certainement puni ici. C'est l'une des grandes fonctions de la médecine du XVIIIe siècle. 

4° Je vois, dans ce texte, que l'ordre des médecins vous reproche d'avoir fait un scandale, c'est-à-dire ce qu'ils appellent une publicité, enfin ce qui est public qu'on appelle scandale, et d'avoir fait rejaillir ce scandale sur la profession médicale, c'est-à-dire que la profession médicale, la médecine, la pratique médicale a essentiellement pour fonction de maintenir tous les grands tabous de la morale, de la morale bourgeoise, de la morale de notre société et, par conséquent, quand la loi morale, les habitudes morales, les tabous moraux de notre société sont attaqués, du coup il est du rôle fondamental de la médecine de se porter en première ligne et de lancer la contre-offensive : c'est la médecine comme gardienne de la moralité, de la moralité tout court.

5° Enfin, moi, je vois toujours dans ce même paragraphe que ces pratiques qui étaient considérées un peu plus haut comme « normales ou non » sont brusquement, à la fin, définies comme « débauche », c'est-à-dire que la médecine a en même temps une fonction judiciaire. C'est la médecine qui non seulement définit ce qui est normal et pas normal, mais finalement ce qui est licite ou pas licite, criminel ou pas criminel, ce qui est débauche ou pratique maligne. L'utilisation des expertises psychiatriques dans la justice est encore, là aussi, une de ces fonctions; donc finalement, moi, je crois que c'est en effet toute la médecine dans son fonctionnement depuis le XVIIIe ou le XIXe siècle que vous avez attaquée, et elle se défend effectivement là où elle est attaquée, c'est-à-dire partout. Or je crois que le fonctionnement de la médecine ne satisfait pas une certaine partie des médecins actuellement et, d'autre part, ce fonctionnement traditionnel de la médecine ne satisfait pas non plus les gens que nous sommes, c'est-à-dire purement et simplement des clients. Nous ne sommes rien d'autre que des clients de la médecine, donc si nous sommes d'accord avec vous pour ne pas accepter ces quatre ou cinq grandes fonctions de la médecine traditionnelle, alors qu'est-ce que nous pouvons faire, médecin ou pas, pour l'attaquer avec vous ou sans vous et pour empêcher l'ordre des médecins de mener la contre-offensive qu'il mène, c'est-à-dire vouloir reconduire les fonctions traditionnelles de la médecine ?...

LECTURES COMPLEMENTAIRES :

- LE POUVOIR MEDICAL

- MICHEL FOUCAULT : PSYCHIATRIE ET MEDECINE

27/12/2011

« L'ANTI-PSYCHIATRIE. Une interview du docteur Joseph BERKE », par Andrew ROSSABI

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L'ANTI-PSYCHIATRIE

une interview du docteur Joseph BERKE

par Andrew ROSSABI

 

QUESTION : Pourriez-vous nous parler un peu de vous?

BERKE : Je suis un médecin américain. J'ai travaillé à Londres pendant cinq ans en tant que chercheur en psychiatrie et en sciences sociales avec la Philadelphia Association. C'est une œuvre de bienfaisance pour la santé mentale. Ronald Laing en est le directeur. La Philadelphia Association possède à son actif la mise en place de plusieurs communautés où des gens qui ont été auparavant diagnostiqués comme « schizophrènes » peuvent vivre sans être pour autant soignés au sens médical formel — et en aucun cas au sens médical du terme.

QUESTION : Est-ce que vous vous intéressez particulièrement à la schizophrénie ?

BERKE : Je m'intéresse au champ tout entier de l'expérience psychologique dont la schizophrénie elle-même constitue une partie importante. Je tiens à souligner que c'est plus un terme qu'un état ; et une partie importante de notre travail consiste à montrer comment, en réalité, on brise le style de vie, l'expérience vécue d'un individu en lui appliquant ce terme. Ce pourrait être un autre terme, comme « état dépressif » ; mais pour reprendre cet exemple particulier de la schizophrénie, nous pouvons dire qu'il ne décrit pas leur expérience vécue, c'est en réalité une étiquette que leur appliquent certaines personnes, en général pour des raisons d'ordre social.

QUESTION : Quelle définition donnez-vous donc de l'aliénation mentale?

BERKE : Il faudrait plusieurs mois pour en donner une définition et même si nous arrivions à une réponse elle risquerait de n'être pas appropriée. L'aliénation mentale est plus un fait social qu'un fait personnel, individuel. C'est un phénomène social et culturel. Les expériences qui sont considérées comme « normales » dans une culture ou une sous-culture particulière, peuvent être définies comme « folles » dans un autre ensemble culturel. L'aliénation mentale renvoie à un comportement ou à une expérience qui est « inacceptable » dans un cadre culturel donné.

QUESTION : Pourriez-vous nous parler de votre collaboration avec le docteur Laing ?

BERKE : Cela fait maintenant plus de cinq ans que je le connais personnellement. C'est à la fois un brillant penseur et un « chic type ». La raison pour laquelle je suis allé là-bas tient à ce que ses idées coïncidaient avec les conclusions que je commençais à tirer sur la manière dont fonctionne la psychiatrie. J'attendais une occasion de travailler avec lui. Nous nous aperçûmes tous deux que la façon dont les gens sont traités, au sens traditionnel, « médico-psychiatrique », n'allège pas leurs souffrances, mais ne fait, en général, que les prolonger ; que les médecins interviennent en tant que dépositaires de l'ordre social afin de maintenir une forme particulière de comportement et d'expérience conventionnelle ; que le genre de traitement fourni revient psychologiquement à passer une camisole de force, calmants compris. En général, les psychiatres tentent de faire oublier aux individus ce qui les tracasse, plus qu'ils n'essaient d'en finir avec leurs tracasseries, leurs problèmes.

QUESTION : Il est évident que ceci est avant tout une question de temps, d'argent et de personnel. Le psychiatre de l'ordre établi est devenu une espèce de croquemitaine d'un monde souterrain — comme le policier. C'est une idée plutôt paranoïde.

BERKE : Je ne pense pas que vous soyez assez paranoïde pour comprendre comment agissent les psychiatres et comment fonctionnent les hôpitaux psychiatriques à leur façon de prendre les gens en charge. Un des ouvrages les plus importants sur ce sujet est l'étude faite par un sociologue nommé Erving Goffman, intitulée : Asylums. Ce livre étudie la manière dont fonctionne un hôpital psychiatrique. Goffman a passé plusieurs mois dans un hôpital en tant qu'aide-infirmier, ce qui est la meilleure place pour pouvoir observer ce qui se passe. Les gens qui font tourner les hôpitaux sont essentiellement les infirmiers et les aides-infirmiers et le simple fait de travailler à cet échelon vous permet de voir ce qui arrive tant au point de vue individuel que social. Goffman se rendit compte que, au lieu d'aider l'individu qui était admis comme patient, l'hôpital tentait de perpétuer le genre de situations et de relations familiales « désaxées » qui, dans un premier temps, avaient rendu « fou » le patient. En d'autres termes, il montra comment et pourquoi l'hôpital psychiatrique est un milieu qui « rend fou ».

Il est important de comprendre pourquoi les gens, en particulier les jeunes gens, sentent qu'ils deviennent fous, pensent qu'ils ne peuvent faire face, et autres choses de ce genre. En général, c'est à cause des modes de relations « désaxés » qui ont cours dans leur famille. Nous faisons beaucoup de recherches sur les familles ; c'est une partie importante de notre travail. Bien souvent, nous nous apercevons qu'une personne qualifiée de « déséquilibrée » est le membre le plus équilibré de sa famille.

QUESTION : En d'autres termes, c'est une espèce bouc-émissaire?

BERKE : Oui, c'est vrai. La raison pour laquelle l'individu est qualifié de « déséquilibré » réside en ceci qu'il essaie de s'échapper de rapports « fous » ou « déséquilibrants » — du mode de comportement qui est partagé par tous les membres de sa famille. Prenons par exemple un jeune homme qui s'efforce d'affirmer son indépendance, plutôt que de s'adapter aux mœurs, aux rites de sa famille. Lorsqu'un tel individu est conduit dans un hôpital psychiatrique, il est vraisemblablement, dans la plupart des cas, très effrayé et il ne comprend pas ce qui se passe. On l'amène dans un endroit très bizarre avec l'idée que les gens qui s'y trouvent vont l'aider. Mais, sociologiquement parlant, le même genre de structures qui a brisé sa vie dans sa famille se trouve reproduit à l'hôpital. C'est pourquoi, bien souvent, le milieu hospitalier contribue à rendre les gens fous — en particulier lorsqu'ils pensent qu'ils se rendent à l'hôpital pour se sortir des liens que leur a imposés leur famille.

QUESTION : Vous estimez qu'ils sont manœuvrés d'un milieu déséquilibré à un autre. Mais y a-t-il une alternative ? La notion de guérison semble se perdre dans tout cela. Comment, pratiquement, soignez-vous quelqu'un qui souffre ?

BERKE : En général, deux facteurs sont liés au type de souffrance dont vous parlez — l'infirmation sociale et/ou personnelle, individuelle. Il nous faut tout d'abord découvrir ce que ressent l'individu, quel est ce trouble qui le préoccupe. A cela se trouve lié le problème de la sémantique. Un grand nombre d'informations surgissent parce que les individus s'infirment sémantiquement — ayant affaire à des termes renfermant une charge émotionnelle tels que « schizophrène », « aliéné » ou autres. Parce que l'aliénation possède une définition culturelle et sociale, une définition de manuel, elle n'explique, ni même n'exprime ce que ressent la personne. Il est tout à fait possible de lire un manuel de psychiatrie et de penser que l'on est réellement fou, parce que pratiquement tout ce qui est exprimé dans un manuel de psychiatrie est ressenti par les gens « normaux ». Le problème c'est qu'il n'existe pas de gens « normaux ». Nous parlons du profil transversal des gens ; aussi, ce qu'il nous faut découvrir, c'est ce qu'est l'aliénation, ce qu'il en est de l'expérience, et il nous faut distinguer les infirmations sémantiques de ces autres formes. En réalité, le problème consiste à créer une ambiance permettant aux gens de voir ce qu'il en est de leurs souffrances et leur offrant la possibilité de les comprendre. La souffrance est insupportable lorsqu'elle est incompréhensible. Elle ne disparaît pas à partir du moment où on la comprend, mais alors, en général, elle devient supportable. Cela permet à quelqu'un de saisir, d'appréhender les racines de ce qui lui arrive.

QUESTION : Nombreux sont ceux qui tentent de trouver un fondement chimique à la « schizophrénie ». Pourrait-elle être provoquée par un déséquilibre chimique du cerveau ?

BERKE : Aucun lien de causalité chimique avec l'état nommé « schizophrénie » n'a jamais été découvert. L'état, la condition nommé « schizophrénie » n'existe pas : c'est un terme qui désigne une infirmation personnelle et sociale. Cela est lié à la façon dont le mot fut forgé. A l'origine, le terme utilisé était « démence précoce », invention qui s'appliquait aux individus dont le comportement montrait les signes d'une détérioration physique et mentale progressive. Ils s'aperçurent que cette détérioration n'arrivait pas nécessairement. Vous voyez, une chose telle que la schizophrénie n'existe pas vraiment. C'est un terme passe-partout qui se réfère à certains symptômes que les médecins sont censés distinguer chez d'autres au cours d'une entrevue, d'une consultation. Laing m'a parlé d'un article écrit dans une revue allemande de psychiatrie par des psychiatres allemands qui portent sur quelqu'un le diagnostic « schizophrène » sur la base d'un sentiment que ces psychiatres sentent en eux-mêmes — un sentiment étrange qu'ils nomment : sentiment « précoce ». Dans cet exemple, pouvons voir clairement que le diagnostic de schizophrénie est décidé plus en fonction des problèmes des médecins que de ceux des malades. C'est une première chose. La seconde peut se résumer à ceci qu'aucune expérience physique n'a jamais été mise en corrélation, de manière positive, avec un état mental en particulier.

Il existe un test qui fait virer les urines au rose, il existe un test qui fait virer les urines au vert, il existe un test qui fait virer les urines à l'orangé — tout cela signifie que l'analyse des urines des individus qui sont censés être des schizophrènes fait apparaître certains résultats après que l'on y ait ajouté certains réactifs chimiques. Il y a quelques années, dans un hôpital psychiatrique, il fut découvert que le produit qui était censé être en rapport avec la schizophrénie était lié au fait que l'on donnait du café aux patients tous les matins. Ainsi, le « produit X » était un produit dérivé de la caféine. Et tous les jours on découvre quelque chose de nouveau.

La raison profonde de cette situation peut être trouvée dans les annales de l'histoire de la médecine. Considérons l'expérience et le comportement de gens qui étaient considérés comme des sorcières, des démons ou des possédés, etc. Ces gens étaient enfermés dans de sinistres tours pour protéger la population. Puis, au début du XVIIIe siècle, un médecin nommé Philippe Pinel apparut et avec lui apparurent toute une série d'autres « bienfaiteurs ». Ils s'efforcèrent de mettre un terme à la façon dont étaient traités les soi-disant « fous ». Ils dirent : « Voilà, si nous déclarons que ces malheureuses personnes ne sont pas possédées par le démon, mais qu'elles ont une espèce de maladie comme le rhume, ou la tuberculose, alors nous pourrons les traiter en malades et non pas en « fous ». C'est une différence très importante. Parce que la folie, dans la plupart des cas, est une désignation morale — c'est un jugement de valeur. Un individu est fou et mauvais. Ces deux termes sont très proches l'un de l'autre. Mais si alors vous pouvez dire d'un individu qu'il n'est pas seulement mauvais, possédé par les démons, le diable, moralement mauvais, mais qu'il est malade, alors vous pouvez transformer l'attitude des gens en général envers cette personne.

Puis, les médecins ayant défini a priori le comportement sortant de l'ordinaire comme étant du ressort de la médecine, ils durent, pour comprendre ce type de comportement, appliquer des techniques médicales. Que firent-ils alors ? Tout d'abord, ils disséquèrent le cerveau des gens qui mouraient à l'hôpital psychiatrique. Ils recherchèrent un état particulier, des transformations du cerveau — qu'ils ne trouvèrent d'ailleurs pas. Ensuite, ils essayèrent d'étudier l'activité biochimique du « malade mental ». De nos jours, une telle approche est très courante. Des rapports sont établis avec l'usage de la drogue parce qu'on a découvert que les principales drogues psychédéliques comme le LSD, le DMT ou la mescaline, sont biochiquement similaires à certaines substances produites naturellement par l'organisme, telle que l'adrénaline. Et le raisonnement se poursuit ainsi : la schizophrénie serait alors provoquée par une défection biochimique en rapport avec une surproduction de substances « psychédéliogéniques ». Ainsi, ils commencent à penser que des substances telles que l'adrénaline, qui se trouvent dans le sang, provoquent la « schizophrénie ». Malheureusement, cette théorie n'a jamais été prouvée.

Les hallucinations auditives constituent un symptôme courant de ce que l'on nomme habituellement la schizophrénie. Les gens entendent des individus qui leur parlent : « faites ceci ». « Faites cela ». « Ne faites pas cela ». Et ainsi de suite. Mais l'on a fait une observation intéressante : avec les drogues psychédéliques, les gens ont rarement des hallucinations auditives ; la plupart des fausses perceptions qui ont lieu sont d'ordre visuel. En outre, les individus qui se trouvent sous l'influence de la drogue ont rarement des hallucinations de quelque nature qu'elles soient. Tout ce qui se passe, surgit pour une grande part sous forme d'illusion visuelle. La distinction est très importante. Regardez ce grand mur. S'il n'y avait absolument rien dessus, s'il était totalement blanc et que nous commencions à y apercevoir quelque chose, ce serait une hallucination. Cependant, il faut reconnaître qu'il existe sur ce mur différentes taches de saleté, des sortes d'alvéoles et de bosses, et ces éléments créent des objets a priori autour desquels l'esprit peut broder, déformer, transformer, rétrécir, élargir — ce sont les illusions. La plupart du temps, sous l'effet de la drogue nous avons d'étranges illusions visuelles, soit à partir de ce que je viens de dire, soit à partir de contrecoups, de répercussions, comme lorsque vous regardez la fenêtre qui se trouve ici et fermez les yeux : vous voyez toujours la fenêtre — cela s'appelle une image eidétique. C'est par la déformation des objets réels du mur ou des images eidétiques que surgissent les événements illusionnels. Ceci est très important car si les drogues psychédéliques ou leurs pareils biochimiques du sang étaient la cause des « maladies mentales », alors les gens qui absorbent de telles drogues auraient des hallucinations et elles seraient auditives et non visuelles. En fait, il est rare d'avoir des hallucinations lorsque l'on se trouve sous l'influence du LSD. La plupart sont des illusions, des illusions d'ordre visuel.

QUESTION : Pouvons-nous passer de la chimie à la sexualité ? Wilhelm Reich parlait du « schizoïde » comme d'une personnalité roide, figée, incapable de trouver le repos, véritable flot orgasmique dû à différentes tensions et cuirasses musculaires. Je suppose qu'un partisan de Reich déclarerait que la cause première de la « schizophrénie » réside dans la répression sexuelle — au sens le plus large — que subit l'enfant — et choses de ce genre qui finalement se situent dans la musculature réelle du corps. Vous, par contre, tendez à souligner le rôle de l'unité familiale, de l'entourage ou de la situation familiale. Il y a ici une différence.

BERKE : Une fois de plus, cela est lié au terme « schizophrénie » que vous employez en l'appliquant à une sorte d'état, à une situation de fait. J'ai cessé totalement de l'employer dans ce sens. Je ne rencontre jamais de « schizophrènes ». Dans la mesure où je ne choisis pas d'attribuer certaines choses à une autre personne en employant ce mot, celui-ci ne signifie pas grand-chose pour moi. Afin de nous y retrouver, nous devons parler de l'expérience vécue des gens. Le fait est que le terme « schizoïde » est souvent appliqué à des gens qui subissent une certaine dissociation, une rupture, un éclatement entre le soma et l'intellect, entre le corps et l'esprit. Cela signifie que la plupart de leurs sentiments, de leurs émotions, qui en fait engagent à la fois leur corps et leur esprit, éclatent, se divisent en une composante spirituelle et en une composante corporelle. C'est souvent ce que les gens entendent par « schizoïde ». Ce terme se rapporte aussi à un éclatement entre la tête et le cœur ; les sentiments, les émotions et l'intellect. Lorsque Reich utilisait le terme « orgasme », il ne le limitait pas à une simple expérience génitale, mais il se référait en fait à une expérience totale, émotionnelle, physique et mentale.

QUESTION : Bien. J'ai l'impression que pour Reich et ses partisans, l'orgasme idéal impliquait une reddition totale du moi — un engagement total dans la réalité physique de l'autre. Mais il est certain que le soi-disant schizoïde est incapable de faire une telle chose : il est absolument terrifié à l'idée de se laisser aller, de perdre tout contrôle. Mais il n'est pas d'une très grande importance d'approcher l'individu. C'est ce qui m'impressionne : l'importance que vous attachez à l'influence de la famille, à la situation familiale. Mais, certainement, il faut aller plus loin que la famille — il vous faut guérir la société tout entière, la transformer.

BERKE : Ceci est un point très important. En fait nous nous dressons contre l'ensemble d'une société qui rend ses membres fous et cela de manière systématique. Certains individus peuvent croire que le problème réside au fond d'eux-mêmes, mais ce n'est pas le cas. C'est un problème social qui est vécu au niveau de l'individu. C'est la raison pour laquelle nous ne devrions pas essayer de perpétuer les souffrances de l'individu, nous ne devrions pas tromper l'individu en lui faisant croire qu'il y a en lui quelque chose qui ne va pas. En réalité, il est encourageant de se rendre compte que ce dont on est en train de faire l'expérience est partagé par un bon nombre d'autres individus. Il y a beaucoup de personnes qui, au sens médical de ces termes, pourraient être considérées comme « schizoïdes », « schizophrènes », ou quoi que ce soit, qui peuvent avoir de puissants orgasmes, mais qui sont malheureuses dans d'autres domaines. Une fois de plus, cela montre que des termes comme « schizoïde », « schizophrène » sont inadéquats, sont dépourvus de toute signification.

QUESTION : Bien. Inventons un terme plus humain. Pourriez-vous, pour terminer, nous parler de vos travaux avec Mary Barnes ? Si j'ai bien compris, vous êtes en train d'écrire un livre ensemble. Sa folie semblait être d'un type classique, si vous voulez bien excuser l'expression.

BERKE : Mary Barnes est une Anglaise de quarante-cinq ans ; elle a travaillé dans un hôpital psychiatrique, a subi dans le passé une dépression nerveuse et fut diagnostiquée « schizophrène chronique » ; très rabaissée dans un hôpital psychiatrique, elle a recouvré sa santé, puis elle a commencé à se sentir de nouveau folle — c'est du moins ce qu'elle pensait. Elle ressentit cela comme une très grande régression : elle ne voulait rien faire, elle désirait redevenir un bébé, etc. Elle rencontra Laing il y a six ou sept ans — elle avait entendu parler de lui par d'autres personnes — et elle lui demanda si elle pouvait venir à Kingsley Hall, la nouvelle communauté « anti-psychiatrique ». Kingsley Hall avait ouvert ses portes en 1965 et elle fut une des premières personnes à s'y installer.

Le problème avec la folie réside en ceci que c'est un terme qui s'applique à une forme particulière d'expérience. Dans le cas de Mary, l'expérience était celle d'un retour à une première « version » d'elle-même, d'un désir de redevenir un bébé, de revenir à ses origines, presqu'à l'état de fœtus ; tout cela constituait une manière de faire face aux problèmes, aux souffrances qu'elle ressentait en tant qu'adulte. Elle voulait voir si elle pouvait renaître. Elle dut presque retourner à la situation intra-utérine, afin de recommencer à grandir. Et en fait, c'est ce qui se passa à Kingsley Hall au cours des cinq dernières années. Mary redevint un bébé, elle fut nourrie au biberon, elle joua avec ses fèces ; on s'occupa d'elle comme d'un bébé; elle resta pendant de longs moments au lit, sans bouger d'un pouce et, ce faisant, elle revint à une époque antérieure au commencement de son angoisse. Le but d'un tel retour en arrière était de grandir, de vieillir à nouveau sans passer par l'angoisse liée à sa première croissance.

J'ai eu beaucoup affaire avec Mary. J'étais principalement responsable de subvenir à ses besoins immédiats, lorsque j'habitai à Kingsley Hall en 1965 et 1966, et aussi par la suite. Cette assistance fut une expérience, une expérience, pour ainsi dire, de mort-renaissance, pour moi aussi. C'est pourquoi j'admire le courage dont elle a fait preuve en réalisant ce qu'elle a fait — c'était une chose qui demandait beaucoup de courage et qui était très effrayante, en particulier, parce que tout simplement les adultes ne redeviennent pas des bébés. Mais l'expérience de Mary confirma Laing et d'autres dans leur idée : l'expérience d'une régression, d'un retour à soi-même, était une expérience très curative, salutaire. Un livre a été écrit là-dessus par un psychiatre polonais, Kazimierz Dubrowski, intitulé : Positive Desintégration. C'est un élément très important qui revient sur ce que nous disions à propos des hôpitaux psychiatriques. Une bonne partie de ce qu'un psychiatre pourrait nommer « régression » est une tentative d'auto-guérison naturelle. Notre travail, et ce que nous considérons comme le « travail » propre au thérapeute, consiste à aider un individu tout au long du chemin de son « expérience désintégrante » : nous devons pourvoir à ses besoins élémentaires (nourriture, chauffage, ambiance agréable) et laisser surgir et l'effondrement et la guérison sans nous immiscer dans ce processus. Alors, le retour, le voyage en sens inverse — la phase « intégrante » — constituera une expérience très salutaire. Le problème qui surgit avec les hôpitaux psychiatriques et, en particulier, avec les psychiatres, les infirmiers et d'une manière générale tous ceux qui y travaillent, c'est qu'ils empêchent ce processus de guérison d'avoir lieu, parce qu'ils ont peur de ce qui va se dérouler. Cette peur qu'ont les psychiatres, les infirmiers, d'eux-mêmes, fait des hôpitaux psychiatriques des endroits où aucune guérison n'est possible. Par conséquent, ces endroits ne sont en rien des hôpitaux. En vérité, ce sont des « maisons de fous », c'est-à-dire des endroits où les individus sont rendus « fous », des lieux où l'on perpétue la « folie ». Nous nous fixâmes pour but de créer un asile, au sens premier du terme, où il serait possible de guérir. A part Mary Barnes, plusieurs autres personnes vécurent des expériences similaires à Kingsley Hall — peut-être pas aussi spectaculaires que la sienne, mais pas moins utiles. Mary et moi-même avons écrit un livre ensemble sur cela... Cet ouvrage se compose d'un rapport rédigé par Mary sur sa propre expérience et sur son expérience avec moi et d'un rapport rédigé par moi-même sur ma propre expérience et l'expérience que j'ai vécue avec elle. Je parle de ma propre expérience, parce qu'elle fut une expérience profonde autant pour moi que pour elle.

in Ronald Laing et l'antipsychiatrie, un dossier préparé par Robert Boyers, 1973.

LIRE AUSSI

« De la psychiatrie à l’antipsychiatrie : si la maladie mentale est d’origine sociale et familiale, c’est la société qu’il faut réformer. » (extraits de Psychiatrie et antipsychiatrie de David Cooper)

« Sangtez-vous bien !?! » (extraits de Mort de la famille de David Cooper)

« L'institution psychiatrique en question », par Robert Castel

- « Antipsychiatrie : les enjeux éthiques », par Jean-Christophe Coffin

23/12/2011

Moi aussi bien sûr. Mort. Depuis des années.

CHEZ LE MEDECIN

Je suis allé chez le médecin pour la visite de contrôle semestrielle : habitude que j'ai prise depuis que j'ai passé la quarantaine.

Mon médecin est un vieil ami, Carlo Trattori et aujourd'hui, il me connaît à l'endroit et à l'envers.

C'est un après-midi traître et brumeux d'automne, le soir ne va pas tarder.

Dès que je suis entré, Trattori me regarde d'une certaine manière et sourit :

"Mais tu as une mine magnifique, vraiment. On ne te reconnaîtrait plus, si on se rappelait la figure tirée que tu avais il y a seulement deux ans.

- C'est vrai. Je ne me rappelle aucune période où je ne me sois senti aussi bien qu'en ce moment."

D'habitude on va chez le médecin parce qu'on se sent mal. Aujourd'hui je suis venu chez le médecin parce que je me sens bien, très bien. Et j'en éprouve une satisfaction neuve, presque vindicative, en face de Trattori qui m'a toujours connu névrosé, anxieux, affligé des principales angoisses du siècle.

Maintenant au contraire je vais bien. Depuis quelques mois, de mieux en mieux. Et plus jamais le matin au réveil, quand la grise et funeste lumière métropolitaine filtre à travers les lames des persiennes, je n'ai formé de projet de suicide.

"Est-il nécessaire de t'examiner ? dit Trattori. Cette fois-ci, je mangerais mon pain à l'oeil, à tes frais.

- Mais puisque je suis venu..."

Je me déshabille, je m'étends sur la couchette, il prend ma tension, ausculte mon coeur et poumons, essaie les réflexes. Il ne parle pas, je lui demande :

" Et alors ?"

Trattori hausse les épaules, il ne daigne même pas me répondre. Mais il me regarde, il m'observe comme s'il n'avait pas su ma figure par coeur. Et finalement :

" Dis-moi plutôt. Tes manies, tes bizzareries de toujours ? Les cauchemars ? Les obsessions ? Jamais connu un type aussi tourmenté que toi. Tu ne voudras quand même pas me faire croire..."

Je fais un geste catégorique.

"Place nette. Tu sais ce que ça veut dire, hein ? Pas même un souvenir. Comme si j'étais devenu un autre...

- Comme si tu étais devenu un autre... " fait Trattori en écho, et, tout pensif, scande les syllabes. Le noir, dehors, s'est épaissi. Bien qu'il ne soit pas encore cinq heures, l'obscurité s'installe lentement.

" Tu te rappelles, dis-je, quand à une ou deux heures du matin je venais me défouler chez toi ? Et tu m'écoutais attentivement, même si tu tombais de sommeil ? A y repenser, j'ai honte. Quel idiot j'étais, je le comprends seulement maintenant, quel formidable idiot.

- Qui sait ?

- Que veut tu dire ?

- Rien. Plutôt réponds-moi sincérement : tu es plus heureux maintenant ou avant ?

- Heureux, quel grand mot !

- Alors disons satisfait, content, serein.

- Mais certainement, je suis plus serein maintenant.

- Tu disais toujours qu'en famille, au travail avec les gens tu te sentais toujours isolé et pas à ta place. Alors ta belle aliénation serait-elle finie ?

- C'est bien ça. Pour la première fois, comment dire ? ...Voilà, je me sens finalement inséré dans la société.

- Eh bien, mon cher, compliments. Et il t'en vient un sentiment de sécurité, n'est-ce pas ? de conscience tranquille ?

- Tu te fiches de moi ?

- Pas le moins du monde. Et dis-moi : tu mènes une vie plus régulière qu'avant ?

- Je ne saurais le dire. Peut-être oui.

- Tu regardes la télévision.

- Oui presque tous les soirs. Irma et moi ne sortons presque jamais.

- Tu t'intéresses au football ?

- Tu riras si je te dis que je commences à être fana.

- Et quelle est ton équipe ?

- L'Inter, naturellement.

- Et de quel parti es-tu ?

- Comment, de quel parti ?

- Quel parti politique, c'est clair !"

Je me lève, je m'approche, je lui susurre un mot à l'oreille.

Lui : " Que de mystères ! Comme si ça ne se savait pas.

- Pourquoi ? Ca te choque ?

- Allons donc. Aujourd'hui c'est une chose normale chez les bourgeois. Et l'auto ? Tu aimes conduire ?

- Tu ne me reconnaîtrais plus. Tu sais quel escargot j'étais. Eh bien la semaine dernère, de Rome à Milano, quatres heures dix, chronométrées. Mais peut-on savoir le pourquoi d'un tel interrogatoire ?"

Trattori enlève ses lunettes. Les coudes appuyés sur le buvard du bureau, il joint les doigts des deux mains ouvertes .

" Tu veux savoir ce qui t'est arrivé ? "

Je le regarde, interdit. Sans rien me montrer, Trattori aurait-il découvert les symptômes d'une maladie horrible ?

" Ce qui m'est arrivé ? Je ne comprends pas. Tu m'as trouvé quelque chose ?

- Une chose très simple. Tu es mort. "

Trattori n'est pas un plaisantin, surtout dans son cabinet médical.

Je balbutie : " Mort ? Comment cela, mort ? Une maladie incurable ?

- Pas la moindre maladie. Je n 'ai pas dit que tu dois mourir, j'ai dis seulement que tu es mort .

- Drôle de discours. Toi-même tu disais il y a un moment que je suis l'image de la santé ?

- Sain, oui. On ne peut plus sain. Mais mort, tu t'es conformé, tu t'es intégré, tu t'es homogénéisé, tu t'es inséré âme et corps dans le tissu social, tu as trouvé ton équilibre, la tranquilité, la sécurité. Et tu es un cadavre.

- Ah tant mieux, c'est une allégorie, une métaphore. Tu m'avais fait une de ces peurs !

- Pas si allégorique que ça. La mort physique est un phénomène éternel et au fond extrêmement banal. Mais il y a une autre mort, qui quelquefois est encore pire. L'abandon de la personnalité, le mimétisme par habitude, la capitulation devant le milieu, le renoncement à soi-même... Mais regarde un peu autour de toi. Mais parle avec les gens. Mais ne te rends-tu pas compte qu'au moins soixante pour cent d'entres eux sont morts ? Et le nombre augmente chaque annnée. Etreints, nivelés, asservis, ils pensent tous la même chose, exactement la même, ignoble civilisation de masse.

- Ce sont des histoires, maintenant que je n'ai plus les cauchemars d'autrefois, je me sens bien plus vivant. Bien plus vivant maintenant quand j'assiste à une belle partie de football, où quand j'écrase l'accélerateur à fond.

- Pauvre Enrico. Et bénies tes angoisses d'autrefois."

J'en ai assez. Trattori a réussi à me porter vraimentsur les nerfs

" Et alors si je suis mort, comment expliques tu que je n'ai jamais aussi bien vendu mes sculptures que ces derniers temps ? Si j'étais aussi ramolli que tu le dis...

- Pas ramolli. Mort. Il y a aujourd'hui des nations entières qui ne sont faites que de morts. Des centaines de millions de cadavres. Et ils travaillent, construisent, inventent, se donnent un mal terrible, sont heureux et contents. Mais ce sont des pauvres morts. A l'exception d'une microscopique minorité qui leur fait faire ce qu'elle veut, aimer ce qu'elle veut, croire en ce qu'elle veut. Comme les zombis des Antilles, les cadavres réssucités par les sorciers et envoyés travailler aux champs. Et quant à tes sculptures, c'est précisément le succès que tu as, et qu'autrefois tu n'avais pas qui démontre que tu es mort. Tu t'es adapté, tu t'es mis aux mesures, tu t'es ajourné, tu t'es mis au pas, tu as coupé tes épines, tu as baissé le drapeau, tu démissiones de ta folie, de ta révolte, de tes illusions. C'est pour cela qu'aujourd'hui tu plais au grand public, au grand public des morts."

Je me lève d'un bond. Je n'y tiens plus.

" Et toi alors ? lui demandé-je furieux. comment se fait-il que tu ne parles pas de toi ?

- Moi ? " Il secoue la tête. " Moi aussi bien sûr. Mort. Depuis des années. Comment résister dans une ville comme celle-ci ? Cadavre moi aussi. Il ne m'est resté qu'un soupirail... Peut-être par scrupule professionnel... Un soupirail par lequel je réussis encore à voir. "

Maintenant il fait vraiment nuit. Et le beau brouillard indusstriel a la couleur du plomb. A travers les vitres, on réussit à peine à distinguer la maison d'en face.

Dino BUZZATI

SOURCE


LE PROCESSUS (2000) par svarten

« L’expérience italienne de psychiatrie démocratique », par Mario Colucci

Deux versions modifiées et plus longues de cet article ont déjà paru, sous le titre “La dangerosité en psychiatrie : la réponse italienne” dans le Mensuel de l'Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien, n°12, 2006, et dans P. Chevallier, T. Greacen, Folie et justice : relire Foucault, Editions Erès, Toulouse 2009. Ici en PDF : « Le “moment heureux” de la psychiatrie italienne »

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L’expérience italienne de psychiatrie démocratique

par Mario Colucci

SOURCE : Bruxelles Laïque Echos n°72, « Le bon, le fou et le troublant », Mars 2011

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la psychiatrie italienne était très en retard par rapport à celle d’autres pays européens. Le nombre d’internés dans les asiles arrivait à 110 000 personnes. Les hôpitaux psychiatriques italiens n’étaient que des lieux de surveillance, enfermement et répression.

Pour la psychiatrie, l’isolement est l’instrument thérapeutique par excellence. Il s’agit de la solution idéale pour toutes les questions d’ordre public que le pouvoir administratif ne sait pas résoudre. Le pouvoir administratif, à travers le mandat des médecins, pourra garantir l’ordre public, à l’abri de toute accusation d’arbitraire. La médecine mentale se substitue à la souveraineté du droit, en cachant l’internement derrière la nécessité du soin et de l’assistance. Grâce au diagnostic, il naturalise la folie, c’est-à-dire qu’il la transforme en un objet de nature, il la rationalise en tant que trouble mental et enfin, il en justifie l’internement dans l’institution en tant qu’elle est dangereuse. Enfermée dans l’institution, la folie trouve sa pleine réalisation dans le rôle de maladie mentale.

La loi italienne de 1904 sanctionne l’internement des malades qui étaient définis comme “dangereux pour eux-mêmes et pour les autres et source de scandale public” et qui doivent être soignés dans des instituts spéciaux, les asiles, par des médecins spéciaux, les psychiatres. La psychiatrie acquiert un pouvoir énorme. Mais elle se trouve contrainte dans un espace à part. Ce n’est pas seulement le malade qui est interné à l’asile mais le médecin aussi qui, avec sa nouvelle discipline, partage le même sort. Alors, comment sortir de l’isolement ? Au XIXe et au XXe siècle, la psychiatrie étend son domaine en dehors des murs de l’asile et au-delà de la maladie pour faire valoir son savoir dans le contrôle généralisé et dans le fonctionnement de la population. Ce qui l’expose inévitablement au risque de renoncer à son devoir thérapeutique de soin et de devenir, comme dit Foucault, “une branche spécialisée de l’hygiène publique [...] un domaine particulier de la protection sociale, contre tous les dangers qui peuvent venir à la société du fait de la maladie”.[1]

En Italie, un tournant radical a été pris grâce à la figure du psychiatre Franco Basaglia. Il se forme à l’université de Padoue dans les années cinquante, où il travaille comme assistant à la clinique pour maladies nerveuses et mentales. Insatisfait par la psychiatrie positiviste, il s’ouvre aux courants d’inspiration phénoménologique et existentielle. En 1961, il abandonne la carrière universitaire et devient directeur de l’asile de Gorizia.

Dès qu’il y arrive, il est dégoûté par la condition inhumaine dans laquelle se trouvent les patients, par les violences auxquelles ils sont soumis, par le manque substantiel de valeur thérapeutique du lieu. Aidé par un groupe de jeunes collaborateurs et s’appuyant sur l’expérience anglaise de la Communauté thérapeutique de Maxwell Jones, Basaglia s’engage dans un travail de transformation institutionnelle. On abolit les contentions physiques et les thérapies de choc, on organise des assemblées de service et plénières, on ouvre les portes des pavillons et les grilles de l’hôpital. En d’autres termes, on cherche à “mettre entre parenthèses la maladie”, comme dit Basaglia, pour s’occuper du malade. Le geste phénoménologique d’épochè[2] est une suspension du discours psychiatrique organiciste, avec sa clinique du déficit et son invalidation du sujet fou et de son discours. Suspension du regard psychiatrique qui réduit la folie à un fait de nature, à une maladie mentale entendue comme appauvrissement cognitif et affectif, déchéance, dégénération, événement incompréhensible, incurable, inguérissable, enfin imprévisible et donc dangereux. Il dérive de cette clinique du déficit un concept de protection de la société contre le fou qui historiquement coïncide avec l’isolement et l’internement institutionnel.

Bien vite cette opération d’épochè faite par Basaglia va prendre un caractère éthique et politique : une fois démasquée la contradiction fondamentale de la psychiatrie, qui occulte sa fonction sociale sous une prétendue neutralité scientifique, le rôle des psychiatres va entrer en crise et cela va rendre possible une critique radicale des institutions dans lesquelles ils travaillent. La thèse de base est que l’hôpital, destiné au traitement des maladies mentales, est en réalité le lieu de leur chronicisation et de leur aggravation.

Ce qui frappe fortement Basaglia, c’est de constater qu’à l’intérieur de l’institution, la folie n’a plus de force. La folie a été transformée, vidée de toute énergie. Dès qu’il arrive à Gorizia, écrira-t-il, il rencontre le parfait hospitalisé, le malade mental assujetti et adapté au pouvoir institutionnel, “celui qui se présente complètement domestiqué, docile au vouloir des infirmiers et du médecin ; celui qui se laisse habiller sans réagir, qui se laisse laver, nourrir, qui s’offre pour être remis en ordre comme on remet en ordre sa chambre le matin, le malade qui ne complique pas les choses avec ses réactions personnelles, qui se conforme même sans protester, passivement, au pouvoir de l’autorité qui le protège”.[3] L’image du parfait hospitalisé au summum de sa carrière institutionnelle est l’image d’un homme vidé. Vidé de sa force, de son énergie, de ses droits, de ses capacités de réaction critique. Vidé de sa folie.

Le système de pouvoir lui-même qui fonctionne à l’intérieur de l’asile s’organise selon une disposition tactique, qui doit permettre de dompter “quelque chose qui est un danger, quelque chose qui est une force”.[4]

Le problème pour la psychiatrie n’est plus celui de la vérité de la maladie, mais, comme dit Foucault, “un problème de victoire”.[5] Il s’agit de dominer ou de vaincre quelque chose qui a les caractéristiques du danger et de la force. La folie, celle de l’individu furieux, est faite de force dangereuse. Foucault, toujours, dit : “De sorte que, si tel est bien l’objectif de la tactique asilaire, si c’est bien ça l’adversaire de cette tactique : la grande force déchaînée de la folie, eh bien, que peut être la guérison, sinon la soumission de cette force ?”.[6]

Les psychiatres ne croient plus pouvoir vraiment éliminer le délire du malade, ils se dotent au contraire des moyens nécessaires pour soumettre la force dangereuse de la folie.

C’est pour cela que Basaglia, à Gorizia, dans la tentative de renverser la logique du fonctionnement de la machine asilaire, cherche à faire pencher la balance du pouvoir du côté des internés. Pour lui, l’action thérapeutique, c’est avant tout créer des occasions pour que les internés puissent s’exprimer, pour qu’ils arrivent même à manifester la force de leur folie.

Les assemblées de Gorizia ont ce premier objectif : contester et faire en sorte que le discours produit se déplace du psychiatre à l’interné. On fait de la thérapie à partir du moment où on laisse la place à la voix des internés, à ceux surtout qui ne sont pas d’accord, car il faut leur redonner la possibilité d’exprimer encore cette agressivité qui est leur seule ressource contre l’anéantissement institutionnel. Basaglia écrit : “ceux qui participèrent à cette première communauté furent choisis parmi ceux qui […] s’étaient montrés les moins adaptables et donc qui possédaient encore une bonne dose d’agressivité sur laquelle on aurait dû parier”.[7]

Basaglia mise sur ceux qui sont le moins adaptables, sur ceux qui sont dotés d’une bonne dose d’agressivité, autrement dit, il compte paradoxalement sur l’aspect qui historiquement a représenté l’objectif de l’action répressive de la psychiatrie : c’est-à-dire la force de la folie, l’agressivité du malade, sadangerosité. Jouer sur l’agressivité de l’interné est le seul moyen d’annuler tout sentiment de reconnaissance et de dévouement et de mettre en place, dit Basaglia, “une vraie relation […] un rapport de tension réciproque qui, tout seul, peut être capable – actuellement – de rompre les rapports autoritaires et paternalistes qui étaient la cause, encore jusqu’à hier, de l’institutionnalisation”.[8]

Le droit à l’expression de l’agressivité pour l’interné veut dire avoir le droit de retrouver sa subjectivité dans une action de résistance à la rationalisation scientifique qui l’invalide ; avoir le droit de remettre en question les rôles à l’intérieur de l’institution ; avoir le droit de construire un savoir alternatif au savoir maître de la clinique psychiatrique qui permette de laisser de la place aux voix des internés. Leur savoir est le prototype de ceux que Foucault lui-même – dans le cours Il faut défendre la société – définit comme les savoirs assujettis : “Par “savoirs assujettis”, j’entends également toute une série de savoirs qui se trouvaient disqualifiés comme savoirs non conceptuels, comme savoirs insuffisamment élaborés : savoirs naïfs, savoirs hiérarchiquement inférieurs, savoirs en dessous du niveau de la connaissance ou de la scientificité requises”.[9]

Il s’agit de savoirs qui résistent au pouvoir, qui opposent leurs particularités au discours général de la science, qui ont le droit de critiquer l’exclusion d’une communauté, d’une citoyenneté, et donc de mettre en crise la cité et l’organisation sociale qui a permis “l’institution totale” qu’est l’asile. La sortie des malades de l’asile est le début de cette crise de la cité qui a peur de leur prétendue dangerosité.

Après Gorizia, les autres expériences de Basaglia, à Parme et à Trieste, sont fondées sur la prise de conscience qu’il ne suffit pas de réformer l’asile, mais qu’il est nécessaire de l’abolir. Dans les années soixante-dix, les expériences de désinstitutionalisation se multiplient en Italie et une mobilisation plus organique contre l’institution asilaire se développe, qui aboutira à la loi 180 de 1978. La psychiatrie est enfin réglementée par une loi sanitaire et non pas par une loi spéciale, comme celle d’avant 1904. La nouvelle loi dispose la fermeture des asiles et établit comme règle inéluctable que l’on ne peut être soigné que pour des raisons de santé psychique et non de dangerosité sociale.

En effet, cette loi concerne les “normes pour les contrôles et les traitements sanitaires volontaires et obligatoires” et non pas la notion de dangerosité, qui disparaît complètement du texte législatif. La loi italienne sur la psychiatrie est une remise en question des principes sécuritaires qui inspirent d’autres législations. Il n’y a aucune obligation envers la justice mais uniquement envers la condition de santé de la personne. Les décisions concernant les traitements sanitaires relèvent d’un devoir éthique de soin et d’un devoir politique de tutelle de la santé du citoyen, non plus d’un devoir légal de défense de la société. L’hospitalisation d’office, qui était décidée par le préfet et exécutée par les forces de police, n’existe plus de même que l’hospitalisation sur demande d’un tiers.

Cela ne veut pas dire que le traitement sanitaire obligatoire – c’est-à-dire imposé contre la volonté de la personne – n’existe pas. Mais il ne peut être décidé que par le médecin – qui doit assumer toute la responsabilité de sa décision – et uniquement pour des raisons de santé de l’individu, jamais pour des raisons de dangerosité qui menaceraient le contexte social. C’est vrai que la maladie mentale peut, dans des circonstances données, amener à des conduites agressives et violentes, conduites que, d’ailleurs, on retrouve même chez des personnes qui ne sont affectées par aucun trouble psychique. Mais ce n’est pas vrai que la dangerosité est implicitement et invariablement liée à la maladie mentale. Un tel préjugé anachronique et invalidant ne peut valoir dans une législation concernant le traitement sanitaire de personnes affectées par un trouble psychique, car on transformerait une absurdité scientifique en un principe normatif.[10]

Mais procédons par ordre : le contrôle et le traitement des maladies mentales sont normalement volontaires. Ce n’est que dans des situations particulières que la personne peut être soumise à une procédure obligatoire. Ce traitement sanitaire obligatoire (TSO), d’une durée d’une semaine maximum, ne peut être appliqué qu’à partir du moment où trois conditions sont réunies, c’est-à-dire : 

1) la présence d’un trouble psychique pour lequel une intervention thérapeutique est nécessaire ;

2) l’impossibilité de soigner la personne en dehors de l’espace sanitaire (qui ne pourra plus être l’hôpital psychiatrique, que cette même loi a aboli) ;

3) l’absence de consentement aux soins de la part du malade.

Cette absence de consentement au soin interroge le médecin sur ce point central et délicat que représente le rapport entre maladie mentale et liberté. La tâche que la loi indique au médecin est de prendre en charge la liberté du malade, au sens de chercher à obtenir avec patience et ténacité son consentement aux soins et, quand cela n’est pas possible, de prendre en charge son refus. Il faut faire un choix responsable qui garantisse les droits de la personne et, en premier lieu, celui d’être soigné. En définitive, on ne peut pas se cacher derrière ce refus pour soutenir, de façon instrumentale, qu’il faut garantir le respect du libre choix de l’individu. De la sorte on masquerait une attitude de déresponsabilisation et l’abandon du malade dans une condition de solitude et de misère morale et matérielle. Au contraire, le médecin doit tout mettre en œuvre pour que l’on reconnaisse à la personne souffrante pleine voix au chapitre à l’intérieur d’un dispositif thérapeutique qui reste en équilibre précaire entre la tentation de contrôle pour raisons sanitaires et le danger opposé, de dérive sociale par refus du soin. C’est précisément dans cette négociation sans fin que réside l’esprit novateur de la loi, qui interroge le technicien quant à sa propre “responsabilité politique” de médiateur entre la souffrance de l’individu et la dimension sociale et institutionnelle dans laquelle cette souffrance s’exprime.

La culture judiciaire a reçu une leçon importante de la part du parcours de réforme psychiatrique. Malheureusement, la loi 180 n’a pas touché une autre “institution totale” présente en Italie, que constituent les Hôpitaux Psychiatriques Judiciaires et qui correspondent à l’internement de défense sociale en Belgique.

A travers sa jurisprudence, la Cour constitutionnelle a cependant établi que les exigences de santé d’un citoyen sont toujours plus importantes qu’une mesure de sécurité ségrégative qui risque de la menacer. Pour cela, le juge peut adopter, à la place de l’hospitalisation en Hôpital Psychiatrique Judiciaire, une autre mesure de sécurité qui permette de garantir des soins adéquats à la personne malade mentale. Ce peut être la liberté surveillée contrainte par la prescription de suivre un programme stable avec un Service de Santé mentale territorial. Le cadre territorial, c’est-à-dire, extra-hospitalier, est le lieu privilégié pour soigner les personnes atteintes de troubles mentaux, même si elles sont coupables. Il faut arriver à ce que les internés sortent progressivement et qu’ils soient confiés aux Services de Santé Mentale de leur lieu de résidence. Pour les personnes qui en plus de la mesure de sécurité doivent purger une peine, il faut prévoir une assistance adéquate en prison.

La loi 180 a montré qu’une psychiatrie sans asiles est possible et a changé la mentalité autour des maladies mentales chez les professionnels et dans l’opinion publique. L’abolition de la notion de dangerosité psychiatrique permet aujourd’hui à la culture judiciaire de mettre en question la notion de dangerosité sociale.

Basaglia dit : “Pour convaincre la population, il était nécessaire avant tout de remettre le fou dans la ville, dans la vie sociale. Nous avons ainsi suscité l’agressivité de la ville contre nous. Nous avions besoin de créer une situation de tension pour montrer le changement qui était en train de se produire. Avec le temps, la ville a compris ce qui était en train de se passer”.[11]

Prêter attention au conflit qui naît au sein d’un quartier, dès lors qu’un homme réputé dangereux revient chez lui, être présent et responsable en tant que professionnels dans la cité au moment même où on la violente, en aidant à comprendre ce qui se passe et en laissant redécouvrir la capacité d’initiative et le lien social, c’est cela qu’on peut entendre comme travail concret sur la dangerosité sociale. Le travail, au-delà de la spécificité psychiatrique, touche la ville. Entre consensus et opposition, la cité est mise face aux contradictions de la santé et de la maladie, de la liberté et du contrôle social, et elle doit répondre. C’est ça le véritable sens d’un travail que Basaglia appelle, “la transformation politique d’une communauté”.[12] Transformation qui n’est rien d’autre qu’un des parcours possibles de construction d’une démocratie.

Mario Colucci, psychiatre, chef du Service pour les Toxicomanies de Palmanova (Udine). Psychanalyste, chargé de cours à la Faculté de Psychologie de Trieste et à l’Institut pour la Clinique du Lien Social de Venise.

NOTES

[1] M. Foucault, Les anormaux. Cours au Collège de France. 1974-1975, édition établie sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana, par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni, Seuil/Gallimard, Paris, 1999, p. 109. 

[2] La notion philosophique d’épochè a été proposée par les Sceptiques de l’Antiquité et développée ensuite par la phénoménologie de Husserl. Il s’agit de mettre en suspens ou entre parenthèses le jugement, l’attitude naturelle ou spontanée ou l’idée qu’on se fait d’une chose afin de mieux la connaître [NDLR]. 

[3] F. Basaglia, Potere e istituzionalizzazione. “Dalla vita istituzionale alla vita di comunità” (1965), dans Scritti, Einaudi, Torino 1981-82, tome I, p. 287. 

[4] M. Foucault, Le pouvoir psychiatrique, op. cit., p. 8. 

[5] Ibidem

[6] Ibidem., p. 10. 

[7] F. Basaglia, “La “Comunità Terapeutica” come base di un servizio psichiatrico. Realtà e prospettive” (1965), dans Scritti, cit., tome. I, p. 278. 

[8] F. Basaglia, “La distruzione dell’ospedale psichiatrico come luogo di istituzionalizzazione”, dans Scritti, cit., tome 1, p. 257 

[9] M. Foucault, Il faut défendre la société. Cours au Collège de France. 1976, édition établie, dans le cadre de l’Association pour le Centre Michel Foucault, sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana, par Mauro Bertani et Alessandro Fontana, Seuil/Gallimard, Paris, 1997, p. 8-9. 

[10] Cf. M. Colucci, P. Di Vittorio, Franco Basaglia. Portrait d’un psychiatre intempestif, Érès, Toulouse, 2005. 

[11] Basaglia, Psychiatrie et démocratie, Érès, Toulouse, 2007, p. 132. 

[12] Ibidem, p. 170.

LIRE AUSSI : « Antipsychiatrie : les enjeux éthiques », par Jean-Christophe Coffin

20/12/2011

[Brochure] LE POUVOIR MÉDICAL

« Le cabinet médical est le cul-de-sac où viennent se perdre les armes de la révolte. »

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Sommaire

- Tant qu’on a la santé, on en crève

- Le pouvoir médical ? La relation médecin-malade : un cul-de-sac

- Quel pouvoir ?

- L’impuissance médicale

- Déprime

- Nous sommes vos désirs

- Rappelons la ligne de notre journal

- Dis, est-ce qu’on fera la révolution ?

(Brochure format A5)

Voir le Fichier : Le_pouvoir_medical.pdf


voir aussi

Psychiatrie : la peur change de camp

La maladie : un terrain subversif ?

Pouvoir et psychiatrie